ACTION CURATIVE DU SÉRUM DE MARMOREK
On a donné le nom d’anasarque active ou essentielle du cheval (fièvre pétéchiale des Allemands) à une affection presque toujours mortelle et caractérisée par l’apparition de tumeurs œdémateuses à marche rapide et progressive au niveau des membres, ou de la partie inférieure de la tète.
Fig. 518.
Streptocoque de l’anasarque du cheval. (Gr. lOOÛ diam.)
L’anasarque aiguë peut être secondaire et survenir au cours de maladies infectieuses, telles que la gourme, la morve, les suppurations traumatiques ou viscérales; dans d’autres cas au contraire, cette affection évolue en dehors de toute lésion antérieure et survient inopinément.
Lignières, étudiant l’étiologie d’une série de cas graves d’anas’arque aiguë et rapidement mortelle, isola par diverses méthodes, du sang et des viscères, un Streptocoque identique au Streptocoque de Rosenbach et Fehleisen.
STREPTOCOQUES
Lignières eut l’idée d’étudier d’abord chez les animaux inoculés, puis chez le cheval, l’action immunisante et curative du sérum de Marmorek.
Les expériences furent couronnées d’un plein succès. Chez la souris, l’injection du sérum de Marmorek prévient les accidents habituellement mortels de l’inocülation du Streptocoque de l’anasarque du cheval. Le même sérum est au contraire sans action contre l’infection par le Streptocoque de la gourme de Schutz ; il en est de même chez le cheval.
Lignières a démontré par une longue série d’expériences que l’anasarque infectieuse, traitée à temps par les injections du sérum de Marmorek, amène une prompte défervescence.
Des animaux atteints de tumeurs œdémateuses multiples et présentant des pétéchies hémorrhagiques de la muqueuse pituitaire, avec jetage sanguinolent, avec température de 40 degrés, dyspnée et prostration, ont.été guéris en quelques jours.
La mortalité considérable de Tanasarque est réduite dans dès proportions presque inespérées. Le rétablissement complet'et la remise au travail suivent de quelques jours le début du traitement.
Ces résultats thérapeutiques prouvent quül y a une grande analogie, sinon parfaite identité, entre le Streptocoque de l’anasarque et le Streptocoque de l’érysipèle de l’homme.
L’activité remarquahle du sérum de Marmorek contre l’infection streptococcique du cheval, où il se montre plus efficace peut-être que chez l’homme, est vraisemblablement en rapport avec l’origine équine du liquide actif.
Les résultats acquis sont donc aujourd’hui suffisants pour que la préparation en grand du sérum de Marmorek s’impose désormais comme la préparation des sérums antitétanique et antidiphtérique.
STREPTOCOCCUS HOMINIS CRASSUS
Nous ayons observé à diverses reprises un Streptocoque particulier qui se distingue-du Streptocoque pyogène commun par des caractères différentiels constants.
Ce Streptocoque, très analogue au premier sur les préparations colorées et dans les cultures sur le bouîllon, ne liquéfié.pas la gélatine
Fig. 519. Fio. 520. Fig. 521. Fig. 522.,
Streptococcus pyogenes Crassus. Streptoeoccus pyogenes Communis.
Culture sur gélatine. Culture sur gélatine.
et s’y développe le long de la piqûre sous forme d’une traînée plus épaisse que celle du Streptocoque pyogène. Quand l’aiguille a été essuyée dans un premier tube, il se produit dans le second une chaîne de petites colonies sphériques ou lenticulaires un peu plus volumineuses, et sans exception la culture s’étend à la surface du tube sous forme d’un bouton aplati de plusieurs millimètres de diamètre.
Cette particularité ne s’observe jamais pour le Streptocoque d’Ogston, Rosenbach et Fehleisen, qui se développe exclusivement, après ensemencement par piqûre, le long du passage de l’aiguille.
STREPTOCOQUES
Sur l’agar la colonie, est toujours plus grasse et plus large que celle du Streptocoque de Rosenbach.
Un autre caractère différentiel constant est ce fait que les cultures de notre ^Streptocoque peuvent êire transplantées au bout d’un an et plus, parfaitement vivaces, d’un vieux tube de gélose desséché sur un tube nouvellement préparé, tandis que dans les mêmes conditions et sur le même milieu, au bout de deux mois à deux mois et demi seulement, le Streptocoque pyogène de Rosenbach demeure infertile à moins qu’on ne prenne, à l’exemple de Marmorek, la précaution de
Fig. 523. Fig. 524. Fîg. 525. Fig, 526.
Stréptococcuà pyogenes Crassm. Streptococcüs pyogenes Communis.
Culture sur agar. Culture sur agar.
revivifier la vieille culture en versant à sa surface un peu de sérum humain additionné de bouillon.
Nous avons rencontré le Streptocoque que nous décrivons ici dans divers cas de phlegmons sous-cutanés, dans un kyste de l’ovaire suppuré, et dans trois cas d’accidents puerpéraux à marche lente qui ont déterminé la mort au bout do quatre à cinq semaines, en dépit d’une désinfection utérine aussi parfaite que possible et sans trace de péritonite purulente. Nous conservons depuis 7 à 8 ans toute notre série de cultures absolument vivaces.
Fig. 527.
Slr.p(o««„, pijoimm a«m. (Culture sur agar). (6r- l»»»
Fig. 528.
Slreplococcus pijogcnes crasms. (Culture sur bouillon). (Gr. 1000 diatn.)
STREPTOCOQÜES
ôo'J
L’inoculation de cultures virulentes à l’oreille du lapin, que nous avons pratiquée parallèlement à l’inoculation du Streptocoque pyogèneprovenant d’abcès, de fièvre puerpérale, ou d’érysipèle n’a jamais déterminé de rougeur érysipélateuse, mais un simple abcès.
Cs Streptocoque est donc capable au même titre que le Streptocoque pyogène de déterminer la suppuration locale simple, la septicémie ou la pyohémie, mais ne présente aucun rapport avec l’érysipèle.
STREPTOCOCCUS HOMINIS LiaUEFACIENS
Au cours de nos recherches sur la pyogenèse et la fièvre puerpérale nous avons isolé dans un cas de septicémie posl partum à marche lente
Fis. 529. Fis. 530. Fis. 531. Fis. 532,
Streptococcus pyogenes liquefaciens. Streptococcus pyogenes liguefaciens.
(Culture sur gélatine.) (Culture sur agar.)
et mortelle un Streptocoque identique au précédent par ses cultures sur ragar, mais qui liquéfie la gélatine aussi vite que le Staphylocoque blanc ou doré.
Les cultures sur agar comme sur gélatine sont incolores. Cette liquéfaction rapide de la gélatine nous a causé au début quelque étonnement et nous avons cm nos cultures impures. Après une série de
recherches méthodiques au cours desquelles nous avons rencontré une seconde fois le même microbe, nous avons pu le déterminer nettement comme un Streptocoque pathogène pour l’homme et liquéfiant la gélatine.
Les [ii-opriétés pathogènes du Slreptococcus Uquefaciens sont identiques à celles du Slreptococcus pyogeues crassus.
Ces Streptocoques, le Slreptococcus hommis crassus et le Streptococcus liomims Uquefaciens, seront d’ici peu l’objet d’une série de
Fig. 535.
Slreptococcus pyogenes liqu'efat'ims. (Culture sur bouillon.) (Gr. 1000 diiim.)
recherches expérimentales. Nous avons vu que leur inoculation à l’oreille du lapin n’a jamais donné lieu qu’à un petit abcès sans rougeur érysipélateuse.
Noils rechercherons s’il est possible d’exalter la virulence de nos cultures, qui sont demeurées jusqu’ici très vivaces, et nous étudierons chez les animaux inoculés l’action du sérum de Marmorek.
STREPTOCOQUES
STREPTOCOQUE DE L’IMPÉTIGO
Leroux (1894) a décrit dans l’impétigo un Streptocoque qui paraît être caractéristique de cette affection éminemment contagieuse, L’impétigo débute par une poussée de vésico-pustules auxquelles succèdent des croûtes jaunâtres, mellilluentes ou verdâtres, qui recouvrent bientôt les téguments atteints.
Fig. 554.
Impétigo. — Liquide d’une vésicule récente (Leroux). (Gr. 1000 diarn.)
Il existe souvent une zone inflammatoire rouge à la périphérie. Le derme est tuméfié et les ganglions voisins engorgés et douloureux.
L’impétigo peut -présenter une tendance à la chronicité et se montrer très rebelle.
La démonstration clinique de la contagiosité de l’impétigo est depuis longtemps acquise. En raison de la,bénignité de l’affection, le If Leroux a tenté de nombreuses expériences d’inoculations soit simples, soit en séries. Cès inoculations ont été presque toutes suivies •le succès.
Fig. 535.
Variole. Vésicule jeune. (Gr. 8 diam.)
Fig. 536.
Variole. Début de la période de suppuration. Le derme est envahi. (Gr. 20 diam.)
STREPTOCOQUES
L’examen bactériologique des croûtes et du liquide sous-jacent donne le plus souvent des cultures de Staphylocoques et des autres microbes fréquents à la surface de la peau.
Le Staphylocoque doré prédomine habituellement et l’on observe de très rares chaînettes. Leroux a eu l’excellente idée de pratiquer ces recherches sur les sujets atteints d’impétigo expérimental et avant la rupture de la vésicule. A ce moment on observe de nombreux diplocoques réunis ou non en chaînettes.
Nous représentons hg. 535 et 536 le mode de formation des vésicopustules cutanées. Nous avons pris pour type des pièces provenant d’un cas de variole.
Fig. 537.
Streptocoque de ITmpétigo. Culture sur bouillon (Leroux). (Gr. 1000 diam.)
Si l’on ensemence ce liquide dans des milieux appropriés, il se forme sur la gélatine, le long de la piqûre, des colonies ponctuées analogues à celles du streptocoque pyogène, sur l’agar des coloniès fines en forme de trèfle, et dans le bouillon des chaînettes de longueur variable.
Sur quinze inoculations faites avec des cultures récentes, Leroux a obtenu quatre fois des résultats positifs pouvant se reproduire en séries. Il a observé le.même microbe dans l’impétigo secondaire des enfants, c’est-à-dire au niveau des éruptions discrètes ou confluentes qui se produisent sur le cou, les épaules ou les fesses par grattage. On trouve en général dans ces régions la trace des ongles. Ces enfants présentent fréquemment à rexlrémité des doigts des tournioles qui peuvent aboutir a la chute de l’ongle.
Fig- 5o8.
Impétigo. Cultüre sur bouillon (Leroux). Longue chaînette. (6r. 1000 diam.)
Il peut se produire d’autres manifestations corollaires : conjonctivite purulente, kératite, vulvite et stomatite impétigineuse, cette dernière observée par Bergeron, Comby, Sevestre et caractérisée par la coïncidence de croûtes fendillées d’impétigo sur .la face exposée des lèvres ou des commissures avec des pseudo-membranes dipbtéroïdes superficielles sur leur face interne et la muqueuse buccale.
Les adénites profondes du cou et les adéno-plilegmons en sont la conséquence fréquente. Lannelongue a décrit des cas d’ostéomyélite survenus chez des enfants atteints de gourme.
STREPTOCOQUES