C. — Origine probable des grands lacs subalpins
Affaissement du massif alpin.
a, — GÉNÉRALITÉS. — RECHERCHES DE M. HEIM SUR LE LAC DE ZURICH
Si Ton examine une carte des Alpes, on ne peut manquer d'être frappé immédiatement de ce fait que la plupart des grandes yaliées qui sortent du massif montagneux se transforment en lacs à peu près à la lisière de ce dernier et de la plaine. En Italie, nous trouvons les lacs de Garde, de Côme, de Lugano, le lac Majeur; en France, les lacs d'Annecy et du Bourget; en Suisse, les lacs de Genève, de Brienz et de Thun, des Quatre-Cantons, de Zug, de Walenstadt, de Zurich, de Constance; en Bavière, nous avons encore TAmmersee et le Starnbergersee ou Wûrmsee qui sont dans une position analogue.
Tous ces lacs paraissent avoir une cuvette en grande partie taillée dans la roche, et, si Ton songe à leur profondeur, qui est souvent très grande, si Ton réfléchit de plus que ceux qui sont situés sur le versant italien ont leur fond au-dessous du niveau de la mer*, il semble bien que ces contre-pentes considérables des vallées issues des Alpes ne peuvent être dues qu'à un affaissement de cette chaîne.
Le premier savant qui ait cherché à expliquer la présence de cette sorte de couronne de lacs par un affaissement des Alpes est, à ma connaissance, Sir Charles Lyell, qui s'exprime en ces termes :
Supposons, dit ce savant % que les Alpes se soient élevées de 1 000 mètres et plus àTépoque où le froid intense de Tépoque glaciaire se faisait sentir; ce soulèvement graduel aura été une ère d'érosion aqueuse qui aura creusé, élargi et prolongé les vallées. Il est fort peu probable que Télévation du sol ait dû partout être d'amplitude identique; mais, si elle n'eût jamais été plus forte sur les bords de la chaîne que dans les régions centrales, elle n'aurait pas donné naissance à des lacs. Cependant, si la période de soulèvement a été suivie par une autre d'aifaissement graduel, le mouvement n*éfant pas partout uniforme, il se sera formé des bassins des lacs partout où la vitesse de dénivellation de la région la plus élevée l'aura emporté.
Telle est Tidée générale que !V!. Heim et son élève M. /Eppli ont développée et appliquée à la formation du lac de Zurich'. D'après ces savants, des terrasses d'érosion fluviatile, taillées dans la molasse, sont visibles au-dessus des deux rives du lac,
1. Le fond du lac de Lugano est à 14 mètres au-dessous du niveau de la mer, celui du lac Majeur à 178 mètres, celui du lac de Côme à 215 mètres et celui du lac de Garde à 281 mètres (Voir 0. Mari- NELLi, Area^ profondità ed altri elementi dei principali laghi italiani). Remarquons que la profondeur de 281 mètres ne se rencontre dans l'Adriatique qu'à 400 kilomètres de l'embouchure du Pô (d'après la carte de l'Atlas Stieler).
2. Antiquity of man, traduction M. Chaper, p. 332, Paris, 1864.
3. A. Heim, Géologie der Hochalpen zwiscken Reuss und Rheifi (Beitràge zur geolog, Karte der Schweiz, 25^ Lieferung, p. 477), et die Entstehung der Alpinen Randseen, Geologische Nachlese (Vierteljahrschrifi der Naturforsch, Gesellsch, in Zurich, XXXIX Jahrg., 1894). — Aug. JEppu, Erosionsterrassen und GlazialschoUer in ihrer Beziehung zur Entstehung des Zùricfisees {Beitràge zur geolog, Karte der Schweiz, 34*« Lieferung, 1894).
témoignant que ce dernier fait partie d'une vallée creusée par les eaux courantes. Mais ces terrasses n'ont point une pente continue sur toute la longueur du lac. A peu près à mi-distance des deux extrémités, >ers Wàdenswil sur la rive gauche et Stàfa* sur la rive droite, leur inclinaison, dirigée d'abord vers la plaine, change de sens et elles remontent vers Taval. Leur point culminant est atteint sur la ligne Kâpfnach-Mànnedorf, à partir de laquelle elles reprennent leur pente primitive. Cette conlre-penle, d'après M. Heim, ne peut s'expliquer que par un mouvement d'affaissement de l'ensemble du massif alpin. La figure 109 rend compte du mécanisme de ce mouvement.
L'amplitude de l'affaissement, ou la longueur de la ligne CG de la figure, atteindrait 160 mètres.
La contre-penle des terrasses molassiques n'est pas le seul indice de cet affaisi-emeut. La terrasse formée par les alluvions de la première époque glaciaire^ ou.
Fio. 109. — Sthémo, de lacontrepenle des terrasses du lac de Zurich résultant de l'affaissement des Alpes.
ABP, terrasse avant raflaisscment. — ABCDR, terrasse apr^s l'afTaissoinent. — B, limite extérieure do l'affaissement. BC, racconlement du massit alpin affaisse avec la plaine resti^e immobile. — CG, amplitude verticale de l'aflaissement. >
pour me servir du terme employé en Suisse, le Deckenschotter, présente aussi une contre-pente analogue et même, en certains points, il a été reconnu que les couches de celte alluvion plongeaient légèrement vers l'amont ^ Au contraire, les dépôts de la deuxième et de la troisième glaciation ne présenteraient aucune trace de dislocation. Il en résulte que l'affaissement des Alpes, qui a donné naissance au lac de Zurich, se serait produit entre la première et la deuxième invasion des glaciers.
Cet affaissement ne suffit pas d'ailleurs pour expliquer entièrement la formation du lac. En se reportant à la figure 109, on voit qu'il ne rend compte que de la portion du lac située en amont du point culminant des terrasses, c'est-à-dire, pour le lac de Zurich, en amont de la ligne Kiipfnach-Mânnedorf. L'extension du lac jusqu'à Zurich doit, d'après M. ^Eppli*, être attribuée à la continuation du plissement delà
i. Voiries feuilles 477 (Horgen), 226 (Monchaltorf), 228 (Wàdenswil) de ï Atlas topographique de la Suisse au ^^77^,, et les feuilles VIII et IX de la Carte géologique suisse au