‹ Atlas des lacs françaisChapitre 68 sur 360 · F.-A. Forel, le Léman, t. I, p · texte numérisé non relu

F.-A. Forel, le Léman, t. I, p

elle doit former un couraDt limité, comme le ferait un fleuve de mercure qui coulerait sur les talus du lac.

Cette descente du Rhône dans les profondeurs est visible h son début; c'est le phénomène bien connu sous le nom de Rataillière : h quelque 150 ou 200 mètres de son embouchure, le Bhôue, lorsqu'il est chaîné d'alluvions, disparaît tout & coup sous la surface du lac (fig. 24). D'après M. Forel, cette cascade souslacustre se prolonge dans les eaux profondes, et le courant, limité par des masses

- Embouchure du Ithôuc dans le lac de Genûve et phénomène de la Batailllèrc.

(D'»prùs UDB pliotoprsphie.)

d'eau dormante, doit, en frottant sur ses parois liquides, déterminer des remous dans lesquels l'impulsion de l'eau fluviale s'annule; alors l'eau du fleuve, en se mélangeant avec l'eau en repos, laisse tomber son limon en suspension; il se fait un dépôt d'alluvion sur les deux côtés du courant, et les berges ainsi b&ties s'élèvent constamment.

Cette explication rend bien compte de la présebce du ravin sous-lacuslre dans le lac de Genève. Que le Rhône, une fois disparu sous les eaux, conserveune partie de sa vitesse, nous en avons la preuve par la nature du sol du lac dans le ravin. Dans toute la partie de ce ravin appartenant aux eaux suisses, M. Hôrniimann a essayé en vain de recueillir des échantillons du sol; son appareil de prise est revenu

vide' ; or nous verrons plus loin^ que cet appareil rapporte facilement la vase, mais qu'il s'enfonce difficilement dans le sable ; il faut donc admettre que dans le ravin le sol est sableux. M. Garcin, qui a travaillé sous ma direction à la carte hydrographique du lac, a récolté du sable, dont certains grains dépassent un millimètre» à l'extrémité occidentale du ravin, par 247 mètres de profondeur et à plus de 7 kilomètres de l'embouchure du Bhône; ce sable, situé à 2 500 mètres du rivage, ne peut absolument pas être tombé des hauteurs qui bordent le lac, et il faut admettre qu'il a été apporté par le Rhône sous-lacustre qui coule sur un talus dont la pente moyenne est de 3 p. 100. Quelque étrange que cela puisse paraître, on est obligé de conclure que, à plus de 7 kilomètres de son embouchure et sous une colonne d'eau de près de 250 mètres d'épaisseur, le Rhône sous-lacustre a conservé une vitesse suffisante pour charrier du sable dont les grains ont 1 millimètre d'épaisseur, vitesse que l'on peut estimer à 0",20 par seconde^

D'un autre côté, les digues du ravin, d'après les recherches que j'ai faites, paraissent recouvertes d'un limon analogue à celui des grands fonds et dont le dépôt est incompatible avec l'existence d'un courant énergique ; la seule exception a été trouvée par M. Hôrnlimann, dont la sonde a rapporté du sable du petit monticule coté 52,90 et situé sur la berge droite du ravin, très escarpée en cet endroit. 11 semble donc que le courant du Rhône soit bien limité entre les deux digues ; dès lors, il est certain que, au contact des eaux courantes du fleuve et des eaux immobiles du lac, une perte de vitesse et, partant, un dépôt d'alluvion doit se produire.

Après la découverte du ravin sous-lacustre du lac de Genève, on s'attendait à en trouver dans les autres lacs alimentés par des fleuves glaciaires. Or on n'en rencontre absolument que dans le lac de Constance, à l'embouchure du Rhin. Ni la Reuss et TAa dans le lac des Quatre-Cantons*, ni l'Aar dans le lac de Rrienz*, ni le Tessin et la Maggia dans le lac Majeur^, ni le ruisseau du Val Fedoz dans le lac de Sils^ (Engadine), ne produisent un accident topographique semblable; il n'existe pas la moindre trace de ravins sous-lacustres à leurs embouchures. Il y a là une anomalie qu'il faut tâcher d'expliquer.

Une des conditions nécessaires pour l'établissement d'un ravin sous-lacustre est que l'afQuent charrie une proportion d'alluvion ténue très forte par rapport aux matériaux plus gros, sables et graviers ; si en effet ceux-ci sont en majorité, il se

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