‹ Atlas des lacs françaisChapitre 1 sur 360 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Il y a quelque temps ^ je lisais dans un journal que la Suisse accusait la France

de n^ avoir point de lacs, et ce journal, dont le patriotisme paraissait avoir été

cruellement blessé , protestait en termes indignés contre cette accusation. « Point

de lacs! disait-il. Mais la France ne possède-t-elle pas la moitié du lac de

Genève? N^a-t- elle point, en toute propriété , le lac d'Annecy et le lac du Bourget?

^ Et les gouffres sans nombre qui sétagent sur les flancs des Alpes et des Pyré-

^ riéesy et les cràtè7^es, pleins deau blette, de V Auvergne et du Vivarais, et les

V lacs verts où se reflètent les sapins des Vosges et du Jura, et les vastes et

o mofiotones étangs des Landes, et les petites mers intérieures qui brillent sur

^ les bords de la Méditerranée, pareilles aux fragments dun miroir brisé, tout

cela n^est'il pas le bien de la France? » C^est ainsi, ou peu s'en faut, que le

jou7mal s'exprimait.

Assurément; le journal avait raison^ mais, dun autre côté, la^ Suisse n avait pas tout à fait tort. Sans doute nous avions bien des lacs, sur les bords desquels les touristes se pressaient chaque année; sans doute les bateaux à vapeur du lac de Genève, les petites barques du lac de Gérardmer, les hôtelleries du lac dOo ou du lac de Gaube s' emplissaie7it et se vidaient périodiquement; mais, pa9*mi ces hâtes dune saison, parfois même dune journée, combien se demandaient ce qu'il y a sous la surface de ces eaux qu'ils venaient admirer?

vm PRÉFACE.

Cette indifférence était (tailleurs partagée par le mœide savant. Les levers des topographes s arrêtaient rigoureusement à la ligne de rivage des lacs^ et ceux-ci n^ étaient représentés y sur nos caries les plus détaillées, que par des taches grises ou bleues ^ suivant que le travail était fait par tel ou tel Ministère; les géologues j même les plus habiles j ne parlaient des lacs qu'avec un certain dédain. Chose étrange! De grandes expéditions s'organisaient pour explorer les mers les plus éloignées, et nous ignorions la profondeur du lac de Genève et du lac du Bourget. Sans doute, comme le disait le journal que je citais tout à F heure y beaucoup de lacs étaient le bien de la France; mais ce bien était singu^ lièrement délaissé; on le considérait comme une propriété sans valeur ^ dontpersonne ne s'occupait; en un mot^ au point de vue scientifique^ les lacs étaient comme s'ils n^ existaient pas.

Ne me demandez pas, lecteurs que cette remarqua surprendra peut-être , pourquoi de nombreux kilomètres carrés de ?wtre territoire restaient ainsi inexplorés; car je serais obligé de vous répondf^e que je n'en sais absolument rien. Il faut croire que^ dans les questions scientifiques, la mode intervient ^ comme partout ailleurs^ et je mécontenterai de vous dire, pour toute explication^ que F étude des lacs n'était point à la mode.

Simple touriste d abord , j'ai été, comme bien d autres, séduit par ces beaux lacs que f allais voir presque chaque année; les aimant beaucoup ^ j'ai cherché à les mieux connaître^ car le mystère de ces profondeurs bleues ou vertes m' irritait et les légendes que je recueillais au cours de mes voyages ne pouvaient satisfaire ma cwiosité. Avant toute chose^ j'ai voulu déterminer dune façon très exacte le relief immergé de nos principaux lacs, persuadé que ce travail, souvent ingrat et pénible^ était la base de toutes mes études ; et en effet combien de théories géologiques brillantes ont été faites sur des lacs dont on n'avait jamais déterminé les profondeurs^ théories qui^ par la suite, se sont effondrées! J'ai donc sondé, patiemment et méthodiquement, le lac de Genève dans toute sa partie française qui, je le répète^ était absolument inconnue; ensuite j'ai exploré les deux grands lacs entièrement français^ ceux d Annecy et du Bourget ^ dont les profondeurs n'étaient pa^ moins incertaines; enfin j'ai continué mes investigations sur près de cent cinquante lacs répartis dans les régions les plus diverses

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