RÉTINITE ALBUMINURIQUE - RÉTINITE
HÉMORRHAGIQUE
FiG. 1 ET 2. — Dégénéhescence rétinienne dans la maladie de Bright.
La figure 1 nous montre le plus grand développement de l'altératiou rétinienne qui, portée à ce degré, est caractéristique de la maladie de Bright, et ne se retrouve dans aucune autre affection.
Les altérations histologiques des divers éléments rétiniens et qui ont produit les changements de l'image ophthalmoscopique de cet œil, se rencontrent aussi, il est vrai, dans plusieurs circonstances autres que la maladie de Bright ;mû^ la localisation et le groupement de ces altérations offrent des caractères tout à fait particuhers dans les cas de cette dernière espèce, ainsi que je l'ai démontré déjà en 1859 (voy. Arch. fur Opht/ialmol.^ vol. V, 2, p. 266). C'est au point que l'on peut poser avec certitude le diagnostic de l'affection rénale d'après la seule existence de ces caractères ophthalmoscopiques. .
Le trouble grisâtre de la papille et de son entourage immédiat est dû à une imbibition séreuse de la rétine et à une augmentation de son tissu cellulaire; la zone blanche et opaque qui entoure cette partie du fond de l'œil est produite par la sclérose des fibres nerveuses et la dégénérescence graisseuse des éléments du tissu connectif et des couches granuleuses. La transformation graisseuse se montre d'une façon isolée dans les petites macules claires, arrondies, qui se trouvent sur les bords de la zone blanche et qui, dans la région de la macula^ sont distribuées en forme d'étoile. La disposition particuhère de ces macules est due, d'après M. Schweigger, à la distribution anatomique qu'affectent en ce point les extrémités antérieures des fibres radiaires de la rétine, extrémités dans lesquelles se sont développés les corps granuleux de substance graisseuse. Gà et là, on reconnaît les corps granuleux sous la forme de tout petits points blancs.
Les hémorrhagies nombreuses sont presque toutes situées dans la couche la plus interne de la rétine; les corpuscules du sang extravasé se sont rangés en séries dans les intervalles des faisceaux de fibres nerveuses, d'où Fapparence striée de ces taches sanguines; partout la direction des stries correspond à celle des fibres nerveuses. Dans d'autres cas, il y avait en outre des épanchements de forme arrondie situés dans les couches profondes de la rétine, et d'autres, d'une étendue plus considérable, placés entre la rétine et la choroïde.
La figure 2 représente un autre cas dans une période ultérieure de la rétinite albuminurique. Les troubles et les opacités blanchâtres ont disparu en grande partie, en sorte que les altérations qui ont persisté dans la macula lutea ressortent encore plus nettement que dans le cas précédent. Il n'y a plus que des traces d'hémorrhagie ; l'imbibition de la papille s'est presque entièrement perdue, ses contours apparaissent de nouveau d'une manière plus précise; ce caractère fut plus tard poussé à l'excès, lorsque survint l'atrophie du nerf.
Les veines qui dans la figure 1 étaient très turgescentes , sont encore un peu plus tortueuses ' qu'à l'état normal, mais n'ont plus un diamètre exagéré. Les artères, encore assez minces, il est vrai, sont pourtant un peu mieux remplies que dans la période précédente , où elles étaient presque vides. Les raies blanches qui accompagnent çà et là les artères sont dues à un épaississement de leur tunique adventice.
Les petites taches grises appartiennent à l'épithélium de la choroïde; il est singulier qu'elles offrent toujours assez exactement les mêmes formes anguleuses, le même mode de groupement que dans notre dessin. Déjà, dans la première période de la maladie, on en trouve quelques-unes dans la périphérie; plus tard, lorsque la substance rétinienne s'est éclaircie, on peut poursuivre ces taches pigmentaires jusqu'au voisinage du nerf optique, comme dans la figure 2.
FiG. 3. — Rétinite hémorrhagique.
Œil gauche, image renversée. Les traits saillants de cette affection sont l'imbibition et la tuméfaction de la couche des fibres nerveuses, l'extravasation de sang dans la rétine, l'amincissement des artères, l'hyperémie et la stase veineuse.
Le nerf optique est coloré en rouge par le sang épanché, et les contours de la papille sont tellement voilés qu'on ne peut la reconnaître qu'aux vaisseaux qui en émergent, et à la striation rouge dont elle est le centre. La direction de ces stries correspond exactement au trajet des faisceaux de fibres nerveuses; elles sont produites par les rangées de corpuscules sanguins extravasés, qui rempUssent les interstices de ces faisceaux. La disposition des fibres nerveuses est même si fidèlement retracée par ces stries apoplectiques, qu'elles fournissent dans notre cas une image extrêmement instructive au point de vue anatomique (voy. ma communication au Congrès ophthalmologique de Heidelberg, 1869, sur le trajet des fibres nerveuses dans la rétine).
Ce qui frappe tout d'abord dans cette figure, c'est de ne voir que çà et là une faible indication des artères. La rétine opacifiée les cache d'autant mieux qu'elles sont très pâles et amincies; on ne les voit reparaître nettement que vers la périphérie du fond de l'œil. Les veines, au contraire, se distinguent aussitôt par leur gonflement considérable. Beaucoup plus larges, plus foncées , plus remplies et plus flexueuses qu'à l'état normal, elles ne décrivent pas seulement des sinuosités très prononcées dans le plan de la rétine, mais aussi dans un plan perpendiculaire à cette membrane : tantôt avec de brusques courbures elles s'élèvent jusqu'au niveau de la surface rétinienne, et tantôt elles s'enfoncent dans la profondeur du stratum des fibres nerveuses et sont alors voilées par le tissu opacifié qui les recouvre ; çà et là, elles se cachent même complètement au regard pour un instant en plongeant sous ce voile opaque.
Ce dessin est emprunté à une femme de quarante-huit ans, encore bien réglée, et souffrant d'une insuffisance aortique avec dilatation de l'aorte; il a été fait environ huit jours après le début de
l'affection oculaire. La malade lisait encore péniblement le numéro 20 de l'échelle, le champ visuel était libre.
Dans l'espace de cinq mois, après un traitement dérivatif très peu énergique, la vision s'est améliorée jusqu'à la lecture du numéro 11; en même temps, l'état ophthalmoscopique s'est beaucoup modifié. La papille est maintenant nettement visible, ses contours sont normaux, sa coloration de même; les artères sont à peine un peu plus minces qu'à l'état normal, elles sont partout également distinctes; les veines ont repris leur trajet et leur degré de plénitude naturels. Quant aux hémorrhagies, on n'en voit plus çà et là que des traces, sous forme de petits points et de macules, dont la couleur a tourné au rouge foncé, brunâtre ; il n'y plus qu'une région de 3 à 4 millimètres de largeur immédiatement au-dessous de la macula, où la rétine apparaît encore couverte de sang. Mais on ne voit plus en ce point la striation primitive et régulière. On trouve encore au-dessus du nerf optique les restes d'une hémorrhagie plus considérable, transformée maintenant en une tache blanche douée d'un reflet intense et entourée d'un bord rouge.