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qui serait complètement rempli par les alluvions, et nous aurions, là encore, l'illusion d'un lac éteint. 11 faut toutefois observer que ces deux phénomènes ne sont susceptibles de se produire que si la force qui donne naissance au lac travaille avec une très grande lenteur; il faut en effet que ce travail soit constamment balancé, soit par celui de Térosion, soit par celui de Talluvionnement. En conséquence, ces remarques peuvent s'appliquer aux bassins rocheux créés par des mouvements lents de l'écorce terrestre, mais non pas à ceux qui doivent leur origine à des effondrements brusques ou au coup de rabot des glaciers.

Il résulte de ce qui précède qu'il est nécessaire de recourir encore à d'autres caractères pour reconnaître les anciens lacs. En voici deux qui sont très importants :

i^ La présence au fond de la plaine alluviale de dépôts vaseux ayant un caractère lacustre.

Ainsi, dans la vallée de l'Ain, les couches les plus basses de la dépression Champagnole-Largillay, dont nous parlerons dans un instant, sont des marnes ayant tous les caractères d'un dépôt lacustre en eau profonde. Une coupe mince de ces marnes se distingue très difficilement d'une coupe faite dans la vase des lacs d'Annecy et du Bourget *. Nous trouvons là un argument de plus en faveur de l'existence d'un ancien lac dans celte vallée. Remarquons toutefois que cet argument n'est pas absolument décisif; certaines boues glaciaires', certaines alluvions fluvialiles extrêmement ténues peuvent présenter en coupe mince les mêmes caractères que les alluvions lacustres.

Dans les environs de Montréjeau, la dépression centrale qui se trouve derrière la moraine de l'ancien glacier de la Garonne est comblée par des dépôts qui consistent en couches de vases argileuses dont l'épaisseur est au moins de 24 mètres ^ M. Boule ^ en a tiré la conclusion que cette dépression a été occupée par un lac postglaciaire, ce qui, d'après la topographie de la région, parait très vraisemblable.

La découverte d'une faune ou d'une flore franchement lacustre serait d'ailleurs d'un aussi grand secours que la nature pétrographique des alluvions.

2^ La présence, autour et au-dessus de la plaine d' alluvions^ de terrasses composées de couches horizontales superposées à des couches inclinées^ c'est-à-dire ayant tous les caractères des deltas torrentiels.

Ainsi, dans la partie de la vallée de l'Ain comprise entre Champagnole et

1. Tel est également Tavis de M. le professeur Duparc, dont la compétence sur les questions pétrographiques est si grande, et qui a bien voulu examiner cette coupe avec moi.

2. Par exemple les boues glaciaires de la vallée de la Dranse de Bellevaux, près du village de Vailly (Haute-Savoie).

3. J. Alkm, BulL Soc. Hist, Nat. Toulouse, 6« année, 1871-1872, p. 236. — Le village de Loures se trouve dans la dépression centrale, et celui de Labroquère sur la moraine (Voir feuille E.-M. Saint- Gaudens).

4. Marcellin Boule, le Plateau de Lannemezan et les alluvions anciennes des hautes vallées de laGaronne et de la Neste {BulL C. G. F., n^ 43, t. VI, 1894-95, p. 6).

LargillayS les moraines terminales des anciens glaciers du Jura soutiennent plusieurs lacs^ Chalain, Ghambly, etc., situés dans des vallons latéraux. Mais nous avons lieu de penser que cette vallée elle-même a été autrefois le siège d'un lac étendu; car on trouve en divers points assez éloignés les uns des autres, notamment près des villages de Vieux-Bourg, de Montigny, de Charcier et de Clairvaux, des terrasses, situées k l'altitude moyenne de 530 mètres, et possédant la structure caractéristique des deltas torrentiels. Le lac était vraisemblablement soutenu par une moraine, située près de Largillay, et fortement entamée à présent par l'Ain; il est possible aussi qu'il ait été coupé en deux par la moraine derrière laquelle se trouve le lac de Chalain.

Nous avons vu^ aussi que deux petites terrasses, dominant d'une dizaine de mètres le fond de la vallée, et dont l'une est un delta torrentiel, étaient visibles audessus du Doubs, un peu en amont de la coupure de Mijoux, près de Pontarlier; elles témoignent de la présence d'un ancien lac.

Un peu plus loin, en aval de Pontarlier, la vallée du Doubs subit, vers son confluent avec le Drugeon, un élargissement considérable, qui a été aussi le siège d'un ancien lac; on y trouve, en effet, aux abords de Pontarlier, de part et d'autre du Doubs, deux terrasses élevées d'une vingtaine de mètres au-dessus de la vallée, et dont Tune est constituée par des couches de graviers plongeant vers l'ouest; elles sont les restes d'un delta torrentiel du Doubs ; le lac où c6 delta s'est formé était soutenu par une moraine qui s'étendait du village du Doubs à celui d'Arçon ^ et dans laquelle les efforts combinés du Doubs et de son affluent le Drugeon ont taillé une large échancrure.

Nous pouvons dire aussi que la vallée de la Moselle a été, après la période glaciaire, le siège d'un lac de dépression centrale derrière les moraines terminales de Longuet^. On trouve, en effet, à côté de Remiremont, des terrasses à couches inclinées qui dominent la vaUée d'une vingtaine de mètres et qui sont manifestement d'anciens deltas torrentiels.

Il arrive parfois que la cuvette a été très rapidement comblée et que l'émissaire n'a pas eu le temps de creuser suffisamment son lit pour faire varier sensiblement le niveau du lac. Dans ce cas, les deltas torrentiels ne forment plus de terrasses audessus de la plaine d*alluvion, mais ils constituent cette plaine eUe-même; c'est alors l'entaille faite par la rivière dans son travail d'érosion régressive qui vient nous révéler le caractère lacustre de ces dépôts. Ainsi, le village de Moatriond, dans

1. Carte géologique au 57555, feuilles Lons-le-Saulnier et Saint-Claude. Sur ces deux feuilles, la distinction entre les divers dépôts erratiques n'est pas faite en général.

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