LARYNX
Le larynx, organe creq)^ servant h la fois h la production des sons rt h la respiration, est composé d'une charpente solide mise en jeu par des muôcles et d'une membrane muqueuse. La charpente est formée de cartilages maintenus par des parties ligamenteuses; mais de même que les muscles, ces parties n'ont, au point de vue qui nous occupe, qu'un médiocre intérêt. Il en est autrement de la membrane muqueuse. Rosée dans une grande partie de son étendue, de teinte blanchâtre au niveau des cordes vocales, cette membrane a une épaisseur qui varie de 1 à 1",5. Adhérente aux parties sous-jacentos à l'aide d'un tissu connectif plus ou moins l&clie, elle est constituée par un stroma fibreux, une couche épithéliale et des glandules diverses. Le stroma est formé de tissu conjonctif et de tissp élastique ; mais tandis que ce dernier tissu est abondant dans les couches profondes, les couches superficielles sont presque entièrement composées de tissu conjonctif et d'une couche homogène impossible à isoler. L'épithélium est cylindrique et vibratile, excepté au niveau des cordes vocales et à l'entrée du larynx où il est pavimenteux. Les glandules appartiennent toutes à la catégorie des glandes en grappes ; ce sont des vésicules glandulaires arrondies, tapissées d'un épithélium pavimenteux et munies de conduits excréteurs pourvus d'un épithélium cylindrique; leur sécrétion est un liquide muqueai qui ne renferme aucun élément organisé ; leur distribution est variable. Des
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vaisseaux nombreux se distribuent à la muqueuse du larynx , ils forment sur les cordes vocales un réseau à mailles larges, composé de stries longitudinales unies par des ramifications transversales. Les nerfs produisent un véritable réticulum et se terminent par de petits corpuscules ovalaires ou piriformes auxquels vient aboutir un cylindre d'axe (Luschka),
Le larynx présente avec l'&ge des changements de forme auxquels corre»^ pondent des modifications plus ou moins prononcées de la voix. Dans la vieillesse, les parties constituantes de cet organe subissent un certain degré d'altération graisseuse qui les atrophie et les rend plus fragiles. Toutes ces parties sont exposées aux influences morbides, et notamment la muqueuse, qui, «uns doute, doit ce triste privilège à sa structure complexe et à sa plus grande vasçularité. En effet, les éléments qui composent cette membrane peuvent être isolément ou simultanément affectés, et de là des altérations multiples ayant des causes et une évolution spéciales.
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Exposé par son siège et ses fonctions aux influences mécaniques, physiques ou chimiques, le larynx est de plus fréquemment atteint dans le cours des fièvres, des maladies diathésiques et virulentes. Voici quelques exemples de ces altérations :
Obs. CLXX. Pharyngo-laryngltegranolenae. — D..., négociant, Agé de trente et un Pl.a7,ng. let i'. ans, a son père bien portant; niais sa mère, atteinte depuis l*i\ge de cinquante ans d'une angine granuleuse, a été prise tout récemment d'une allaque.de |*outte. Ce malade, d'une sobriété exemplaire, a fumé beaucoup de 17 à 30 ans, moment où sa santé a commencé^ à s'altérer. Tout d'abord il a ressenti de la sécheresse dans la gorge et a été pris de toux sicbe et fréquente, revenant même dans la nuit et ne disparaissimt souvent que par T expectoration d'un crachat visqueux de petit volume. 11 vint me consulter ei| avril 1868. Lt muqueuse des piliers et du voile du palais était rouge, injectée de gros vaisseaux variq^eoXfle fond du pharynx inégal, parsemé de granulations rougeâtres. Il existait, en ot^tre, à la partie moyenne du pilier droit, une petite tumeur ou végétation allongée, qui se prolongeait dans la partie inférieure du pharj^nx, de telle façon qu'il n'était possible de la voir tout entière qoe dans l'état de contraction de cet organe. Maintenue à l'aide d'un pédicule assex mince, eelte végétation ne présentait aucune difficulté d'extirpation ; aussi me fut-il facile, après Fafoir saisie à l'aide d'une pince, de Fexciser. Elle était ferme, allongée, du volume d'une friMe, mamelonnée à sa surface, et de forme glanduleuse (fig. 1). Elle ressemblait k une ^«n^e en grappe appendue par son canal. Mais l'examen microscopique nous apprit que eette tumeur était formée uniquement de petites éminences papillaires supportées par un pédieiile commun (fig. 1'). L'opération n'enleva que la gène provenant de la présence d'ua corps étraager dans la gorge. L'angine persista, et pour la combattre, l'usage du tabac fiit défendu, la solution de Fpwler prescrite à Tintérieur, et chaque jour le fond de la gorge fut badigeonné avec de la teinture diode. Après six mois de ce traitement, il y avait de l'amélioration, mais non une guérison complète : la membrane muqueuse du voile du palais et des piliers était encore colorée et semée de vaisseaux variqueux et de petites saillies rougeâtres, l'enrooement reparaissait par Faction prolongée de la parole, et souvent le matin au réveil jusqu'à ce qu'une quinte de toux eût amené le rejet d'un crachat épaiSj de la grosseur et de la forme d'un pois. Aujourd'hui, ce malade peut (tre considéré çomma totalement gviéri,
Ce fait présente un intérêt multiple ; non-rgeulement il montre Taçtion dd. l-hérédité dans la production de l'angine en question, et indique la possibilité
d'une liaison entre cette angine et la goutte, mais il nous apprend que les végétations qui l'accompagnent, malgré une apparence glanduleuse, peuvent n'être que des hypertrophies papillaires.
Obs. CLXXI. Laryngite diphthérltique. — X..., âgé de deux ans, entre à THôtel- Dieu, salle Sainte Agnès (1866), après quatre jours d'une maladie qui a présenté tous les caractères du croup, toux particulière, altération de la voix^ pâleur et boufiissure de la face ; il a les extrémités froides, un peu violacées^ la peau des membres légèrement anesthésiée, il est dans un état de complet abattement et de prostration et succombe quelques heures plus tard.
PI. 27, fi^. s ei 9'. Autopsie, — Le cadavre est bien conservé ; quelques fausses membranes existent sur Tar-
rière-gorge. Le larynx tout entier, ouvert par sa face postérieure, a la plus grande étendue de sa surface interne tapissée par des fausses membranes molles, grisâtres ou blanchâtres, superposées et adhérentes sur quelques points à la muqueuse sous-jacente. Les cordes vocales el les ventricules sont recouverls par ces productions, en sorte que le larynx forme un canal étroit qui rend difficile le passage de l'air, principalement à sa partie inférieure. Minces et peu résistantes, ces fausses membranes sont constituées par un réseau fibrincux qui englobe un grand nombre de leucocytes et de granulations moléculaires. La membrane muqueuse est piquetée, rouge, inégale, dépouillée de son épithélium; les bords de Tépiglotte sont vivement injectés. La trachée et les grosses bronches contiennent, comme le larynx, des fausses membranes qui obstruent leur calibre. Les poumons sont congestionnés ; les autres organes n'offrent pas d'altération appréciable.
Ce cas est des plus graves : un enfant de deux ans est atteint d'une diphthérite qui se localise particulièrement sur les voies respiratoires. Le larynx, la trachée et les grosses bronches sont obstruées par des fausses membranes molles et blanchâtres qui entravent notablement la circulation de l'air dans les poumons et amènent l'asphyxie. La trachéotomie, s'il eût été possible delà pratiquer, n'aurait sans doute pas été suivie de succès.
Obs. CLXXH. Laryngite et frachéo-hronchlte varloliqnes. Œdème de la glotte et mort par asphyxie. — B...., âgé de vingt-huit ans, canniei*, est admis le U novembre 1863 à l'Hôtel- Dieu. Il est dans la période prodromique d'une variole confluente qui ne tarde pas à s'accompagner d'une toux sèche assez fréquente. Quelques jours après son éruption, il manifeste de la gène dans la respiration^ accuse de la dyspnée, et le 13 novembre il succombe avec des phénomènes d'asphyxie.
PI 2j fig. 3. Autopsie, — La peau est recouverte dans toute son étendue de pustules varioliques très-
confluentes arrivées à leur période de suppuration. Le voile du palais est aussi le siège d'une éruption. Le larynx, la trachée et les deux grosses bronches surtout, sont vivement injectés et parsemés de points brunâtres, de légères ulcérations et de pustules d'un blanc jaunâtre circonscrites par un petit cercle rouge. Recouvertes d'une couche épithéliale très-fine, ces pustules ont la plus grande facilité à se rompre ; aussi, sur quelques endroits où elles sont confluentes, voit-on leur contenu concrète former une sorte de fausse membrane au-dessous de laquelle existent de petites ulcérations. Bien différentes des productions membraneuses du croup, celles-ci sont presque exclusivement formées de globules purulents. Toute éruption cesse au niveau des divisions bronchiques de deuxième ordre. L'épiglotte est tuméfiée et les replb ar}'théno-épiglottiques sont volumineux, transparents, œdématiés; ils bouchent presque totalement l'ouverture supérieure du lar\nx. Les cordes vocales supérieures et inférieures sont gonflées et grisâtres ; les ventricules de Morgagni sont effacés. Les poumons sont semés de taches ecchymotiques sous-pleurales, peu étendues et plus foncées à leur centre. Le tissu musculaire du cœur est flasque, décoloré ; la valvule mitrale est épaissie à son bord libre, et comme cet épaississement parait être de date récente, il y a lieu de se demander s'il ne pourrait se rattacher à la variole; les cavités cardiaques contiennent un sang noir et liquide. Le foie est jaunâtre, légèrement gras ; la rate est volumineuse, les reins sont pâles. Les testicules, atteints
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d'orchite variolique, seront décrits et figurés plus loin {Appareil gènUo'Urhuiire). Le cerveau est assez normal, un peu mou.
Le point saillant dans ce fait, c'est la localisation de la variole aux viscères. Sans vouloir parler de rorchite, dont Usera question plus loin, notons ici que l'éruption des voies aériennes a produit un œdème glottique dont la mort a été la conséquence. Dans un autre cas de variole, cette même complication, indépendante de toute éruption pustuleuse du larynx, n'en eut pas moins une terminaison funeste; mais il est vrai de dire qu'il existait en même temps un large phlegmon sous-cutané. La variole n'est pas la seule maladie éruptive qui s'accompagne de laryngite ; la phlegmasie du larynx et des voies aériennes est, comme on sait, l'un des grands traits distinctifs de la rougeole; quelquefois même elle s'observe dans d'autres maladies fébriles, notamment dans la fièvre typhoïde ; l'observation ci-dessous en est un exemple :
Obs. CLXXHI. Laryngite tjpholde. — S...., âgé de dix-huit ans, cordonnier, entre à THôtel-Dieu, le 28 septembre \S6U (salle Sainte-Jeanne , n° 47, service du professeur Grisolle), pour une iièvrc typhoïde à son début. Cette maladie offre tout d* abord une marche régulière ; mais vers la fin du deuxième septénaire, la voix s'altère, il y a de la dyspnée, et bientôt apparaissent les phénomènes d'un œdème de la glotte. Le 13 novembre, le malade* succombe à cette complication
Autopsie. — L'aspect du cadavre ne présente rien de particulier; les glandes de Peyer sont ulcérées, l'intestin grêle est ecchymose sur plusieurs points, les ganglions mésentériques sont bruns violacés, piquetés de rouge et comme infiltrés de sang; la rate est très-volumineuse, le foie mou, flasque et gras ; les reins sont un peu pâles et volumineux. Outre ces lésions communes à la fièvre typhoïde, on constate une altération du larynx relativement rare en pareille circonstance. Vu à l'extérieur, cet organe n'offre rien de particulier, mais il n'en est pas de 'même lorsqu'il est incisé. La muqueuse, qui présente une teinte violacée et sur quelques points de petites taches ecchymotiques, est, dans une grande étendue, recouverte de pellicules blanchâtres pseudo-membraneuses, constituées presque entièrement par des épithéliums et des globules de mucus. Dans la partie inférieure du larynx, ces pellicules contiennent en outre des noyaux ronds accolés les uns aux autres, mais nulle part il n'existe de suppuration manifeste. L'épiglotte, les replis arythéno-épiglottiqucs, les cordes vocales elles-mêmes, spntœdématiés et gonflés. Les poumons sont congestionnés; le cerveau est peu modifié.
Dans ce fait, exemple rare de laryngite typhoïde, la membrane muqueuse du larynx offre une coloration violacée avec piqueté sanguin ; elle est de plus, vers sa partie inférieure, couverte d'une pellicule membraneuse blanchâtre différente des fausses membranes du croup et de Texsudation de la variole. De même que la laryngite variolique dont il a été question plus haut, cette lésion est accompagnée d'un œdème de la glotte qui a emporté le malade. Lalaryngo-nécrosie typhique,qui a été quelquefois observée, surtout en Allemagne, n'est-elle qu'un degré plus avancé de cette altération? En est-elle une forme particulière ? C'est ce qu'il m'est difficile de décider ; néanmoins il y a quelques raisons de croire à la dernière supposition. Cette laryngite, en tout cas, diffère de celles qui sont rapportées dans les faits cités plus haut, ne serait-ce que par l'absence de globules purulents dans Texsudat.
Vt% APPAREIL DE LA RESPIRATION.
Parallèle des laryngites. — Leô quelques feits dont il vient d'être questioh ne sont pas suffisants, à la vérité, pour faire connaître les nombreuses espèces d'inflammation laryngée; mais ils nous apprennent que la laryngite. peut apparaître dans le cours des fièvres, être la manifestation de la diphthérie et d'une maladie constitutionnelle. Ajoutons que cette affection est commune dans la classe des maladies virulentes, qu'elle est souvent produite par le froid ou par des corps étrangers et qu'elle se rencontre enfin dans quelques empoîsonnements. Ainsi, les phlegmasies du larynx sont susceptibles d'être groupées sous un certain nombre de chefs, et nos faits nous enseignent qu*elles présentent des caractères anatomiques et cliniques assez nets pour que nonseulement celles de groupes différents, mais encore celles d'un môme groupe puissent être distinguées. La laryngite variolique, avec son éruption pustuleuse, ne peut être en effet confondue avec la laryngite typhoïde telle qu'elle se présente dans notre observation, et à plus forte raison quand elle revêt la forme nécrosique. Ces lésions diffèrent d'ailleurs de la laryngite diphthérique, caractérisée par la présence de fausses membranes particulières envahissant tout à la fois lès muqueuses' du pharynx et du larynx. Dans le cadre des laryngites à évolution chronique liées aux maladies cx)n8titutionnelles, les caractères anatomiques et cliniques, pour être moins tranchés , n'en sont pas moins réels. C'est ainsi que les laryngites syphilitique et tuberculeuse, le plus souvent accompagnées d'ulcérations, se distinguent encore par une différence de siège et de marche, puisque, dans la syphilis, l'affection procède du pharyni vers les voies aériennes, tandis que c'est le contraire qui a lieu pour la tuberculose; les ulcérations sont du reste généralement moins étendues et moins profondes dans cette dernière maladie. Nous bornons là ce parallèle dont le but est de montrer qu'il n'existe pas une entité pathologique à laquelle appartienne la dénomination de laryngite, et qu'ainsi les phlegmasies du larynx sont de diverses espèces, chacune d'elles se rattachant, à part les laryngites traumatlques ou mécaniques, à des maladies déterminées.
POLYPES ET CARCINOMES DU LARYNS:.
Les tumeurs intra^-laryngées, généralement connues sous la dénominatioa de polypes, ont été bien étudiées depuis l'emploi du laryngoscope; ce sont des excroissances plus ou moins volumineuses, de composition variable sui« vaut la nature du tissu élémentaire qui leur donne naissance. La muqueuse laryngée, qui est leur point de départ habituel, peut être le siège de papillomes, d'adénomes, de fibromes et de myxomes, toutes lésions dont la gravité est surtout en raison du trouble respiratoire qu'elles déterminent. Ce n'est pas ainsi que se cotnportent les carcinomes, qui peuvent s'étendre et détruire les