‹ Atlas des lacs françaisChapitre 97 sur 360 · Chapitre IX · texte numérisé non relu

Chapitre IX

A. — Sources sous-lacustres.

La plus importante des sources sous-lacustres connues est le fioubioz du lac d'Annecy, qui jaillit au fond d'un entonnoir'. Je démontrerai l'existence de cette source en traitant de la température des lacs. Or, le fond de l'entonnoir est formé par la roche ; chaque fois que j'y ai descendu ma sonde, j'ai toujours senti le coup sec, l'arrêt brusque caractéristique des sols rocheux ; de plus, mon sondeur à coupe est toujours revenu vide. La même constatation a été faite par M. Forel, dans une exploration que ce savant a bien voulu faire avec moi.

J'ai cru d'abord que la présence de ce fond rocheux, au milieu d'un talus entièrement constitué par la vase, permettait de calculer d'une façon assez exacte l'épaisseur de cette vase.

Il paraissait en effet assez vraisemblable d'admettre que l'entonnoir était tout

Fio. 38. — Cuupe du IJ<iubioi.(1au il'Annecy), en supposant que l'enlooDoir se trouve lout entier dans la vase.

entier dans la vase et que la source ne produisait pas d'effondrement sensible dans le talus primitif du lac. 11 était permis de faire cette supposition par analogie avec ce que l'on voyait sur les pentes des montagnes voisines, où beaucoup de sources jaillissent (celle des Marquisats en particulier, tout près du Boubioz) sans qu'il en résulte dans le terrain rocheux une excavation quelconque. Dans ces conditions, l'épaisseur de la vase était égale à. la hauteur du cône formé par l'entonnoir, ou, vu la faible inclinaison (3'^ environ), en ce point, du talus général du lac, à la différence de niveau entre l'ouverture et le fond; on trouvait ainsi 50 à 55 mètres (fig. 38). Mais plus tard une excursion faite au Kevard, au-dessus d'Aix-les-Bains, non loin du tac d'Annecy, m'a montré que, sur le versant oriental de cette montagne, existent un certain nombre de grands trous elliptiques, creusés dans le calcaire urgonien analogue à celui qui constitue les rives du lac d'Annecy aux abords du Boubioz. L'un d'eux, le creux de l'Olette, m'a paru avoir à peu près 100 mètres de longueur sur 80 mètres de largeur, et une mesure que j'ai faîte au baromètre m'a donné une profondeur de 40 mètres environ. Le fond de cet entonnoir, encombré d'éboulis, renfermait un peu d'eau gelée (c'était le 14 octobre 1894). Il n'y aurait rien d'impossible à ce que la source du lac d'Annecy jaillit au fond d'une pareille cavité; on aurait alors quelque chose d'analogue à ce qui est représenté par la

1, Voir, pa^^es 31 el 80, la description de cet enluiiiioir.

NATURE DU SOL DES LACS

figure 39 el mon raisonnement sur Tépaisseur de la vase cesserait d'être exact. Mais la constatation de la roche au fond de l'entonnoir nous permet d'affirmer que cette épaisseur de 50 à 55 mètres est un maximum. Cette conclusion résulte, à l'évidence, de l'examen des deux figures 38 et 39.

Fio. 39. -* Coupe du Boubioz (lac d'Annecy), en supposant que l'entonnoir se trouve k la fois dans la vase

et dans la roche.

Nous avons VU aussi 'que le lac de Chaillexon possède une source sous-lacustre importante qui jaillit au fond d'un entonnoir. M. A. Magnin, qui Ta découverte, n'a pas constaté la nature du fond, qui est probablement aussi rocheux.

Il arrive assez fréquemment, dans certains lacs, que le sol naturel apparaisse sans qu'il se produise un pareil entonnoir dans la vase. Si, au lieu d'une source abondante et unique, comme au lac d'Annecy, nous avons une multitude de petits filets d'eau répartis sur une surface assez grande, si de plus l'épaisseur de la vase est faible, aucune dénivellation importante ne se produira entre les parties rocheuses mises à nu et celles recouvertes de vase.

Tel est le cas au lac de la Girotte où, à la profondeur de 44™,30, j'ai trouvé le rocher; dans le même lac j'ai récolté, à la profondeur de 57 mètres, des graviers à peu près exempts de vase. Or nous verrons plus loin que la composition et la température de l'eau du lac révèlent l'existence de sources nombreuses. D'autre part, si nous consultons la carte hydrographique du lac (PI. XIII), nous voyons que, dans la région nord-ouest où ces constatations ont été faites, l'allure des courbes de niveau est bien régulière ; nous voyons également que la pente du talus n'atteint pas la limite qui empêche le dépôt de la vase.

Le même cas se présente dans certains lacs du Plateau Central. Au lac d'Issarlès, j'ai récolté, à 51 mètres de profondeur, près de la rive est, un mélange de vase, de sable et de petit gravier ; au lac de Tazanat, à 60 mètres, dans la région nord-est, mon sondeur à coupe m'a ramené une vase renfermant un petit caillou qui, vu l'inclinaison relativement faible des talus (50 p. 100), ne paraît pas provenir d'un éboulement des rives; d'autre part, un échantillon pris dans le même lac, à la profondeur de 43",50, consiste uniquement en gravier. Or le lac d'Issarlès n'a aucun affinent visible ; comme il a, dans la partie nord-ouest, un écoulement souterrain assez important, il faut qu'il soit alimenté par des sources profondes, auxquelles est due la présence de sable et de gravier sur les talus de la rive orientale. La même observation s'applique au lac de Tazanat, qui paraît débiter plus qu'il

i. Page 81.

iOA LES LACS FRANÇAIS.

ne reçoit superficiellement. Enfin, deux récoltes faites au lac du Bouchet, Tune à 20 mètres dans la région nord, l'autre à 18 mètres de profondeur dans la région sud, ont consisté en petits graviers ; mais ici, comme le lac n'a ni affluent ni écoulement visibles, il est difficile de dire si l'on a affaire à des sources ou à des émissaires. Remarquons d'ailleurs que le relief immergé de tous ces lacs est absolument régulier et qu'on n'y rencontre d'accidents topograpbiques d'aucune sorte,

B. — Emissaires sous-lacustres.

Nous avons vu' que le lac de Chaillexon possède un entonnoir à son extrémité aval. Je démontrerai plus loin, en traitant de l'alimentation et de la température des acs, que cet entonnoir est très probablement le siège d'un émissaire. Là aussi j'ai pu constater que le sol était rocheux et, les fonds voisins de l'entonnoir étant d'environ 25 mètres, tandis que celui-ci descend jusqu'à 31'°,50, un calcul analogue à celui du lac d'Annecy montre que l'épaisseur de la vase est au maximum de 6 à 7 mètres.

Une observation analogue à celle faite à propos des sources trouve ici son application ; certains lacs ont des émissaires sous-lacustres dont la présence est révélée seulement par l'absence de vase, mais qui ne sont accompagnés d'aucun accident topographique. Tel est le cas du lac d'Issarlès où, dans la région nord-ouest, qui est, comme nous le verrons, le siège d'un écoulement sous-lacustre, j'ai récollé du gravier à 19",50 et à 50°*, 40 de profondeur, tandis qu'un essai fait à 42 mètres a été complètement infructueux ; le sondeur à coupe est revenu vide, ayant frappé sur un corps dur.

Page 1