Voir pi. XV
6. M. FoREL [Léman, t. I, p. 378) prétend qu'il faut augmenter ce chiffre, en tenant compte de la quantité d'alluvion nécessaire pour ménager la pente que le Rhône aura lorsqu'il coulera sur l'emplacement du lac actuel. Eu supposant au Rhône une pente de 2 p. 1000, celle qu'il a dans le Valais
qui^ à partir du Rhône, remonte bien avant dans le Valais (pi. I), montre le travail qu'a déjà accompli le fleuve.
Le lac du Bourget a été aussi singulièrement diminué par le Rhône qui, à peine épuré par le lac de Genève, redevient fleuve glaciaire par sa jonction avec TArve. Autrefois ce lac remontait au nord jusque vers Seyssel, il venait baigner les flancs du Colombier et se recourbait du côté d'Yenne en occupant Tespace où se trouvent aujourd'hui les marais de Lavours. Les molards de Vions, de Ch&tillon, de Lavours, formaient des tles dans cette petite mer intérieure au contour capricieux. Mais le Rhône qui, à cette époque, débouchait directement dans le lac, en a comblé toute la partie supérieure ; si bien qu'à présent il n'est même plus son affluent; il passe à côté de lui, sur le delta qu'il y a déposé, et recueille les eaux de son émissaire. Toutefois, pendant environ soixante jours par an, il se déverse encore dans le lac par le canal de Savières*. La figure 145 représente la partie aval du lac prise delà montagne de la Chambotte ; on y voit le Rhône couler à la surface de la plaine qu'il a conquise sur le lac.
Le même phénomène s'est passé au lac d'Annecy, qui autrefois s'étendait jusque vers le pied de la montagne de la Balme et que le Fier a en partie comblé. La grande plaine des Fins, qui se développe au nord du lac, est bien un delta du Fier ; on y trouve en efl'et, dans la profonde entaille que celte rivière s'y est creusée, les couches inclinées caractéristiques des deltas torrentiels. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce point. A présent le Fier a complètement cessé d'être l'affluent du lac ; il reçoit au contraire ses eaux par l'intermédiaire du Thiou.
Les exemples de pareils comblements sont innombrables, chaque petit ruisseau qui débouche dans un lac y déposant son delta ; je me bornerai à en citer quelques-uns parmi les principaux :
Dans les Alpes: le lac de la Sassière, fortement entamé par le delta du torrent issu du glacier de Rhêmes ; — le lac des Assiettes*, entièrement comblé par un torrent descendu des glaciers de laVanoise; — le lac des Vaches (col de la Vanoise), presque complètement envahi par les alluvions du torrent du glacier de la Grande- Casse, etc.
Dans le Jura : les lacs de Saint-Point et de Remoray, qui autrefois ne formaient
avant son entrée dans le Léman, on trouve aisément que, lorsque le Rhône débouchera à Genève, il passera au Bouveret à peu près à 150 mètres au-dessus du niveau actuel, et l'on peut calculer que la masse de matières qui se sera déposée au-dessus du lac sera de 43 milliards de mètres cubes, environ la moitié du cube du lac actuel; ce qui, d'après M. Forel, augmenterait sensiblement le volume à remplir et le temps nécessaire au comblement. Mais le raisonnement de M. Forel me parait défectueux, en ce sens que le chiffre de 2 000 000 de mètres cubes, sur lequel repose la durée de comblement du lac, représente exclusivement la quantité d'alluvion apportée dans le lac et non pas celle qui se dépose, en l'exhaussant, sur le delta, au fur et à mesure que celui-ci s'avance dans le lac. Je me hAte de dire que ce chiffre moyen de 2 000 000 de mètres cubes, qui résulte seulement de 13 analyses faites en 1886 par un pharmacien de Morges, n'est peut-être pas plus exact que le raisonnement que je critique.