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EXAMEN DU DUS

Si l’on examine sans coloration du pus contenant des Streptocoques, il est en général possible, dans les cas où les chaînettes ont quelque longueur, de les apercevoir au milieu des globules blancs. Les granulations réfringentes qui abondent dans ces derniers pourraient toutefois en imposer pour des microcoques, comme en témoigne la figure 475, où l’on distingue une longue chaînette de Streptocoques, et deux ou trois autres plus petites. Il est préférable, comme pour

Fig. 475.

Pus. Fixation par le liquide de Flemming. (Gr. 1000 diam.)

la recherche de tous les microbes susceptibles de prendre les couleurs d’aniline, d’étaler sur une lamelle le pus en couche mince, de sécher la préparation à la flamme d’un bec Bunsen, et de colorer simplement à l’aide d’une solution aqueuse de fuchsine, puis de décolorer à l’alcool.

Si l’on veut avoir des préparations encore plus démonstratives, il faut employer la méthode de Gram avec double coloration.

Presque toujours, à l’ouverture d’un abcès chaud à Streptocoques datant de quelques semaines, on observe dans le pus de longues chaînettes. Ces chaînettes présentent cette particularité que les

STREPTOCOQUES

éléments sont réunis par groupes de deux, de telle manière qu’il s’agit plutôt, comme le démontrent les ligures 472 et 474, de chaînettes de diplocooues en 8 de chiffre, oue de. ^^hninettes An mw.m-

Fig. 474.

Lymphangite phlegmoneuse. — Préparation faite en août 1882.

(Gr. 1000 diam.)

coques. Cet aspect est surtout très caractéristique dans la préparation que nous avons reproduite plus haut au grossissement de 5000 diamètres (fig. 472.)

Quand il s’agit d’une pustule sous-épidermique à évolution très rapide (24 àllîS heures après l’infection), on n’observe guère à l’examen

Fig. 475.

Sérosité d’arthrite aiguë. (Gr. 1000 diam.)

du pus que des diplocoques en 8 de chiffre, ou de courtes chaînettes de trois ou quatre articles, qui ne peuvent être caractérisés que par la culture sur les milieux appropriés (voir fig. 513).

ATLAS PE MICROBIOLOGIE

Les cultures de Streptocoque pyogène sont tout à fait spéciales. Le Streptocoque se cultive dans la gélatine au-dessous de 24 degrés; la culture en piqûre, quelle provienne directement du pus ou d’une culture antérieure, donne lieu en quarante-huit heures, le long de la strie, à une série de petites sphérules blanchâtres qui dépassent rarement le diamètre de un millimètre. Ces sphérules sont parfois ovalaires; leur volume paraît d’autant plus considérable qu’elles sont

Fig. 476. Fig. 477. Fig. 478. Fig. 479. Fig. 480.

Cultures de Streptocoque pyogène sur gélatine peptone.

plus espacées. Les plus volumineuses se trouvent ainsi en générât à la partie la plus profonde^d^ La- ptqûrérS la partie supérieure, l’aiguille a en eifet déposé une plus grande quantité de Streptocoques et la culture offre l’aspect d’une strie blanchâtre, composée d’un grand nombre de très petites colonies punctiformes.

La caractéristique des cultures de Streptocoques en piqûre dans les tubes de gélatine est que jamais il ne se produit de développement en surface. Nous n’insisterons pas sur les cultures en strie sur gélatine inclinée, puisqu’elles ne diffèrent guère de ce qu’on observe en pareil cas sur agar-agar.

STREPTOCOQUES

Les cultures de Slrc^litocoques sur agar se font en général sur des tubes inclinés. On observe alors le développement, le long de la slrie, d’une quantité de petites colonies grêles, s’étendant rarement à plus de deux ou trois millimètres en diamètre et caractérisées par ce fait, ainsi que les a décrites Rosenbach, qu’elles sont disposées en terrasses, c’est-à-dire qu’au tour du centre légèrement surélevé se trouvent deux ou trois couronnes d’épaisseur décroissante (fig. 482).

1'* culture de pus Même culture, 2* culture de Streptocoque

à Streptocoques sur au grossissement de 20 diam, sur agar (strie). (2'jour.)

agar-agar.

Fig. 483.

Les premiers observateurs avaient cru découvrir dans cet aspect un caractère différenciel entre les cultures du Streptocoque de^ l’érysipèle et celuLdu Stféptocoque pyogène., dont l’identité est aujourd’hui démontrée.

ACTION PATHOGÈNE

Le Streptocoque pyogène est susceptible de déterminer, non pas seulement des accidents locaux tels que le phlegmon circonscrit ou diffus, mais une infection générale pouvant se terminer par la mort, il est donc un des facteurs de l’infection purulente. Nous verrons

ATLAS DE MICUOBIOLOGIE

qu’il peut également, et au même litre que le Staphylocoque doré (voir plus haut), (létcrmiuer la mort par iiifecLioii générale avant la production des abcès métastatiques, devenant alors l’agent de

Pleurésie purulente ancienne à Streptocoques. ^Gr. -150 diam.)

Fig. 485.

Pleurésie purulente ancienne à Streptocoques.

cette variété d’infeetion qui portait autrefois le nom de septicémie.

Quand la mort a lieu avec production d’abcès métastatiques, on observe dans le pus les Streptocoques caractéristiques. Ce pus peut se

STItECTOCOaUES

o-li

Fig.

Pleurésie purulente à Streptocoques. (Cr. 200 diam,.)

Fig. 487.

Pleurésie purulente à Streptocoques. (Gr. 1000 diara.)

ô‘i‘i ATLAS DE MlCnOBlOLOGIE

développer aussi l)ieii dans les arliculations que dans les séreuses viscérales (péritonite, péricardite, ])leurésie, méningite).

Dans les cas an contraire où la mort a lien sans suppuration interstitielle on viscérale, il faut pratiquer une recherche méthodique pour découvrir la cause de rinfcetion. Le meilleur moyen est en pareil cas d’isoler avec soin un fragment des principaux viscères (rein, foie, rate) recueillis très peu de temps après la mort. Ces fragments doivent ollVircinqà six centimètres de côté. On les plonge dans le sublimé à l/lOOO; on les place sur une compresse stérilisée; on y fait line coupe avec un rasoir chauffé au rouge et on prélève à l’aide d’un fort fil de platine recourbé en palette un petit fragment du viscère, qui est ensemencé dans des tubes à culture.

S’il s’agit du rein ou de la rate d'un petit animal, on les plonge entiers dans le sublimé, et on opère ensuite comme précédemment.

Nous décrirons, à propos de la lièvre puerpérale et de l’érysipèle, les embolies microbiennes que l’on observe sur les coupes.

La culture directe du suc des viscères se fait également bien sur gélatine et sur agar-agar, et l’aspect d’une première culture suffit en général à un observateur expérimenté pour caractériser le Streptocoque pyogène.

Le Streptocoque a été étudié dans les tissus atteints de lymphangite, dans la paroi des phlegmons, à la surface des séreuses, dans le parenchyme des ganglions lymphatiques et des différents viscères. On l’a également observé dans les parois des veines atteintes de phlébite su^^urèe ou àephlegmatia alla dolens.

Nous avons obtenu l’un des premiers en 1882, dans un cas de lymphangite septique suppurée de la jambe et de la cuisse, des coupes des parois de l’abcès, infiltrés de diplocoques jusque dans les papilles du derme ; il s’agissait en effet d’une infection à marche extrêmeinent rapide avec rougeur érysipélateuse mais présentant cette particularité qu’elle est restée localisée à la surface des vastes décollements sous-cutanés, au niveau desquels se sont produites plusieurs plaques de gangrène.

Dans les cas où l’infection est moins rapide on observe, à la base du

STltKPTOCOQUKS

derme, jusque dans le tissu coujouclif proldiid, qui est, sur le vivant, atteint d’un œdème dur, une iiililtraliou des tissus par des di[»l()Coques et des chaînettes plus ou moins longues.

Ou trouve également des diplocoques et de courtes chaînelles dans les cellules lyniplialiques, accumulées par dia})édèse dans le (issu coujonclir enflammé. On observe çà et là des Ihromhoses vasculaires, flans les régions où rinflammation est le plus accentuée, les Streptocoques liquélient l’albumine des tissus animaux en la transformant en pcptonc, et les globules blancs, de même que les cellules conjonctives, deviennent libres au milieu d’un liquide épais qui prend le nom de pus.

L’inflammation se limite plus ou moins, suivant b‘ degré de virulence du Streptocoque et la résistance du sujet. Quand l’infection est causée par un Streptocoque très virulent, presque toujours il se produit au début, et parfois même avant l’apparition de l’accident local, iiiœ poussée fébrile aiguë, susceptible même d’aboutir à une mort foudroyante, comme on l’a observé dans certains cas de piqûres anatomiques, flans ces cas, la mort peut survenir sans suppuration, mais on obtient toujours des cultures de Streptocoques du parenebyme du foie, du rein ou de la rate.

D’autres fois, un Streptocoque très virulent détermine d’emblée le long de tout un membre une rougeur érysipélateuse, un empâtement profond, puis un phlegmon diflùs; cette particularilé s’observe surtout lorsqu’il y a infection de la gaine des fléchisseurs du pouce ou du petit doigt.

Il nous est arrivé de ne constater aucune lésion au point d’inoculation (piqûre superficielle à l’extrémité du petit doigt) : ce malade, un jeune homme de 25 ans, lût d’abord traité à la campagne pour une fièvre typhoïde. Au bout de trois semaines seulement se manifesta un phlegmon ganglionnaire de l’aisselle, puis apparurent divers phlegmons de la jambe, de la fesse, avec arthrite sup])urée du genou, et la mort survint tardivement par suite d’une méningite suppurée à Streptocoques.

Quand Finflammation n’est pas d’emblée dilfuse, l’afflux des euco-

cytes vient bientôt circonscrire le foyer, et il se produit une lutte entre les Streptocoques, qui pullulent à l’envi et liquéfient une certaine étendue de tissu conjonctif, et f organisme vivant qui cherche à opposer à leur envahissement une barrière invincible.

Le ramollissement des tissus se fait en général de la profondeur vers la superficie et dans les points où il y a le moins de résistance, puis l’abcès, s’il a été laissé à lui-même, s’ouvre au dehors. La sup-

Fie. 488.

Phlegmon streptococcique à marche lente.

Streptocoques inclus dans les leucocytes. (Gr. 700 diam.)

puration continue quelque temps et la cicatrisation suit son cours.

La membrane pyogénique, à laquelle on attachait autrefois tant d’importance, n’est que la couche superficielle, intiltrée de microbes, des parois d’un abcès. Elle offre un aspect grisâtre et sanieux et souvent, dans le phlegmon diffus particulièrement, de vastes lambeaux de tissu cellulaire nagent dans le pus et sont éliminés au dehors.

Quand la couche grisâtre qui est en contact avec le pus est éliminée, la prolifération des cellules du tissu conjonctif et des leucocytes, qui

STUEI'TOCOQUES

ont réussi à opposer à rinflammation une barrière efficace, donne aux parois de l’abcès un tout autre aspect.

Le fond de la plaie est alors mamelonné, d’un beau rouge vif, et se trouve constitué par ce qu’on appelle des bourgeons charnus, comme on les constatait autrefois à la surface de toute plaie suppurante en voie de guérison.

Si l’on pratique une coupe au niveau de ces bourgeons charnus, on observe un tissu embryonnaire avec de nombreuses anses vasculaires et

Phlegmon post-puerpéral tardif (3 mois).— Streptocoques englobés dans les leucocytes.

(Gr. 800 diam.)

sans trace de diplocoques dans la profondeur.

Ces derniers existent à peine en petit nombre au milieu de la première et de la seconde rangée des plus superficielles. Les cellules embryonnaires remplissent la cavité de l’abcès et aboutissent à une cicatrice fibreuse, en général peu rétractile.

Nous avons vu que le Streptocoque pyogène est l’agent de la fièvre puerpérale proprement dite et de l’érysipèle. Nous consacrerons toutefois à ces deux maladies, en raison de leur importance, un chapitre spécial.

LA FIÈVRE PUERPÉRALE ET L’ÉRYSIPÈLE

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