BRIDGES DÉMONTABLES FIXES
lées sur les dents qui servent de point d’appui. Des couronnes en or pleines, soudées au bridg'e, viennent s’ajuster sur les coiffes en les recouvrant jusqu’à mi-hauteur.
Fig. 176, — Bridge de Lepkowski.
L’absence de vis rend la construction de cet appareil plus facile que celui de Winder, mais la solidité en est peut-être moindre.
Starr emploie pour fixer ses bridges des couronnes « télescopes », ainsi qu’il les appelle lui-même. Ce sont des couronnes soudées au bridge qui doivent venir s’enfoncer sur les coiffes scellées sur les racines, de même que les tubes d’un télescope s’emboîtent réciproquement. Il dispose un peu de gutta-percha dans chacune des couronnes, chauffe ces dernières avec soin et pose l’appareil dans la bouche. La gutta-percha remplit ainsi l’espace compris entre les coiffes fixées sur la dent naturelle et la couronne qui fait corps avec le bridge. La force adhésive de la
futta-percha garantit la solidité du bridge. On fait cepenant à cette substance, qui est une matière organique, le reproche dese décomposer trop facilement dans la bouche en prenant une mauvaise odeur.
Lorsqu’dnveut retirer l’appareil, il n’y a qu’à appliquer la pointe d’un instrument suffisamment chaud sur la couronne, jusqu’à ce que la gutta-percha soit ramollie.
BRIDGE-WORK
Système Lepkowski.
Lepkowski a fait connaître une méthode analogue à celles de Parr, Winder et autres, imaginée pour remédier à leurs difficultés de construction ou à leur défaut de solidité.
Nous décrirons le petit modèle reproduit dans la fig. 196; il est inutile de dire que la même technique s’appliquerait tout aussi bien à des bridges plus importants.
La molaire reçoit une couronne en or qui porte un tube muni d’un pas de vis ; la racine de la l'” prémolaire reçoit une coiffe en or plate et basse dont le centre livre pas-' sage à un tube également muni d’un pas de vis. Lorsque les faces de porcelaine sont bien ajustées, on soude à la dernière dent du bridge un petit tube très court qui vient se poser exactement sur celui de la couronne support. La face triturante qui doit s’adapter sur la prémolaire est percée pour laisser passer une vis. Les différentes pièces du bridge sont soudées, puis on met l’appareil en place, en le fixant au moyen de deux vis (fig. 176).
Ce procédé donne d’excellents résultats, tant que les dents qui servent de points d’appui sont assez fortes, et le praticien peut facilement extraire l’appareil en retirant les vis.
BRIDGES MOBILES DIVERS
La planche IX reproduit un bridge pour le côté gauche d’une mâchoire inférieure : la 2' prémolaire et la 1*'® molaire faisaient défaut, la l'® prémolaire et la 2® molaire n’étaient plus représentées que par leurs racines.
Ces deux racines reçurent des coiffes basses (pi. IX d) supportant de larges tubes qui s’enfoncent dans l’ivoire. Le scellement fut pratiqué avec du ciment. L’espace compris entre les deux coiffes fut recouvert d’une selle pour supporter l’effort de la mastication (pl. IX h. c.). Deux faces de porcelaine sont soudées sur la selle à des couronnes coulées en or. Deux couronnes creuses à pivot termi-
BRIDGüS MOBILES DIVERS
nent le bridg'e de chaque côté. Lorsqu’on pose l’appareil, les pivots pénètrent dans les tubes radiculaires et les couronnes viennent s’adapter aux coiffes.
Cet appareil rend l’emploi de la gutta-percha inutile. Les pivots ne s’ébranlent jamais comme les pivots élastiques et le patient peut facilement les enlever lui-même. De plus, l’effort de la mastication s’exerce sur la racine dans un sens vertical en se répartissant sur toute la région alvéolaire recouverte par la selle ; aussi les racines se conservent-elles longtemps en bon état.
La planché X représente un autre bridge mobile. Symétrique du précédent, il s’applique au même cas, mais pour le côté droit. Des coiffes en or b, c, dont la face supérieure est percée pour laisser passer une vis sont scellées sur la !'■« prémolaire et la 2® molaire. Les couronnes qui servent de support au bridge sont coulées en or et s’ajustent exactement sur les coiffes : leur face triturante massive est également perforée d’un trou affectant la forme en entonnoir pour dissimuler la tête des vis en or (c) qui fixent l’appareil.
Ce procédé rappelle beaucoup celui de Winder, mais l’emploi des couronnes pleines au lieu de simples faces triturantes en or donneau bridge une plus grande solidité. Notons encore que, grâce à la disposition de la selle, aucune particule alimentaire ne peut pénétrer entre la coiffe et la couronne.
La planche XI représente encore un petit bridge mobile qui se prête à toutes les combinaisons. Ici la If® molaire supérieure droite fait défaut, tandis que la couronne de la If® prémolaire est en partie détruite. Celle-ci reçoit une coiffe (d) soudée sur untubequadrangulaire qui pénétrera dans la racine et supportera une dent à pivot mobile montée sur une coiffe. La Ire molaire est remplacée par une couronne coulée ajustée sur une selle. Deux anses en fil d’or contournent les faces labiales et linguales de la 2® prémolaire naturelle et viennent se souder d’un côté à la selle, de l’autre sur la dent à pivot pour relier ces deux pièces.
Cet appareil n’a nullement besoin d’être scellé dans la bouche, car la dent à pivot s’ajuste exactement dans le tube radiculaire, et l’anneau d’or s’applique très étroitement sur la dent saine.
Le patient peut retirer le bridge lui-même : il faut d’ail- Preiswerk. Prothèse dentaire. 12
BRIDGE-WORK
leurs en faire le nettoyag'e tous les jours, car les moindres débris alimentaires qui viendraient à séjourner entre l’appareil et les dents saines amèneraient infailliblement la perte de ces dernières.
Planche IX. — Bridge mobile de quatre dents. Les deux coiffes qui seront cimentées sur les racines présentent un tube qui pénètre dans le canal radiculaire. Sur ces coiffes viennent s’ajuster les deux couronnes en or servant de support et munies de solides pivots. Deux couronnes en or pleines figurent les dents intermédiaires et présentent un support en forme de selle : ce dernier repose sur le bord alvéolaire.
a, rebord alvéolaire avec racines meulées et canaux agrandis ;
b, bridge terminé vu du côté labial ;
c, — — par en dessous ;
d, coiffes radiculaires avec tubes soudés ;
e, Le bridge placé dans la bouche.
Planche X. — Bridge mobile de quatre dents. Les deux coiffes radiculaires servant de points d’appui, sont scellées sur la racine avec leur tube. Sur ces coiffes s’adaptent deux couronnes creuses servant de support, reliées à deux couronnes en or pleines intermédiaires. Les couronnes creuses sont percées sur leurs faces masticantes pour laisser passer une petite vis qui pénètre dans le tube radiculaire de la coiffe sous-jacente quand on pose le bridge et y est fixée.
a, rebord alvéolaire : les doux racines qui servent de points d’appui ont été meulées en vue de la pose des coiffes et de leur tube ; le canal a été fortement agrandi ;
b, coiffe avec tube soudé ;
c, les coiffes cimentées sur les racines ;
d, bridge terminé, vu par en dessous ;
e, vis servant à fixer le bridge ;
/■, bridge vissé dans la bouche.
Planche XI. — Bridge mobile de deux dents composé d’une couronne creuse munie d’un pivot quadrangulaire et d’une couronne pleine reposant sur une selle. Ces deux parties du bridge étant séparées par la 2® prémolaire-, on les a réunies au moyen de deux anses circulaires. Sur les racines servant de points d’appui, on a cimenté une coiffe quadrangulaire.
a, rebord alvéolaire présentant une racine préparée pour la pose de la coiffe et du tube quadrangulaire ;
b, bridge terminé, vue latérale ;
c, bridge vu par en dessous ;
d, coiffe de racine avec tube quadrangulaire ;
e, le bridge placé dans la bouche.
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BRIDGES MOBILES DIVERS
Bridges en porcelaine de Brown.
Les bridg'es en porcelaine ont été plusieurs fois décrits, mais Parmly Brown est le premier à en avoir donné la technique.
Brown se sert de couronnes en porcelaine fondue, montées sur un fil de platine ou de platine iridié. Le plus souvent, il emploie pour cela des dents plates et recouvre les crampons ainsi que la monture du bridge avec de la porcelaine. Les extrémités du fil de platine ou de platine iridié servent de support à l’appareil, soit qu’elles s’enfoncent dans les racines comme un pivot, soit qu’elles s’incrustent comme une barre sur les dents voisines.
Nous croyons inutile d’entreprendre une description complète de ces bridges en porcelaine qui ne sont que rarement exécutés. La fig. 177 en reproduit la disposition
Fig. 177. — Bridge en porcelaine de Brown.
générale : nous renverrons pour le surplus ceux de nos lecteurs que la question intéresse aux traités sur les couronnes et les bridge-work d’Evans, de Riegner et de Roussel.
" Nouveau bridge » de Herbst.
Herbst décrit une nouvelle variété de bridge que je n’ai
BRIDGE-WORK
pas encore eu l’occasion devoir: aussi m’en rapporterai-je ici à ses propres explications.
Le principe de Herbst repose sur l’emploi d’une seule couronne en or pour constituer toutl’appareil. Ce sont des bridges creux, formés par une sorte de couronne géante : celle-ci une fois remplie de ciment viendra s’appliquer entre deux supports pour en combler tout l’intervalle. L’appareil permet également de placer des faces de porcelaine en prolongement.
Il présente un grand avantage pour le patient ; avec lui en effet oh n’a plus besoin de meuler les dents qui servent de point d’appui que de l’épaisseur de la feuille d’or sur la face triturante et sur la face linguale.
Ces appareils sont surtout destinés au remplacement des prémolaires et des molaires.
On commence par meuler les points d’appui, puis on pi’end une empreinte au plâtre des deux mâchoires. On obtient l’articulation en disposant un peu de stents chaud sur la dent pour faire mordre le patient. Cette empreinte est aussitôt passée dans l’eau froide et placée entre les deux modèles de plâtre que l’on porte ensuite dans l’articulateur.
On ajuste des dents artificielles sur la région que doit recouvrir la surface triturante, mais en prenant soin de les meuler suffisamment pour que le bridge ne soit pas trop élevé. De même, on enlèvera le plâtre qui, sur le modèle, dessine le relief de la gencive, afin que plus tard la couronne en or s’applique étroitement sur la muqueuse. L’estampe est coulée en métal de VVood, de Spence ou tel autre alliage analogue. Prenant la mesure de la coiffe avec du papier ou une feuille d’étain, on découpe d’après ce patron une feuille d’or que l’on estampe à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’elle s’ajuste bien sur le modèle, en ayant soin de chauffer le métal au rouge de temps à autre.
L'estampage ne peut faire descendre la plaque dans les espaces intermédiaires : il faudradonc souder à celle-ci une plaquette secondaire ajustée isolément.
Les grands bridges seront nécessairement renforcés avec de la soudure : celle-ci ne doit pas cependant couler de façon à venir au-dessus des dents naturelles précédemment meulées, car cela obligerait à les réduire encore.
Lorsque l’apparéil nedoit comprendre que deux ou trois dents, on ajuste directeinent la bande de la couronne dans
BRIDGES MOBILES DIVERS
la bouche ou d’après un modèle, puis on façonne des faces triturantes avec de la cire, on coule l’estampe, etc. L’opération se poursuit en suivant la technique que nous avons déjà donnée pour les couronnes.
Le scellement se fait avec du ciment : on peut d’ailleurs placer une feuille d’or n° 10 sur la g'encive pour éviter que le ciment liquide ne coule sur la muqueuse.
L’appareil s’enlève assez facilement par un simple pliag'e de l’or. Les particules alimentaires les plus ténues ne peuvent s’incruster entre les dents, et l’articulation doit être excellente.
Herbst combat les objections que l’on pourrait faire au contact direct de la gencive avec le ciment, en citant quelques cas où la muqueuse apparaissait tout aussi saine après le port prolongé d’un de ses appareils.
Les dents et les racines ébranlées peuvent entrer dans le bridge: cela les consolide à nouveau et leur permet de faire encore un long usage.
Bridge de Cournaud.
Cournand emploie un mode spécial de rétention poulies bridges amovibles et, quoique cette méthode nous
Fig. 177 a. — Pont simple (Cournand).
semble un peu compliquée, mais en ayant constaté les excellents résultats, nous croyons intéressant de la décrire.
BRIDGE-WORK
Pour cela nous prendrons l’exemple suivant qui permettra de saisir le modws /«ciendi de notre confrère.
Fig. 177 b. — Coupe du pont simple (Gournand).
Soit un bloc DD (fig-. 177 e) ayant comme supports: d’une part une racine de canine A, de l’autre une 2® grosse
Dans la racine A et concentriquement à son centre, creuser, avec un trépan à pivot central, une rainure circulaire a ; y insérer une calotte cylindrique b solidaire d’une gaine G plongeant dans le canal dentaire élargi. Cette calotte cylindrique b porte vis-à-vis de la dent opposée B une broche saillante cylindrique d fendue en 2 parties.
Confectionner autour de la dent B une ceinture e d’une dimension égale au périmètre de la racine au niveau
Fig. 177 d. — Pont coudé (Gournand).
gingival et souder à chaque extrémité de cette ceinture un demi-cylindre de telle sorte, qu’en fermant la ceinture autour de la dent les deux demi-cylindres /'/'soient accolés
molaire saine B (fig. 177 a).
Fig. 177 c. — Plaque garnie de crochets.
BRIDGES MOBILES DIVERS
par leur plan et disposés dans le prolongement de l’axe de la broche d.
Fig. 177 e. — Bridge en porcelaine de Cournand.
Fig. in f. — Coiffecouronne (Cournand).
La broche d et la broche f, formées des deux demicylindres accolés et goupillés en g, sont reliées par l’intermédiaire d’un tube h, claveté sur les broches en i.
Ce tube est surmonté de deux pivots parallèles j fendus en deux dans toute leur Ion--
étant en place, en prendre l’empreinte avec la gencive sousjacente et estamper sur le modèle obtenu une plaque métallique percée aux endroits des pivots et découpée suivant le profil figuré en C (fig. 177 c.)
Garnir cette plaque de petits crochets sur la face opposée à la gencive, la mettre en place, glisser autour des pivots j, les douilles barbelées k et recouvrir le tout avec le bloc armé DD (fig. 177 e), après introduction préalable de ciment dans les excavations lll, La plaque par l’intermé-
Fig. 177 g. — it coudé (Cournand).
■ BRIDGE-WORK
diaîre de ses petits crochets et les douilles par leurs barbelures font donc corps avec le bloc.
Le report du parallélisme des pivots est ainsi effectué en quelque sorte automatiquement, sérieux avantage qu’il importe de retenir.
La coiffe couronne E agencée comme sur la fig. 177 f est fixée à demeure sur la racine ou peut rester amovible.
La figure 177 d représente l’ensemble du pont doublé pour une plus forte résistance.
La figure 177 g montre le dispositif à donner au tube du pont quand les supports ne permettent pas de faire celui-ci rectiligne.
Réparation des bridges.
Lorsqu’un bridge est en mauvais état, on pourra le réparer en s’inspirant des principes que nous avons déjà exposés pour les couronnes et les dents à pivot.
La réparation des bridges mobiles n’offre aucune difficulté, mais les bridges fixes sont souvent très difficiles à extraire. Lorsque le scellement est fait avec de la guttapercha, il n’y a qu’à chauffer les points d’appui pour retirer l’appareil. Si le bridge a été fixé avec du ciment, on ne peut en pratiquer l’extraction qu’en sacrifiant la couronne qui sert de support. 11 ne faut ébranler les pivots que lentement et avec précaution, au moyen d’une pince à crampons ; quant aux anneaux et aux couronnes, on les sectionnera, soit avec une fine meule en corindon, soit avec une pince à couronnes.
Parfois il est possible d’effectuer la réparation dans la bouche même. Ainsi par exemple, s’il s’agit de la fracture d’une facette de porcelaine montée surun contrefort en or assez épais, on percera celui-ci de deux trous suffisamment larges et profonds à hauteur des crampons de la nouvelle dent que l’on scelle avec du ciment ou du cimentétain. Ici, en effet, l’amalgame conviendrait moins. Si la dent à remplacer se trouvaitsoudée sur une contre-plaque, comme celles que l’on emploie pour les dents antérieures, on ferait encore deux trous pour laisser passer les crampons de la nouvelle dent : les crampons se replient derrière la contreplaqué et se logent dans une rainure hori-
BRIDGES MOBILES DIVERS
zontale ou verticale pour ne pas blesser la langue. On trouve dans le commerce des pinces à réparations dont les mors sontgarnis de liège ou cfe caoutchouc pour éviter de briser la porcelaine en courbant les crampons.
[Francisque Martin conseille de souder à l’étain la nouvelle dent ajustée comme ci-dessus dans la bouche, le thermocautère faisant office de fer à souder.]
APPAREILS A PLAQUES
Préparation de la bouche.
Avant de construire un appareil, il est presque toujours nécessaire de mettre la bouche en état de le recevoir et pour cela de pratiquer quelques opérations absolument indispensables. Tel estprincipalement le cas, .lorsqu’il subsiste dans la mâchoire des dents qui sont fortement ébranlées ou bien en proie à lacarie : les autres dents se trouveraient bientôt atteintes et leur perte exig-erait un nouvel appareil ou tout au moins des modifications et des réparations. Les racines cariées peuvent également être l’origine d’une inflammation de voisinage : celle-ci se développera d’autant plus aisément que les dents artificielles exercent toujours une pression sur la gencive et que les débris alimentaires retenus sous la plaque ne tardent guère à s’y décomposer. Mais ce ne sont pas là les seules indications à remplir, et nous les étudierons toutes en détail.
1° Enlèvement du tartre. — Les canines et les incisives inférieures sont presque toujours incrustées de tartre, surtout surleur face linguale, et les molaires en sont souvent également chargées. Ces incrustations doivent être enlevées avec le plus grand soin, car elles irritent la gencive et celle-ci ne pourrait supporter aucune plaque. En outre, le tartre se brise parfois de lui-même avec le temps, surtout aux points où portentles crochets, et sa chute crée des interstices entre la dent et l’appareil.
On sait, en outre, que le tartre et les autres incrustations présentent sur les dents différentes couleurs, depuis un blanc crayeux jusqu’au noir le plus foncé. Leur présence amènerait clone un contraste entre la teinte des dents naturelles et celle des dents de porcelaine.
2° Extraction des dents et des racines. — Lorsque Ton doit faire un dentier complet, il est indispensable d’enle-
APPAREILS A, PLAQUES
ver toutes les racines, afin que l’appareil repose de toutes parts sur un plan bien homogène. En limant les racines jusque sous la gencive, on n’ojDtient qu’un résultat provisoire ; au bout de quelque temps, la racine fait u^ne nouvelle saillie et reçoit tout le poids de l’appareil. La sensibilité s’exagère souvent au point de faire désirer une e.xtraction : il faut alors recommencer la pièce. En outre, une plaque qui repose par endroits sur des racines court le risque de se briser, parce qu’elle porte touj’oui’s plus ou moins à faux sur d’autres points. Seules, les dents antérieures de la mâchoire supérieure font exception, car une gencive artificielle n’arrive j'amais à restituer complètement l’esthétique naturelle du visage, que l’enlèvement de ces racines altère toujours un peu. [Ces racines des incisives et canines supérieures ne sauraient d’ailleurs être conservées qu’à la condition expresse d’être parfaitement obturées après désinfection complète.] Les dents isolées ne seront respectées que si elles n’apportent aucune entrave à la pose de l’appareil; on les sacrifiera de même lorsqu’elles sont trop longues, ébranlées, fortement cariées ou que leur racine est altérée.
Notons cependant que la conduite est tout autre, s'il s’agit d’une pièce partielle. Dans ce cas en effet, il vaut mieux autant que possible s’efforcer de garder les débris de couronne, car l’affaissement de la gencive donnerait aux dents artificielles un aspect allongé des plus disgracieux.
Malgré leur apparente simplicité, ces règles ne sont pas toujours d’une facile application danslapratique ; souvent même, il demeure impossible de convaincre le patient, et celui-ci préfère s’exposer à tous les ennuis plutôt que de se laisser enlever un chicot ébranlé. 11 faut alors, avant d’entreprendre l’appareil, dégager toute sa responsabilité [en insistant sur les graves complications infectieuses qui peuvent survenir du fait d’un appareil reposant sur des racines infectées] ; plus d’une fois déjà, dans ces conditions, il nous est arrivé de faire revenir notre malade sur sa décision et de faire l'extraction que nous avions déclarée indispensable.
3“ Extraction des débris de couronnes. — Lorsqu’il reste des débris de couronnes au-dessus de la gencive, il faut les enlever jusqu’au niveau de la muqueuse. Nous avons vu, page 64, à propos des dents à pivot, la technique
APPAREILS A PLAQUES
que l’on doit suivre pour placer une couronne artificielle et la façon de dissimuler le collet de la porcelaine en meulant la racine sur sa face labiale jusqu’au rebord alvéolaire.
4“ Traitement et obturation du canal radiculaire. — Cette opération a été ég'alement déjà exposée. En aucun cas, en effet, même si elles étaient toujours restées indolores, les racines ne devront être négligées, car au bout d’un certain temps, la présence de l’appareil amènerait une violente périostite. Ce phénomène s’explique d’ailleurs aisément par le fait que ces racines ont alors à subir une pression considérable et que les bactéries sé dévelop-
Eent avec la plus grande activité, grâce à la constance de i température sous une plaque de caoutchouc presque toujours malpropre.
Plombage des dents cariées. — La mise en état de la bouche a surtout pour but d’assurer à l’appareil toutes les garanties possibles de durée et de solidité ; il faut donc remédier à tout ce qui pourrait en amener l’abandon prématuré. L’obturation des dents cariées est par conséquent un point de la plus grande importance. On veillera tout particulièrement auxsurfaces qui viennent au contact direct de l’articulation, car c’est là, ainsi que nous le savons, que l’usure est la plus rapide. De même les dents qui doivent recevoir des crochets seront plombées avec une substance très dure ; la gutta-percha et le ciment s’altèrent rapidement et n’offriraient qu’une faible résistance. L’or ou l’amalgame conviendront mieux ; toutefois si l’on emploie des crochets en or, il ne faut pas que l’amalgame laisse transsuder du mercure, et pour cela, le plombage doit être complètement solidifié avant de poser l’appareil. Ajoutons qu’en aucun cas, on ne se servira d’un amalgame de cuivre.
Traitement après l’extraction et prothèse provisoire immédiate.
Lorsqu’on vient de pratiquer l’extraction, il faut d’abord laisser complètement guérir la plaie. Les lambeaux de gencive à moitié détachés sont excisés avec des ciseaux; quelques points de suture rapprochent au besoin les deux lèvres de la muqueuse si le périoste se trouve dénudé sur
APPAREILS A PLAQUES 189
une grande étendue. Il m’est souvent arrivé de réunir ainsi la gencive sur le rebord alvéolaire pour obtenir une guérison plus rapide. On aura également soin d’enlever avec une pince les esquilles et les pointes osseuses sur lesquelles viendrait plus tard s’exercer la pression de l’appareil. Ces différentes précautions ne sont d’ailleurs nécessaires que lorsque le cliamp opératoire est assez étendu, et l’on pourra les négliger après l’extraction de dents peu nombreuses ou peu .adhérentes. Dans tous les cas, il faut recommander à l’opéré de se nettoyer la bouche avec soin : les dents restantes seront savonnées et la bouche rincée après chaque repas [avec de l’eau oxygénée faible], principalement le soir avant de se mettre au lit. Parreidt recommande l’emploi de la solution salée physiologique chaude ; l’infusion de camomille ou l’eau boriquée chaude donnentles mêmes résultats. Si ce traitement ne suffisait pas à prévenir toute inflammation, on ferait des injections intra-alvéolaires avec une solution de lysol ou d’acide phénique, ou bien on toucherait légèrement la plaie avec de la teinture d’iode en faisant ensuite un pansement iodoformé.
Aussitôt après l’extraction, les lèvres de la plaie sont dans un état d’irritation qui rend douloureuse l’application des dents artificielles. Beaucoup de praticiens attendent quelques jours ou même quelques semaines avant de prendre une empreinte. Ce temps suffit en effet pour faire disparaître la sensibilité, mais non pour laisser le tissu osseux accomplir tout son travail de résorption et prendre sa forme définitive. Il est donc nécessaire de laisser s’écouler quatre mois ou même une année entière. Ce terme varie d’après l’âge et la constitution du sujet et aussi d’après le nombre et l’importance des extractions. La résorption définitive, n’est guère effectuée qu’entre six mois et un an. Bien des personnes n’acceptent pas volontiers une aussi longue attente et demandent un appareil provisoire. Ou prend alors une empreinte au bout de quelques jours ou de quelques semaines, ainsi que nous le disions plus haut. La voûte palatine est la seule région qui ne subit aucun changement, tandis que la rétraction est surtout marquée sur le rebord alvéolaire des deux mâchoires. Un appareil provisoire fixé sur le palais, offre donc .de meilleures chances de succès qu’un appareil du bas ne prenant point d’appui que sur des tissus flasques et mobiles. J’ai vu cependant, dans bien des cas, la mâ-
APPAREILS A PLAQUES
choire inférieure supporter un appareil provisoire dans de bonnes conditions. Lorsqu’il faut éviter la pression, tout en laissant aux dents leur aspect naturel, on fera descendre ces dernières dans l’alvéole même, au lieu de les laisser reposer sur la muqueuse. Ceci s’obtient en creusant le plâtre du modèle pour y ajuster des couronnes artificielles un peu longues. La base en est meulée, amincie de telle sorte que dans la bouche, la porcelaine ne puisse venir comprimer l’alvéole en aucun point. Malgré cette précaution, le collet des dents arrive progressivement à se découvrir par suite de la résorption alvéolaire et au bout d’un certain temps, la porcelaine n’est plus en contactavec la gencive.
Ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, ces phénomènes de rétraction durent de quatre à douze mois; cependant, dans nombre de cas, les dents plantées dans les alvéoles retardent la résorption pendant quatre ans et plus et l’appareil, provisoirement établi, devient définitif. Ceci s’observe surtout lorsque le sujet porte son dentier même pendant la nuit.
Ainsi que son nom l’indique, la prothèse immédiate se fait aussitôt après l’extraction. Il vaut mieux cependant construire l’appareil avant l’opération, de façon à pouvoir l’appliquer extemporanément.
Rodriguez a donné la technique de ce procédé dès l’année 1861. L’empreinte est prise avant l’extraction et les dents sont sectionnées sur le modèle. Creusant alors des alvéoles dans le plâtre, on consti’uit l’appareil qui se trouve prêt à poser dans la bouche immédiatenient après l’extraction. Le résultat est excellent si les dépressions du plâtre répondent aux proportions anatomiques des dents. Cette méthode également préconisée par Herbst, Roberts, Parreidt, Detzner, Houghton, serait préférable à la pratique ordinaire pour la construction des dentiers provisoires ou permanents. Le patient n’est ainsi jamais privé de l’usage de ses dents et cela l’empêche de contracter des défauts d’articulation ou de prononciation. En outre l’esthétique du visage ne subit aucune atteinte. La résorption n’est nullement entravée tant que les dents artificielles pénètrent assez profondément dans l’alvéole, mais il faut avoir soin de n’enlever l’appareil que pour en faire le nettoyage. Les résultats ne sont cependant pas toujours aussi favorables, car il peut survenir au bout de quelques
l’empreinte
semaines une véritable atrophie de l’alvéole. Malgré cela, les nombreux succès obtenus par ce procédé, dont les effets ont pu se maintenir parfois pendant plusieurs années sans altérations, nous engagent à le recommander. Il offre en effet aux personnes cjui sont en contact permanent avec le public cet avantage inappréciable de ne les priver de leurs dents à aucun moment.