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TEMPÉRATURES DES LACS
Jusqu'alors j'avais toujours été obligé de les faire en bateau, et Timpossibilité de me tenir rigoureusement à la même place du lac, sur une embarcation sujette à des déplacements perpétuels, ne m'avait jamais permis d'atteindre exactement le fond de l'entonnoir. Mais, à la fin d'un mois de février très froid, le lac d'Annecy se mit à geler, circonstance qui ne se produit qu'à des intervalles assez éloignés. Alors, en perçant des trous dans la glace, j'ai pu, toujours avec le concours de M. Legay, arriver par des tâtonnements méthodiques à atteindre le fond cherché et j'ai trouvé, sur ce fond et dans les environs immédiats, une série de températures comprises entre 4^,4 et 11^,8. Au même moment la température n'était que de 3^,8 sur le plafond du lac. Un pareil écart ne pouvait être attribué qu'à une source sous-lacustre.
L'analyse chimique a, d'ailleurs, comme nous le verrons dans un des chapitres prochains, également démontré Texistence de cette source. La zoologie, elle aussi, en a donné une confirmation nouvelle ; en effet, en ce point spécial du lac, et en ce point-là seulement, mon thermomètre revenait chaque fois à la surface couvert de petits amphipodes d'une espèce nouvelle, que MM. Chevreux et de Guerne ont bien voulu baptiser du nom de Gamma?'tis Delebecquei dans une note présentée à l'Académie des sciences par M. Milne-Edwards*. Ou bien la présence de la source attirait ces amphipodes vivant dans le lac, ou bien ils étaient apportés par l'eau de la source elle-même.
11 est bien évident que la température de cette source est peut-être notablement supérieure à 11^,8, maximum constaté au fond de l'entonnoir, car l'eau de la source se mélange très rapidement avec celle du lac, et, quelque près du fond que l'on arrive à descendre le thermomètre, c'est la température du mélange de ces deux eaux en proportions variables que l'on mesure. Un très faible déplacement du thermomètre faisait d'ailleurs varier cette température de 4^,4 à 11^,8.
Deux sondages thermométriques, faits, l'un au-dessus de la plaine centrale, l'autre au-dessus de la source, montrent d'une façon très nette l'influence réchauffante de celle-ci sur l'eau du lac.