LES ALLUVIONS COMBLENT LE LAC
Nous avons distingué* plusieurs natures d'alluvions : Talluvion lacustre grossière, Talluvion lacustre impalpable, Talluvion fluviatile grossière et Talluvion fluviatile impalpable. Dans beaucoup de lacs du Jura ou du Plateau Central qui sont alimentés presque exclusivement par des sources voisines du rivage, Talluvion fluviatile fait presque entièrement défaut; elle paraît même manquer totalement dans ceux qui n'ont qu'une alimentation souterraine, tels que les lacs du Bouchet, Ferrand, d'Estivadoux, des Bordes, de Laspialade, de Lacoste, dans le Plateau Central. Les dépôts qui se font dans ces derniers lacs proviennent des matériaux arrachés au rivage par les vagues. Comme, en général, les lacs de cette nature ont des dimensions restreintes, les vagues n'y sont pas^rès fortes; l'alluvion lacustre ainsi produite est peu importante et le comblement se fait avec une extrême lenteur. J'ajouterai que, dans les lacs à bassin calcaire, il se produit peut-être un exhaussement du fond par suite de la précipitation du carbonate de chaux dissous dans les eaux; ce dépôt est, nous l'avons vu', assez vraisemblable, mais il n'a pu encore être démontré.
Au contraire, dans certains lacs, l'alluvion fluviatile l'emporte de beaucoup sur l'alluvion lacustre. Tel est le cas des lacs alimentés par les fleuves glaciaires. Ainsi des analyses sommaires ont montré que le Rhône apportait environ 5 millions de tonnes d'alluvion par an au lac de Genève ^ ce qui représente à peu près un volume de 2 millions de mètres cubes, soit, à titre de comparaison, presque le volume du lac de la Godivelle-d'en-Haut (Puy-de-Dôme), qui cube 2736000 mètres cubes*. Le lac de Retournemer, dans les Vosges, qui cube 380000 mètres cubes", disparaîtrait en deux ou trois mois sous les alluvions du grand fleuve alpin. Un calcul très simple fait voir que le lac de Genève, qui cube 89 milliards de mètres cubes, serait comblé, rien que par les apports du Rhône, en 45000 ans*'. La grande plaine peu inclinée