Carte géologique au §5550» feuille Ornans
4. Carte géologique au 50555» feuille Épinal. Les divers dépôts erratiques ne sont pas nettement séparés sur cette carte.
la Haute-Savoie, non loin du lac du même nom dont j'ai parlé à diverses reprises, se trouve au confluent de trois vallées dont la première apporte les eaux de la Dranse des Gets, la seconde celles de la Dranse de Morzine et la troisième celles de la Dranse de Montriond*. La vallée de la Dranse de Morzine est entièrement remplie par une terrasse d'alluvions issue d'une moraine qui se trouve près du village de Morzine, mais la section qu'y a faite la rivière permet, en plusieurs points, de reconnaître la structure des deltas torrentiels. Cette vallée a donc été le siège d'un ancien lac, qui était soutenu par une autre terrasse un peu plus élevée que la première et formée par les alluvions issues de la vallée des Gets. Ces alluvions, ainsi que j'ai pu le constater, s'amorcent également à une moraine et leurs couches n'ont qu'une faible inclinaison dans le sens de la pente de la vallée; on n'y voit nulle part la superposition des couches horizontales aux couches inclinées; ce sont bien des alluvions fluviatiles, qui ont arrêté les eaux venues de la vallée voisine.
Quelquefois ces deltas torrentiels se trouvent à un niveau supérieur à tous les barrages, encore conservés, qui auraient pu faire obstacle à l'écoulement des eaux; dans ce cas, c'est en général un glacier, à présent disparu, qui a été la cause de la formation du lac. Ainsi, sur la route de Voiron à Saint-Laurent du Pont, près du village de Saint-Étienne de Crossey-, on rencontre une terrasse dont les couches inclinées vers le nord-ouest trahissent l'origine lacustre, et cependant cette terrasse paraît plus élevée que toutes les moraines qui barrent la vallée en aval. On ne peut guère l'expliquer qu'en supposant qu'elle s'est déposée dans un lac soutenu par le glacier de l'Isère, alors que ce dernier s'élevait à une grande hauteur dans la vallée; d'autre part, la direction des couches de la terrasse nous montre qu'elle a été formée par un torrent provenant du défilé du Crossey, qui fait communiquer, à travers la chaîne du Ratz^ la vallée de la Morge avec celle de Saint-Laurent-du-Pont.
D'après MM. Kilian et Penck^ on trouve àLaragne^, dans la vallée du Buech, des alluvions inclinées, qui ont été déposées dans un lac formé, lors de la deuxième glaciation, par le glacier de la Durance, qui a barré la vallée du Buech.
Ces exemples pourraient se multiplier à l'infini; car, dans les vallées des régions montagneuses qui ont été envahies par les glaciers, ces restes de deltas torrentiels sont extrêmement fréquents, ce qui s'explique facilement, si l'on réfléchit qu'un très grand nombre de ces vallées ont été transformées temporairement en lacs soit par des moraines, soit par des terrasses fluvio-glaciaires, soit par les glaciers euxmêmes.
1. Carte géologique au ôôôôq^ feuille Thonon. Même observation que pour la feuille Épinal. Voir aussi pi. 1.
2. Carte géologique au gôôôô» ^^^^^^^ Grenoble. La terrasse est simplement marquée du signe a*
comme les autres terrains erratiques.
3. W. Kilian et A. Penck, les Dépôts glaciaires et fluvioglaciaires du bassin de la Durance (C. R., t. CXX p. 1354, 1895).