ET LEUR REPRÉSENTATION
Dans le chapitre précédent, nous avons fait en quelque sorte Tinventaire des lacs du territoire français; mais ce n'est là que le commencement de notre tâche* Jusqu'à présent, nous avons simplement décrit ce que tout le monde peut voir; nous devons maintenant nous occuper de ce qu'on ne voit pas. Qu'y a-t-il sous la surface de ces eaux? Quelles profondeurs recèlent les cavités qu'elles remplissent? Pour répondre à ces questions, il nous faut sonder nos lacs. Examinons comment on doit s'y prendre.
A première vue le sondage d'un lac paraît être une opération des plus simples. Il suffit, semble-t-il, de prendre une corde graduée, d'y attacher un poids quelconque, de monter sur un bateau et de sonder. C'est ainsi, en effet, qu'ont procédé les premiers topographes qui se sont occupés des lacs; mais ils n'ont obtenu que de très mauvais résultats. La raison en est qu'une corde en chanvre ou en soie, telle que celles qu'ils employaient, est loin d'avoir une longueur fixe; cette longueur dépend du degré de tension de la corde et aussi de son degré d'humidité, et ses variations sont telles qu'elles peuvent atteindre 12 p. 100 de la profondeur à mesurer. C'est ainsi que les sondages exécutés par M. Ph. Gosset dans le lac de Genève en 1873 ont indiqué une profondeur de 334 mètres*, alors que la plus grande profondeur ne dépasse pas 310 mètres, comme nous le verrons plus loin. Une autre cause d'erreur provenait du poids de la corde immergée qui, pour une profondeur un peu forte, était parfois sensiblement plus grand que celui du plomb
i. FoREL, Carte hydrographique du lac Lémariy Arch. S. P. iV. G., janvier 1875.
de sonde ; il en résultait qu'il était très difficile de percevoir le moment où celui-ci touchait le fond. De plus les procédés que les anciens topographes employaient pour se repérer étaient en général très défectueux; beaucoup se contentaient de se déplacer à peu près sur un alignement déterminé et de mesurer, par le nombre des coups de rames qu'ils donnaient, la distance à laquelle leur embarcation se trouvait du rivage. Comme, avec un même nombre de coup de rames, le chemin parcouru peut, ainsi que je l'ai constaté, varier du simple au décuple, suivant la force et la direction du vent, on voit quelle confiance méritent les anciennes cartes hydrographiques levées d'après ces procédés.
Il faut donc faire usage de méthodes beaucoup plus précises, et il vient tout naturellement à l'esprit l'idée d'imiter ce qu'on fait sur mer. Mais là n'est pas encore la solution du problème. Les bateaux qui naviguent sur la mer sont, sinon des villes flottantes, comme l'a dit Jules Verne, tout au moins des maisons flottantes; ils peuvent porter facilement les appareils volumineux qui sont nécessaires pour les sondages dans les grandes profondeurs. Sur les lacs il nous faut un bagage plus léger; nous ne pouvons transporter à l'altitude de deux mille mètres un Challenger ou un Travailleur. D'ailleurs les instruments puissants dont on se sert en mer seraient bien inutiles pour les bassins de dimensions restreintes que nous avons à explorer. La limnologie, science de fraîche date, réclame donc des procédés spéciaux; je vais décrire ceux que j'ai employés; ils m'ont paru simples et exacts; je ne prétends pas toutefois qu'on ne puisse en imaginer de meilleurs.
Le lever de la carte hydrographique d'un lac comprend deux opérations. Il
s'agit :
1^ De déterminer la profondeur en un point du lac;
2^ De déterminer la position en plan de ce point.