‹ Atlas des lacs françaisChapitre 269 sur 360 · RussELL, Lakes of North America, p · texte numérisé non relu

RussELL, Lakes of North America, p

la dureté de celte roche montre h l'évidence quelle peut être la force de l'eau comme ctgent d'excavation.

Est-il permis d'attribuer à une cause pareille tes lacs de montagne? Si nous étudions le profil en long d'une vallée des Alpes ou des Pyrénées, nous trouvons qu'elle se compose d'une succession de paliers, ou tout au moins de parties élargies à pentes très douces, séparées par des étranglements où la pente est beaucoup plus Torte. La figure 118 représente un de ces escarpements le long duquel s'échappe

F;a 118. — Escarpemenl h l'aval du lai; Itleu, uu-Jessus de la vallËc de Lcsponno. (Dapr*5 UDS phoiographifl.)

l'émissaire du lac Bleu. Très souvent ces paliers sont occupés par un lac, ou par un lac comblé. Les paliers correspondent à des roches tendres facilement entamées par les cours d'eau, les étranglements au contraire sont occupés par des roches dures. Le profil d'équilibre continu que tout cours d'eau tend à acquérir ne se réalise en effet que très lentement dans des terrains de résistance inégale. « La courbe du lit s établit aisément dans les parties tendres ; mais elle subit un ressaut brusque, sous la forme d'une cascade, à la rencontre d'une couche résistante '. >■ Dans l'état actuel des torrents, la faible quantité d'eau qu'ils débitent est, à quelques exceptions près, tout à fait insuffisante pour créer au pied de ces ressauts une excavation appréciable; mais

1. A. DE Lapparent, Leçons de géographie physique, p. 93. — Voir en outre PE.^CK, Morphologie der Erdûberpàche ; de la Hot el de H.ihgerie, les Formes du terrain, elc.

les conditions climatériques n'ont pas toujours été nécessairement les mêmes. Si, à une époque antérieure, où les formes du relief étaient moins adoucies qu'aujourd'hui, où la décomposition des vallées en paliers et en rapides était encore plus prononcée qu'à l'heure actuelle, d'abondantes précipitations atmosphériques se sont produites, il n'est pas impossible de concevoir que, au pied de cascades puissantes, des cavités rocheuses aient été creusées comme celles qui existent sous les chutes du Rhin et du Niagara. Cette plus grande abondance des pluies dans les temps anciens est d'ailleurs une chose certaine ; car c'est elle qui a été l'une des principales causes de la période glaciaire. En conséquence, sans affirmer, comme le fait M. Bonney \ que la plupart des lacs de montagne à bassin rocheux sont un produit de l'érosion aqueuse, ce qui paraît fort exagéré, il ne faudrait peut-être pas rejeter cette explication d'une façon absolue, comme le veut M. Penck', sauf pourtant pour certains lacs très élevés, situés à proximité d'une crête et dont le bassin d'alimentation a toujours été très restreint.

D'après M. Geinitz^ Teau pourrait encore produire des cavités dans des circonstances spéciales. Ainsi les bassins de certains lacs situés sur les plateaux morainiques du Mecklemburg seraient simplement de vastes marmites de géants produites par les eaux descendues à travers les moulins des anciens glaciers. M. T. D. La Touche* va plus loin et admet que ces eaux sont capables d'excaver, non plus seulement dans des matériaux meubles comme ceux d'une moraine de fond, mais encore dans la roche vive, et il explique aiusi la formation des lacs à cuvette rocheuse. Evidemment, si les moulins étaient des puits verticaux, où l'eau tombât en cascade sur toute l'épaisseur du glacier, de pareilles formations ne seraient pas absolument impossibles ; encore ne pourraient-elles constituer que des lacs de dimensions bien réduites. Mais il ne faut pas oublier que, si les moulins sont quelquefois très profonds (260 mètres d'après Agassiz), ils ne constituent pas en général des cylindres verticaux, mais bien des canaux contournés et tortueux^ à travers lesquels la circulation de l'eau ne peut se faire avec une vitesse bien grande. Dans celui que j'ai exploré sur le glacier de Gorner*, ma sonde s'est arrêtée à une profondeur de 21 mètres, au delà de laquelle le puits cessait d'être vertical.

Il semble donc que, par la voie mécanique, les cours d'eau, tels du moins que nous les connaissons, ne peuvent donner naissance à des lacs que dans des cas assez particuliers. Mais l'eau n'agit pas seulement par sa force vive, elle est aussi un agent de dissolution puissant ; il nous faut donc examiner si l'érosion chimique peut produire des lacs.

1. Bonney, On the formalion of cirques, Quart. Journ. geolog. Soc, London, XXLX, 1873, p. 387.

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