HYPÉRÉMIE ET DILATATION SECONDAIRE DU CŒUR
Les affections cardiaques constituent deux groupes bien distincts, selon que les valvules ou la substance propre du cœur sont altérées. Nous ne reviendrons pas sur les altérations valvulaires ; mais, à côté des lésions primitives de la substance musculaire du cœur, dont il vient d'être question, se place naturellement une affection trop souvent méconnue, bien qu'elle soit des plus communes, c'est l'hypérémie avec dilatation secondaire des cavités droites du cœur.
Obs. CLVI. Emphysème etbrooehltes multiples. DllaUiUon eeeondalre du eeeiir
dr^it, — D..., ciseleur, âgé de trente-cinq ans, admis, le 23 janvier 1861, à Thôpital de la Pitié, salle Saint- Athanase, n° 8, service de M. Gendnn, a perdu sa mère d'une affection de poitrine, et son père, asthmatique^ est mort vers Tâge de soixante ans. Il a un frère et une sceur qui sont bien portants, mais courts d'haleine. C'est un homme fort, bien constitué, qui se dit oppressé depuis sa jeunesse, où il était occupé à tourner une roue dans un jardin humide. Depuis longtemps il s'enrhume les hivers, et déjà il a été /raité à lHôtel-Dieu pour une bronchite qui n'a pas duré moins de trois mois. Dans le durant de janvier 1861, cette bronchite reparaît ; ses jambes, celle de gauche d'abord, s'œdématient. Il éprouve des palpitations pour la première fois, et c'est alors qu'il vient se faire soigner à l'hôpital de la Pitié. Face un peu bouffie, lèvres violacées, respiration haletante, poitrine bombée en avant, percussion sonore, râles sibilants et muqueux très-abondants, matité à la région du cœur, battements sourds, absence de bruits anormaux; foie congestionné. Le repos, des frictions stimulantes, ime saignée et im vésicatoire volant parviennent à améliorer cet état semiasphyxique. Cependant les jambes, qui jusqu'ici n'étaient que peu infiltrées, acquièrent en quelques jours un volume considérable, et le \2 février apparaît une plaque érysipélateuse à la partie supérieure de la cuisse gauche, immédiatement au-dessous de l'arcade de Fallope. Le 1^ février, 120 pulsations, température élevée, pouls faible, impulsion cardiaque à peine sensible, absence de souffle et de frémissement à la région du cœur ; cyanose et cedème des membres supérieurs. Deux pilules drastiques. L'érysipèle se recouvre bientôt d'une phlyciéne, la fièvre persiste, l'asphyxie se prononce de plus en plus, et la mort a lieu le 16.
AtUopsie. — Œdème considérable aux membres inférieurs, aux parois abdominales, et même Pi. ta, fir- 5. anx membres supérieurs. Écoulement d'une faible quantité de liquide purulent au moment de l'incision de la plaque érysipélateuse. Les poumons, aussitôt après l'ouverture du thorax, ibnt saillie hors de la poitrine, ils ne s'affaissent pas, et il existe un emphysème vésiculaire des plus manifestes; léger œdème aux deux bases, sans adhérences aux parois thoraciques. Hypertrophie avec épaississement et légère dilatation des bronches, qui renferment des mucosités spumeuses. Artère pulmonaire intacte, un peu large. Cœur en forme de gibecière, mou, augmenté de volume. Cette augmentation porte spécialement sur le cœur droit, dont les cavités sont très-élargies. La capacité du ventricule est presque doublée ; la valvule auriculo- . ventriculaire, quoique parfaitement infacte, est un peu insuffisante, l'orifice est forcé. Les . Talvoles pulmonaires sont normales. La surface interne du ventricule est lisse, brillante, F tachetée de jaune ; les coloniies charnues sont un peu hypertrophiées ; les parois ventriculaires, à peine épaissies, ne s'affaissent que difficilement après l'incision, elles sont dures, résistantes, jusqu'à uft certain point comparables à une lame de cuir ; les fibres musculaires sont plus granuleuses qu'à l'état normal. L'oreillette est très-large, et la valvule deThébésius, épaissie et blancliâtre,ésst déchirée en plusieurs endroits et criblée de trous. Le cœur gauche a un ^â Tolume^ norms^. Le foie est. ferme, volumineux et fortement congestimné^La rate est in- ^1^ durée et brunâtre. Le rein droit est presque doublé de ^^olume,il fait saillie en^vant, le rein^^ gauche est complét(\ment atrophié par suite de l'oblitération de l'artère qui s'y rend. La veiiie rénale, diminuée flKcalibrc, est encore parcourue parle sang. Les organes génitaux ne sont pas altérés. Le cerveau, qui renferme une quantité abondante de liquide, est saiîul'ailleurs.
Un homme jeune, exerçant une profession pénible, et pendant longtemps exposé à rhumiditéy contracte des bronchites et de Temphysème. Au ^bout
2d4 APPAREIL DE LA GIRCULATIW.
de quelques années, ces désordres s'accompagnent d'un cedème qui débute par les extrémités, prend un accroissement rapide et gagne bientôt le tronc. Il n'y a pas de souffle appréciable au cœur, mais il existe de la dyspnée, de l'orthopnée et des phénomènes d'asphyxie qui emportent le malade. Les bronches sont trouvées enflammées et les poumons emphysémateux ; le cœur est volumineux, surtout à droite. Le ventricule de ce côté est dilaté et allongé; il descend aussi bas que celui du côté opposé, et l'organe entier revêt ainsi la forme d'une gibecière. La paroi du ventricule droit, indurée, lisse et brillante à sa face interne, revient diCQcilement sur elle-même, de sorte qu'il parait manifeste que la cavité ventriculaire ne se vidait pas entièrement. Du reste, rorifice tricuspide est dilaté et sa valvule est vraisemblablement insufiBsante. Ce fiiit, que l'on peut considérer comme un type de l'altération secondaire du ccBur droit, nous dispense de plus longs commentaires. Celui qui suit en diS%re par la lésion primitive qui est une déviation rachitique de la colonne vertébrale.
ObS. GLVII. Rachitisme et dévIailoB de la eoloime Tertébrale. Géae reapirataire et dilatation secondaire dn c«Dnr droit i myocardite et anéwrjeme. — P..., âgée de soixante-cinq ans, journalière, admise à THôtel-Dieu, salle Saint- Antoine, le 21 septembre 1863, est, depuis plusieurs années, oppressée et courte d*haleine. Vers le milieu dn mou de février dernier, elle éprouve des douleurs vives dans la poitrine, puis dans les jambes. En même temps, elle est prise d'un rhume intense, elle a des palpitations, ses pieds et ses jambes enflent de temps en temps. Il y a trois mois, l'œdème des jambes prit des proportîoiis considérables, il fut même accompagné d*ascite, puis survint un érysipèle dont il reste encore des traces. Aiyourd'hui Toedème est peu prononcé. 11 s'agit d'une femme maigre, qui a un teint jaunâtre, cachectique ; elle est couchée sur le dos, la tête soulevée, faisant des efforts pour respirer. Toux quinteuse, fatigante, non suivie d'expectoration. I^ poitrine est sonore, des râles nombreux s'entendent à gauche ; le rachis est depuis longtemps dévié à droite ; dans ce même côté, la respiration est faible, mélangée de râles sibilants. Matité précordiale un peu étendue, battements du cœur réguliers, bruits sourds, mal frqipés, sans souffle appréciable, dédoublement du premier bruit; 108 pulsations, pouls régulier, langue sale, appétit conservé, digestions difficiles, absence de liquide dans l'abdomen et de dilatation des veines des parois abdominales. Le foie déborde considérablement les Crasses côtes; il remonte aussi plus que de coutume dans la poitrine. La rate n'est pas augmentée 'de volume. Même état les jours suivants. Huile de ricin, oxymel scillitique,sinapismes.Le27, oppression plus considérable ; veines jugulaires fortement gonflées et distendues. La pointe du cœur, que l'on ne trouvait pas tout d'abord, est déviée et bat, pour ainsi dire, dans l'aisselle, ce qui résulte de la déformation thoracique. Le premier bruit n'est pas seulement dédoublé, il est encore accompagné d'un léger souffle, manifeste surtout à la pointe. 10& pulsations. Murmure vésiculaire faible, râles nombreux dans la poitrine. Vésicatoire Tolant. Le 29^ la toux, l'oppression et les étoufîements continuent de s'accroître malgré le vésicatoire et une faible dose de digitale. L'ascite et l'œdème des jambes augmentent peu à peu. Le 5 octobre, la paroi abdominale et le bras droit sont œdématiés (la m^adc se couche toiyonrs à droite). Le 9, celte malade parait toujours dans le même état. Le soir, pourtant, elle accuse une dyspnée plus profonde ; elle meurt dans la nuit.
Autopsie, — Tout le côté droit du corps est œdématié, à l'exception de la tête ; l'infiliralion séreuse est moins prononcée à gauche. La plèvre droite contient une plus grande quantité de sérosité que la plèvre gauche. Le poumon droit, revenu sur lui-même, a le volume au plus des deux poings. Le lobe inférieur du poumon gauche est camifié et très-petit; le supérieur est simplement œdématié. La cavité du péricarde renferme une faible quantité de sérosité jaunâtre; le cœur présente plusieurs taches laiteuses sur sa face antérieure, il est volumineux, en forme de gibecière. Le ventricule droit contient des caillots de sang noir, sa