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I. — Mesure des températures

Les températures de surface se mesurent sans difficulté avec un thermomètre ordinaire.

Les températures de fond nécessitent l'emploi d'instruments spéciaux. Un thermomètre ordinaire, descendu à une profondeur déterminée, perdrait, en remontant à travers les couches plus élevées, la température qu'il aurait prise à celte profondeur; fût-il même, par un artifice quelconque, suffisamment protégé contre cette variation, il ne donnerait encore que des mesures inexactes; car sa boule serait déformée par la pression qui, au fond du lac de Genève, atteint environ 30 atmosphères.

Pour parer à ces inconvénients, on a inventé des instruments spéciaux; le plus commode parait être le thermomètre de Negretti et Zambra, dont je me suis toujours servi à mon entière satisfaction. Il consiste essentiellement (fig. 51), comme tous les thermomètres, en une boule remplie de mercure et une tige. Mais ici la boule possède un col A qui est étiré d'une manière particulière. Quant au tube, il est d'abord recourbé et porte dans sa partie courbe un petit réservoir B. Dans sa partie droite, il est divisé en cinquièmes de degré. Ce thermomètre se trouve lui-même dans un tube rempli d'air et hermétiquement fermé, qui le protège contre la pression de l'eau. Pour faciliter la transmission de la chaleur de l'eau au mercure du thermomètre, la partie du tube qui entoure la boule est elle-même remplie de mercure.

L'appareil est descendu à la profondeur où l'on veut mesurer la température, la boule étant en bas. Au bout de deux minutes et demie, l'équilibré est obtenu, le mercure s'est dilaté et est venu occuper une certaine longueur de la tige. Alors, au moyen d'un dispositif que nous examinerons tout à l'heure, le thermomètre est retourné sens dessus dessous de façon que la boule vienne en haut. A ce moment^ une rupture de la colonne mercurielle se produit à la partie étirée A du col, et toute la portion de mercure contenue dans la tige y reste emprisonnée, comme le

montre la figure. Comme cette quantité est très petite, elle ne se dilate que d'une longueur inappréciable pendant la remontée du thermomètre, et, lorsque celui-ci revient au bateau, le chiffre qu'on lit sur la tige représente la température de l'eau au point où le thermomètre a été renversé. Le petit réservoir B est destiné à recueillir le mercure qui sprl de la boule, dans le cas, le plus fréquent d'ailleurs, où l'on traverse en remontant des couches plus chaudes que celle où la température a été mesurée; il l'empêche ainsi de venir se mélanger à celui de la tige, ce qui

— Theniiomètre .Vcgretli (

fausserait les indications. On peut estimer que, si la rupture de la colonne mercurielle se fait convenablement, la 'précision est de i à 2 dixièmes de degré.

Ce thermomètre, qui est fort ingénieux, a pourtant un inconvénient: les chocs répétés du mercure contre les parois de l'étranglement finissent par produire un fendillement du verre.

M. Chabaud a construit un thermomètre dont le principe est le même, mais dont les dispositions de détail, un peu différenles, permettent d'éviter complètement l'inconvénient en question '. J'ai expérimenlé l'appareil de M. Chabaud au fond du lac de Genève et il a parfaitement fonctionné.

Pour obtenir le retournement du thermomètre, le moyen le plus simple est de se servir de la disposition représentée sur la figure 5i. A quelques décimètres

1. V. Chabaud, Sur un nouveau modèle de tkennomèlre à renversement pour mesurer les températures de la mer à diverses profondeurs (C. ft., t. CXIV, p. m, i892|.

TEMPÉRATURES DES LACS.Î 137

au-dessus du plomb de sonde est attachée une cordelette qui soutient une sorte

de botte en bois, entaillée sur Tune de ses faces, où Ton place le thermomètre. Cette

botte a une partie creuse où se trouve de la grenaille de plomb, qui peut se déplacer

d'une extrémité à Tautre de la botle, et la densité de Tensemble est sensiblement

égale à celle de Teau. Quand le plomb de sonde descend, la botte occupe la position

n"" 1 de la figure 51 ; quand il remonte, la grenaille fait basculer la boite qui vient

occuper la position n"" 2.

11 est malheureusement nécessaire de se servir d'une corde pour attacher cet

instrument; Userait imprudent, en raison de sa valeur, de le confier au fil d'acier

avec lequel on exécute les opérations de sondage et qui, quelle que soit sa résistance théorique, a toujours certaines chances de rupture. Dans ces conditions, la

profondeur àlaquelleon mesure les températures est un peu incertaine. Le plus sûr,

pour éviter des erreurs fortes, est de graduer aussi exactement que possible la

corde mouillée, en lui donnant à peu près la tension qu'elle doit posséder quand elle

servira, puis de vérifier la graduation à chaque sondage. Mais, quelles que soient les

précautions que l'on prenne, il est difficile d'éviter une erreur de 1 à 2 p. 100.

n. — Résultats obtenus sur quelques lacs.

Les tableaux ci-dessous donnent les mesures de température qui ont été prises sur quelques-uns de nos principaux lacs. Ces derniers sont répartis suivant les régions naturelles que nous avons considérées déjà à diverses reprises. Les températures soulignées ont été obtenues par interpolation*; la profondeur à laquelle le thermomètre a été descendu n'était pas en effet toujours égale à un nombre entier de mètres, à cause de la correction qu'il fallait faire subir à la longueur de la corde; et, principalement dans les vingt premiers mètres où les températures sont données de mètre en mètre, l'adjonction de profondeurs indiquées en décimètres eût surchargé les tableaux au point de les rendre à peu près illisibles. J'ai d'ailleurs toujours choisi le nombre entier le plus voisin de la profondeur mesurée. Ainsi, au lac du Bourget, la température de 12**,1, interpolée pour la profondeur de 8 mètres, correspond à une température de 12**, 4 mesurée à la profondeur de 7'",60.

Quand une profondeur porte la mention « fond », elle correspond sensiblement à celle de la plaine centrale; cependant elle en difière parfois légèrement, il ne m'a pas été possible, en effet, de prendre toujours exactement les températures audessus du point de plus grande profondeur.

Les altitudes des lacs sont données en nombres ronds.

Un certain nombre de mesures, qui ne figurent pas sur ces tableaux, seront données dans le cours du présent chapitre; elles ont trait en général à des cas exceptionnels, sur lesquels il sera nécessaire d'attirer plus spécialement l'atlenlion.

i. Celte interpolation se fait très rapidement en traduisant par une courbe les résultats des observations. Les profondeurs sont portées en abscisses et les températures en ordonnées, ou inversement.

LACS DBS ALPBS

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