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Bull. Acad. méd. 27 mai

STREPTOCOQUES

Frankel en 1884, et quelques autres auteurs, tels que Brieger, en 1888, prétendent avoir observé des cas d’infection puerpérale dus à une bactérie pyogène.

Les conditions spéciales dans lesquelles nous avons pratiqué nos autopsies, presque toutes nos observations ayant été faites pendant la vie ou aussitôt après la mort, nous permettent d’affirmer, comme nous l’avons signalé plus haut, que, dans les cas d’infection puerpérale type, le seul organisme pathogène est le Streptocoque.

Cette origine streptococcique pure de la fièvre puerpérale proprement dite vient d’être vérifiée cette année même par notre ami *le D" Marcotte, dans un grand service d’accouchements.

La condition essentielle est d’éviter toute invasion de la flore microbienne cadavérique.

Si l’on fait l’autopsie vingt-quatre heures après la mort, on trouve en effet le plus fréquemment dans le péritoine, à côté du Streptocoque, des bacilles qui ont émigré de la cavité intestinale et déterminé la putréfaction contenue dans la séreuse.

Le liquide péritonéal que l’on peut extraire par ponction pendant la vie ou bien au moment de la mort chez une malade qui succombe à la fièvre puerpérale est bien différent du liquide recueilli à l’autopsie au bout de vingt-quatre heures. Au moment de la iiiort le péritoine contient une sérosité louche et sans odeur où nagent un certain nombre de fausses membranes fibrineuses purulentes.

Plus tard, on rencontre un liquide sanieux et d’une fétidité remarquable, infecté par divers bacilles, notamment pai le Bacterium coli commune.

Il n’est pas inutile de rappeler ici que dans plusieurs cas de fièvre puerpérale, terminéspar la mort et où le médecin traitant croyait avoir pratiqué l’antisepsie vagi no-utérine, nous avons trouvé des Streptocoques à l’état de pureté dans toute l’épaisseur du tissu utérin, dans le péritoine et dans les viscères. Dans ces cas types, la cavité utérine n’exhalait aucune odeur désagréable.

Ces faits sont importants à signaler pour permettre aux cliniciens d’éviter cette erreur qui consiste à attribuer à la soi-disant fièvre

de lait, sous prétexte qu’il n’existe pas de fétidité de l’écoulement vaginal, une élévation de température qui est trop souvent un début menaçant d’infection puerpérale.

L’infection puerpérale est donc sans rapport avec la fétidité des lochies. Le Streptocoque à l’état de pureté ne donne aucune odeur, bien que lui seul se montre réellement nocif.

Des femmes malpropres et accouchées sans les moindres précautions antiseptiques guérissent au contraire sans encombre avec des lochies d’une abondance et d’une fétidité extrême, quand le vagin n’est infecté que de microbes saprophytes.

La fièvre puerpérale est une au point de vue bactériologique.

Les cas où l’on a observé, comme Frankel et d’autres auteurs, des Staphylocoques et des Bacilles chez des femmes atteintes de péritonite puerpérale mortelle, se rapportent à des infections multiples ayant pour origine des déchirures cervicales, vaginales ou vulvaires, où végétaient les microbes les plus variés.

La fièvre puerpérale typique, celle qui survient après un accouchement simple et se montre épidémique, est due à la propagation exclusive du Streptocoque.

AUTRES SEPTICÉMIES A STREPTOCOQUES

1° NÉPHRITE ASCENDANTE A STREPTOCOQÜES

Nous avons déjà signalé, à propos du Staphylocoque doré, la néphrite ascendante spontanée et expérimentale due à ce micro-organisme.

La néphrite ascendante peut avoir également comme agent pathogène le Streptocoque, soit seul, soit associé aux divers bacilles que nous décrirons plus loin. Nous donnons ci-contre la photographie d’une colonie de Streptocoques dans le rein de l’homme, à la suite de l’évolution d’une néphrite ascendante bi-latérale.

2° ANGINE DE LÜDWIG

Parmi les autres formes rapidement mortelles de l’infection par le Streptocoque pyogène, nous citerons particulièrement VAngim de

STREPTOCOQUES

Cette affection, connue depuis la description clinique faite par Ludwig en 1836, est une sorte d’érysipèle phlegmoneux du pharynx et de la région sous-maxillaire. —Les Streptocoques obtenus des cas mortels, sont d’une virulence extrême. — La mort survient d’ailleurs le plus souvent en 24 heures, avec une dureté ligneuse du pharynx et du plancher buccal, compliquée d’infection générale, d’albuminurie et souvent d’œdème de la glotte.

Cette affection n’est donc qu’une manifestation de l’infection générale par le Streptocoque avec point de départ pharyngé. L’importance des angines à Streptocoques a été mise en lumière dans ces dernières

Fig. 515.

Néphrite ascendante. Zooglée de Streptocoques dans le rein. (Gr. 80Ü diam.)

années par les recherches bactériologiques faites dans les cas de diphtérie scarlatineuse ou vulgaire.

Il est prouvé aujourd’hui que la diphtérie scarlatineuse et la plupart des complications infectieuses de la scarlatine sont dues à la pénétration dans le torrent circulatoire du Streptocoque pyogène.

Les recherches de Klein et des autres auteurs qui ont prétendu avoir isolé de la scarlatine un Streptocoque spécial n’ont pas été confirmées.

L’angine pseudo-membraneuse de la scarlatine peut être suivie de mort comme l’angine de Ludwig. Lôffler a observé dans différents cas

d’angine scarlatineuse le bacille de la diphtérie uni au Streptocoque pyogène.

L’association dans l’angine diphtérique vraie du Streptocoque pyogène au bacille de Lôffler est fréquente. L’importance de cette association microbienne est particulièrement connue depuis l'emploi du sérum de Roux pour la guérison de la diphtérie.

La présence du Streptocoque au cours de la diphtérie est une complication grave et c'est à rinCection streptococcique pure que l’on doit attribuer, comme l’ont démontré Grancher, Roux, Marmorek, etc., un certain nombre de cas mortels où l’on a trouvé, après disparition des fausses membranes et guérison de l’angine, des Streptocoques dans les viscères et dans le sang.

SÉROTHÉRAPIE DE L’INFECTION STREPTOCOCCIQUE

La découverte du sérum anti-streptococcique appartient à Marmorek et à Roux, qui appliquèrent contre le Streptocoque la méthode d’immunisation par les injections de sérum anti-toxique réalisée dans la diphtérie.

Nous passons en effet sous silence les méthodes d’immunisation basées sur l’injection de cultures stérilisées à 120 degrés dans l’autoclave, la température très inférieure de 58 degrés suffisant déjà pour altérer les poisons albuminoïdes et dénaturer entièrement le liquide.

Marmorek et' Roux ont pris, bien au contraire, comme point de départ, l’injection au cheval de cultures vivaces et tellement actives, qu’un cent-milliar.dième de centiniètre cube, c’est-à-dire une quantité de bouillon actif tellement faible qu’on n’y rencontre par dose qu’un seul grain de Streptocoque, tue à coup sûr un lapin adulte.

Cette virulence extrême du Streptocoque s’obtient en cultivant un Streptocoque provenant d’un cas d’infection grave chez l’homme dans du sérum de sang humain mélangé d’un tiers de bouillon de bœuf peptonisé à 1 pour 100 et en réalisant des passages successifs, avec cultures intermédiaires, dans le sang du lapin.

Le sérum humain est retiré, dans les services d’accouchement, du sang qui s’écoule du placenta après la ligature du cordon.

STUKPTOCOOUES

Un premier Streptocoque tuait la souris et le lapin en trois jours, la première par rinoculalion sous-cutanée de d’une culture sur bouillon de trente heures, le second par l’injection intra-veineuse d’un centimètre cube du même liquide. Le sang du cœur de ce lapin, ensemencé dans le sérum humain addilionné de hoiiillon et inoculé après 48 heures de séjour à l’étuve, tua le second lapin en 18 heures, à dose moitié moindre, et ainsi de suite.

Pour immuniser un cheval on injecte sous la peau environ 75'" d’une

Fig. 516

Jeune culture de Streptocoque pyogène sur le milieu de Marmorek. (Gr. OOÛdiam.)

culture très virulente. La température monte à 39 degrés. Au bout de quelques jours on injecte une seconde dose un peu plus forte et ainsi de suite. A chaque injection se produit une réaction fébrile simple ou à répétiLion qui peut atteindre 40 degrés ou môme 41 degrés.

11 est nécessaire, pour que le sérum soit très efficace, de provoquer des réactions très énergiques.

Les injections sont faites au nombre de trois ou quatre par mois. On arrive ainsi à obtenir des animaux qui, après avoir reçu, en un certain nombre d’injections, deux litres de culture virulente et plus, fournis-

sent un sérum assez anti-toxique pour préserver le lapin contre les cultures les plus virulentes.

Les animaux en expérience ne doivent servir à un traitement antitoxique que quatre semaines après la dernière injection.

Jusqu a la troisième semaine,, le sérum demeure toxique et ce phénomène s’observe à chaque période fébrile chez un cheval déjà bien immunisé. Au début de la troisième semaine, l’injection détermine un gonflement local douloureux et un empâtement qui peut être suivi d’abcès. Au bout de quatre semaines cet accident n’est plus à craindre.

Fig. 517

Culture ancienne de Streptocoque sur le même milieu. (Gr. 1000 diain.)

Il faut environ un an pour préparer un cheval à donner un antitoxine streptococcique réellement efficace.

Le pouvoir antitoxique du sérum est mesuré en injectant à des lapins d’un poids déterminé des doses variables de sérum antitoxique 0“,1 par exemple et pour des lapins de 15Ô0 grammes..

Douze à dix-huit heures après cette injection on leur inocule sous la peau un millionième de centimètre cube d’une culture, c’est-à-dire une dose dix fois mortelle.

STREPTOCOQUES

oo5

Des lapins témoins sont inoculés sous la peau avec un millionième et un dix-millionième de la même culture.

Trente heures après, les témoins sont morts.

Les lapins qui avaient reçu 0“,1 de sérum périssent le dixième et le onzième jour sans trace de Streptocoques dans les organes.

Ceux qui ont reçu demeurent bien portants.

Le quotient du poids de l’animal (1500 gr.) par 0"%‘2 ou 7000 donne le litre du pouvoir préservatif. Cette dose, équivalente à la 7000* partie de leur poids, aurait dû naturellement être plus élevée si l’on avait introduit au moment de l’inoculation une plus forte quantité de culture ultra-virulente.

Le sérum de Marmorek a été injecté chez l’homme dans les cas les plus variables. Érysipèle avec ou sans albuminurie, fièvre puerpérale, angines graves, scarlatine, phlegmons à Streptocoques, infections postopératoires. Dans les cas graves il faut injecter d’emblée 20*“ de sérum et 24 heures après 10 autres.

L’érysipèle pris au début peut s’atténuer trois heures seulement après l’injection. La desquamation est rapide et se fait par grands lambeaux. L’albuminurie si elle existe disparaît en vingt-quatre à quarante-huit heures. Dans l’infection puerpérale vraie, qui, comme nous l’avons démontré, e§t toujours streptococcique, les injections de sérum de Marmorek ont donné quelques résultats positifs.

Dans la scarlatine, l’angine streptococcique disparaît et l’état général s’amende. La chute des fausses membranes à Streptocoques se fait aussi vite que celle de l’exsudât diphtérique sous l’influence du sérum de Roux.

Marmorek et Roux ont même immunisé contre le Streptocoque afin d’obtenir un sérum doublement actif des chevaux déjà immunisés contre le bacille de Lôffler. Les phlegmons diffus à Streptocoques s’affaissent et se résorbent quand il n’y a pas de pus collecté. S’il existe un foyer purulent, il faut l’ouvrir et il se tarit immédiatement. Le sérum de Marmorek serait enfin indiqué dans beaucoup de complications post-opératoires, celles au moins où le Streptocoque pyogène se trouve être le seul ngent infectieux.

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