‹ Atlas-manuel de prothèse dentaire et buccaleChapitre 37 sur 105 · SUBSTANCES EMPLOYÉES DANS LA CONSTRUCTION D’UN APPAREIL A PLAQUE · texte numérisé non relu

SUBSTANCES EMPLOYÉES DANS LA CONSTRUCTION D’UN APPAREIL A PLAQUE

La prothèse a eu pendant longtemps recours à des dents humaines que l’on prenait surtout sur des cadavres. On rapporte même que sur les champs de bataille les dents des soldats tombés étaient un des principaux objets de convoitise de la part des maraudeurs. Ceux-ci ne prenaient pas le temps de les extraire et mutilaient la tête pour emporter les mâchoires. On trouvait également dans le commerce des dents provenant des sépultures. Les dents d’éléphants, de morses etd’hippopotames servirent ensuite à tailler dans l’ivoire des dents artificielles plus ou moins artistiques et même des pièces entières. Toutes ces dents en ivoire naturel pouvaient donner au début un assez bon résultat sous le rapport de l’esthétique ; dans la bouche, leur consistance, et leur teinte finissaient toujours par s’altérer et elles devenaient très rapidement la proie de la carie.

Ce dernier motif surtout amena la recherche d’une matière plus résistante et c’est à un Français, nommé Duchâteau, que nous devons les premières applications de la porcelaine à la prothèse dentaire (année 1774'). Les dents minérales de différentes compositions se sont bientôt montrées d’un emploi très pratique, non seulement parce qu’elles imitent assez bien l’éclat, la forme et la teinte des dents naturelles, mais encore parce qu’elles résistent parfaitement aux agents chimiques de la bouche.

Aujourd’hui on fabrique des dents artificielles cherchant à rappeler les dents naturelles. [Nous regrettons toutefois de ne plus trouver les formes anatomiques pures des dents de Billard, par exemple, et, ainsi que le fait remarquer Galippe, il semble que les dentistes actuels et leurs fournisseurs perdent progressivement le sens de l’esthétisme qui consiste à copier le plus servilement possible la nature.] Les dents de White, de Justi et de Ash sont assurément parmi les meilleures. Les deux premières marques, connues sous le nom de dents américaines, présentent une surface d’aspect granuleux et finement quadrillé. Les dents de Ash, ou dents anglaises, ont une surface absolument lisse. Nous devons encore mentionner les dents à tubes très pratiques de Wienand : celles-ci ne portent pas de crampons, mais sont perforées pour se fixer au caoutchouc (dents diatoriques).

Les applications des dents en porcelaine étant beaucoup plus fréquentes aujourd’hui qu’autrefois, on en a imaginé de nombreuses variétés, Nous citerons les dents plates (fig. 21S), les dents à talons (fig. 216), les dents à gencive avec crampons de platine (fig. 217), les dents à queue de pigeon (fig. 218), les dents diatoriques sans' crampons (fig. 219), les dents perforées avec tubes de platine (fig. 220), les dents massives pour le travail de l’or

, La planche XII représente un certain nombre de dents plates antérieures : l’exanien de ce tableau permettra de se faire une idée de la variété qui existe dans les formes et dans la nuance.

Les dents minérales modernes sont faites avec de la silice, du feldspath et du kaolin. Les teintes sont obtenues par le mélange de certains métaux, surtout des métaux précieux et de leurs oxydes. Le corps de la dent est constitué par de la silice, du feldspath et du kaolin. Sa surface ou émail, ainsi que la gencive artificielle, sont faits principalement avec du feldspath.

Il n'est pas sans intérêt de connaître les procédés de coloration employés par les fabricants pour obtenir les diverses nuances et imiter la gencive : nous les résumerons dans le tableau suivant :

223 SUBSTANCES d’üN APPAREIL A PLAQUE

Fig. 2dS. — Dents plates. Fîg-. 216. — Dents à talons.

Fig. 217. — Dents à gencive avec crampons de platine.

Fig. 218. — Dents à Fig. 219. — Dents diatoriques sans queue de pigeon. crampons.

Fig. 220. — Dents à Fig. 221. — Dents fortes pour les travaux tube avec tige de en or.

platine.

Planche XIl. — Spécimen de dents plates actuellement en usage. Ce tableau pourra donner une idée de la variété qui existe dans la forme, la teinte et l’aspect.

Métaux et oxydes

Teinte obtenue

Or très fin .

Oxyde d’or . .

Eponge et limaille de platine

Oxyde de titane .

Pourpre de Cassius ....

Oxyde d’uranium ....

Oxyde de magnésium . . .

Oxyde de cobalt . . . .' .

Oxvdft d’arcrpnt . .

Oxyde d’argent

y-1 O rrîvxn

bleu ciel blëu clair jaune citron jaunecitron

jaune clair pourpre

Oxyde de zinc

La fabrication des dents minérales demande beaucoup de temps et se trouve fort bien décrite dans la « Mechanical Dentistry » de Richardson. Tous les auteurs ont jusqu’à présent puisé dans ce livre et nous serons nous-mêmes obligés de reproduire ce qui a déjà été dit. Nous ne rapporterons cependant ici que les points les plus importants car une description technijjue serait d’autant plus inutile que le dentiste n’a jamais à fabriquer lui-même des dents artificielles.

La proportion des diverses substances qui servent à cette fabrication varie selon la couleur et le grain que l’oa veut donner à la pâte. Voici trois formules différentes :

lo Feldspath . . 360.0 2» Feldspath . . 750.0

Silice . . . 72.0 Silice . . . 75.0

Kaolin ... d2.0 Kaolin . , . 20.0

Titane ... 1.0 à 2.0 Titane . . . 1.6

3° Feldspath.

fil 1 1

Silice .

Kaolin.

Titane .

Toutes ces substances sont finement broyées dans un

mortier. On pulvérise d’abord le titane, puis on ajoute la silice, ensuite le kaolin et enfin le feldspath. Lorsque le tout est porphyrisé, on ajoute de l’eau distillée -jusqu’à consistance d’une pâte très épaisse. Cette pâte est d’abord disposée sur une plaque de plâtre parfaitement sec qui absorbera encore un excès, d’eau, puis portée sur une

224 SUBSTANCES d’üN APPAREIL A PLAQUE

plaque de marbre où on la frappe avec un maillet de bois jusau’à ce qu’elle ait acquis une élasticité suffisante.

L émail n’est que du feldspath mélauffé avec une matière colorante quelconque. En voici quelques formules :

Email gris-bleu

4o Feldspath . . . 60.0 2° Feldspath . . . 60.0

Eponge de platine 0.015 Fondant (1). . . 1.5

Oxyde d’or . . . 0.030 Eponge de platine 0.030

Email gris

Feldspath . 84.5 •

Fondant (1) . 4.64

Eponge de platine . . . 0.06-0.25

Email jaune

1» Feldspath . . . 60.0 2» Feldspath . . . 60.0

Titane .... 0.6 Fondant (1) . . . 1.2

Eponge de platine 0.03 Titane. , . . . 0.6

Oxyde d’or. . . 0.03

• On broie d’abord les matières colorantes enajoutant graduellement le feldspath.

Il existe en outre des émaux fusibles que l’on peut étendre à la surface de la dent sous l’action d’un chalumeau, pour obtenir les nuances plus rares, mais les teintes ainsi obtenues ne sont pas très résistantes.

Ainsi que nous l’avons déjà indiqué, la gencive artifi- •ciélle se fait principalement avec du feldspath : celui-ci se colore avec de l’oxyde d’or ou delà poudre de Cassius. La formule est ordinairement celle-ci :

Gencive en porcelaine

Feldspath . 120.0

Fondant (1) . 12.0

O.xyde d’or . 0.6

Lorsque ces différentes substances sont mélangées, on

(1) Cette substance se compose de4 parties d’acide silicique pour une partie de borax et de tartre.

conserve la pâte obtenue dans des vases hermétiquement clos pour éviter qu’elle ne se dessèche complètement.

Pour mouler les dents on se sert de deux plaques de laiton : chacune d’elles présente des séries de cavités répondant soit à la face labiale, soit à la face linguale de la dent. Lorsqu’on joint ces deux plaques, leurs cavités se recouvrent mutuellement pour former autant de matrices, de dimensions légèrement supérieures (1/9® environ) à celle de la dent qu’il s’agit de reproduire : la porcelaine se rétracte en effet pendant la cuisson. Les cavités linguales sont perforées de deux trous qui permettent d’introduire les crampons dans la pâte avant la cuisson. Ceux-ci sont toujours en platine, seul métal qui puisse résister à la haute température nécessaireà lafusion de l’émail. Depuis Quelque temps, on trouve cependant dans le commerce ues dents dont les crampons sont faits avec un autre métal d’un prix de revient moins élevé ; mais en ce cas on a d’abord incorporé dans la pâte des tubes de platine, pour y souder les crampons après la cuisson. Nous renverrons à la fig. 222 pour la forme et la dimension des crampons.

Lorsque la pâte remplit tous les moules, on la chauffe d’abord doucement pour bien la dessécher ; puis, séparant les deux plaques, on retire les dents pour en rectifier les contours. On les dispose ensuite sur une couche de sable de quartz assez grossier, dans un four à porcelaine que l’on porte à une haute température. Il est assez difficile de saisir le moment où les dents ont acquis le degré de vitrification convenable. Après la cuisson on les range par groupes sur des plaquettes de cire.

La technique est à peu près la même lorsqu’il s’agit de dents à gencives ; la partie labiale du moule présente aussi l’empreinte de lafausse gencive et il suffit d’y étendre avec une spatule une quantité suffisante de la pâte spéciale dont nous avons déjà donné la formule.

Preiswerk. Prothèse dentaire. 15

226 SUBSTANCES D’üN APPAREIL A PLAQUE

C’est d’ailleurs toujours le même procédé que ploie pour les différentes formes de dents.

l’on

em-

Le caoutchouc.

Le caoutchouc existe dans la sève de différents végétaux appartenant aux familles des euphorbiacées, des moracées, des autocarpées, des apocynées ; ceux-ci croissent en Amérique centrale et méridionale, en Afrique, dans l’Inde et dans le nord de l’Australie.

Une incision pratiquée dans le tronc des arbres laisse écouler la sève qui est recueillie dans - des vases et séchée au soleil ou sur un feu de charbon. Le caoutchouc employé en art dentaire provient surtout du Brésil. On. le trouve dans le commerce sous forme de boules jaunes ou brunes, ou bien encore de disques découpés dans les boules. On se sert également de la gomme élastique de Madagascar.

Le caoutchouc est un hydrate de carbone comprenant trois atomes de carbone et deux hydroxyles : il renferme également 1 à2 0/0 de soufre en combinaison. La gomme brute contient beaucoup d'impuretés, suite des manipulations ou des altérations qu’elle a subies et l’on peut y rencontrer du chlorure de sodium, de l’alun, du sable, de la terre ou d’autres matières organiques. Pour la purifier, on la divise à la machine en très petits fragments, mettant ainsi en liberté les substances étrangères, ou bien on l’étend en feuilles minces qui sont nettoyées sous un jet d’eau.

Les agents chimiques n’altèrent pas le caoutchouc : seuls, l’acide sulfurique et l’acide azotique peuvent l’attaquer. Cette incorruptibilité le rend très propre aux diverses ap-

Planche XIII. Reproduction des différentes teintes de caoutchouc. On a également figuré quelques changements décoloration dus à la vulcanisation et à l’éclaircissement dans l’alcool.

a, orange ; 6, rouge ; c, brun ; d, A. E. ; e, brun sombre ; f, Whalebône n“ 1 ; ÿ, base solide ; h, gencive rose ; i, nouveau rose ; k, rose clair pour gencive ; i, ^ J caoutchouc White brut ; n, le même vulcanisé; o, caoutchouc de Samson brut; p, le même vulcanisé; g, rose de gemme brut ; r, le même vulcanisé ; s, le même vulcanisé et éclairci ; t, caoutchouc noir brut ; u, le même vulcanisé ; v, caoutchouc foncé ; to, noir amélioré.

iiÉÉÉiiiiillÉ

plications de la prothèse, surtout lorsqu’il a acquis une dureté et une élasticité suffisantes pour résister à la mastication, Ces dernières propriétés s’obtiennent par l’addition de 30 à 60 0/0 de soufre et l’action de la température portée à 120°. On obtient ainsi ce qu’on appelle de l’ébonüe ou du, caoutchouc vulcanisé: sous cette forme il présente la consistance de la corne et se laisse limer, couper et polir.

Les différentes variétés de caoutchouc employées en art dentaire sont colorées avec du cinabre (sulfure de mercure), de l’oxyde de fer ou de zinc, ou de l’ivoire calciné.

D’après Wildmann, la matière colorante et le soufre sont incorporés au caoutchouc, soit par dissolution, au moyen d’un ag-ent convenable (pétrole, benzine ou térébenlo Caoutchouc noir

Caoutchouc .

Soufre .

Ivoire calciné .

2“ Caoutchouc blanc

Caoutchouc .

Soufre .

Oxyde de zinc .

3o Caoutchouc rose

Caoutchouc .

Soufre .

Oxyde de zinc .

Cinabre .

48 parties

48 parties

48 parties

4o Caoutchouc rouge Caoutchouc .......

Cinabre .

parties

5" Caoutchouc j aime ou brun

Caoutchouc . 48 parties

Soufre . 24 —

thiné), soit encore par le passage répété d’un rouleau de métal chauffé.

Nous donnerons quelques formules de divers, caoutchoucs ;

On voit d’après ces formules que la quantité relative-

228 SUBSTANCES d’üN APPAREIL A PLAQUE

ment considérable de matière colorante employée peut influer sur la dureté du caoutchouc: le caoutchouc brun présente le maximum de solidité.

On peut d’ailleurs employer encore d’autres matières colorantes : la plupart chang’ent de teinte, devenant surtout plus foncées, sous l’effet de la vulcanisation. En les mettant dans l’alcool pour les exposer ensuite au soleil ou à la lumière, le caoutchouc reprend une nuance claire.

La planche XIII reproduit différentes teintes de caoutchouc : quelques-unes de ces fig’ures représentent les altérations causées par la vulcanisation et le passage dans, l’alcool.

L’emploi du caoutchouc pour la construction des appareils est très répandu ; on lui a reproché cependant les effets qu’il produit sur la muqueuse. Le plus souvent, les patients se plaignent de la perte du goût. Grunert fait remarquer à ce sujet que les sensations gustatives se trouvent localisées, partie dans le nerf glosso-pharyngien, partie dans le nerf lingual, et sont par conséquent sous Indépendance de la langue et de la région molle du palais. La voûte palatine recouverte par la plaque ne présente aucune papille caliciforme. La diminution du goût ne pourrait donc provenir que delà décompositionchimique du caoutchouc ou des débris alimentaires retenus par la plaque. 11 faut rappoi’ter les troubles dont se plaignent les malades à de simples troubles du tact et de la perception, de la chaleur et du froid.

Bien des auteurs, parmi lesquels il faut citer Butler et Aaskell, font également ressortir l’irritation de la muqueuse souvent compliquée par des abcès, due au contact du caoutchouc durci et l’attribuent à la mauvaise conductibilité de cette substance pour la chaleur. Ceci favorise, en effet, la destruction des cellules épithéliales ainsi que la décomposition des débris alimentaires. En outre, la nutrition de la muqueuse se trouve ralentie parce qu’elle est soustraite aux variations de température, au contact de la salive, et même au frottement de la langue et des aliments.

Un autre sujet de controverse étaitle danger d’intoxication qu’entraînerait la présence de certaines matières colorantes dans la bouche. Woodmann rapportait même nombre de stomatites ou d’accidents plus graves, au cinabre contenu dans le caoutchouc rouge et cette opinion

fit un certain bruit à l’époque. Attfield prouva cependant par ses expériences qu’on ne trouvait aucune trace de cinabre dans les liquides buccaux. Nous savons au reste que plusieurs produits de confiserie sont colorés avec du cinabre et qu’il n’y a jamais eu empoisonnement de ce fait.

Nous pensons également que le cinabre mélangé au caoutchouc et insoluble dans la salive est d’une inocuité absolue. Malgré cela, il ne faudrait pas, ainsi qu’on le fait trop souvent, considérer le caoutchouc comme la meilleure substance utilisable pour les plaques. En dépit de ses qualités, légèreté, solidité, résistance aux agents chimiques, facilité de pose et bon marché, les métaux sont toujours supérieurs. Ceux-ci en effet conduisent bien la chaleur, ce qui diminue les chances de décomposition ; ils n’ont nullement besoin d’une construction aussi massive, ne deviennent jamais poreux, supportent les hautes températures et sont enfin beaucoup plus propres que le caoutchouc.

MÉTALLURGIE DENTAIRE

L’or se trouve dans la nature à l’état vierg'e ou bien aL lié à de l’arg-ent, du cuivre, du mercure, du platine, de l’iridium, etc. Il se présente sous forme de cristaux, de poudre ou de pépites, en filons ou en mines ég'arées, rarement en gisements plus considérables. Souvent mélangé avec des sels de soufre, d’arsenic ou d’antimoine, ou le rencontre encore dans les poussières volcaniques et les terrains d’alluvion.

Les pays producteurs sont surtout l’Amérique et l’Australie ; les autres parties du monde en fournissent également une plus ou moins grande quantité. En Europe, on ne le trouve guère que dans les mines riches en poussières volcaniques, Hongrie, Sept-Montagnes. En Allemagne, les mines de Saxe, de Prusse et de Brunswick en contiennent une certaine quantité. L’Angleterre, la France, l’Autriche, l’Espagne, etc..., ne produisent que des quantités d’or insignifiantes.

Les procédés mis en pratique pour obtenir l’or varient suivant l’état dans lequel il se présente (1). Le plus souvent, on emploie le lavage des sables ou des roches volcaniques aurifères. Les quartiers de roche subissent pendant longtemps l’action d’un courant d’air de façon à les désagréger : le minerai prend alors le nom de « savoir d’or ».

L’or fin présente une coloration jaune. Brun, lorsqu’il est en poussière, il devient translucide à l’état de feuille mince et prend alors un reflet vert. Absolument pur, l’or possède peu d’élasticité ; plus mou que l’argent il est cependant plus dur que l’étain. On le soude aisément et il est facile de l’obtenir à l’état cristallisé en le précipitant d’une dissolution. De tous les métaux connus, l’or est de

(1) Voy. Léop. Weill, L’Or, propriétés physiques et chimiques, gisements, exti'action, applications, Paris, 1896.

MÉTALLURGIE DENTAIRE

beaucoup le plus ductile et le plus malléable : un gramme peut en effet fournir 2000 mètres de fil et il existe des feuilles d’or de 0,0001“"’ seulement d’épaisseur.

Le poids atomique de l'or est 196,2, sa densité 19,26. Son point de fusion, situé vers 1200“, est un peu plus élevé que celui de l’argent, mais plus bas que celui du cuivre. Il subit une légère rétraction en se refroidissant et il faut tenir compte de ce phénomène, lorsqu’on doit couler quelque pièce, telle que des faces triturantes.

L’or ne s’oxi'de jamais à l’air et c’est là une de ses plus remarquables propriétés. Il résiste à l’action de la plupart des bases ou des acides, mais se dissout dans l’eau régale, le brome, les solutions éthérées d’hyperchlorure de manganèse et d’hrperchlorure de plomb, ainsi que dans les eaux-mères de l’iode en présence de l’éther. A chaud, l’acide sulfurique concentré mélangé d’acide azotique donne avec l’or une dissolution jaune et permet d’obtenir avec de l’eau un précipité d’or métallique.

Alliages de Vor. — En prothèse dentaire, on se sert surtout d’or allié avec du platine, du cuivre, de l'argent et du zinc.

Le cuivre donne à l’or une coloration rouge : cet alliage présente une dureté plus considérable que celle de l’un des deux métaux pris isolément, et cependant sa malléabilité et sa ductilité sont sensiblement égales à celles de l’or fin.

L’argent confère aussià ” ' ’ ' ' ' etabaisse

son point de fusion sans rien lui laire perare ne sa ductilité. Cet alliage est toujours facile à réaliser ; on se sert d’argent blanc dans les appareils de quelque importance, et d’argent foncé pour les petites pièces.

Le platine donne à l’or un point de fusion plus élevé : la ductilité est à peu près la même et la coloration de l’alliage tire sur le gris.

Le zinc rend l’or cassant et abaisse sensiblement son

E oint de fusion, aussi l'emploie-t-on souvent pour préparer 1 soudure d’or.

Lecadmiumabaisse aussi considérablement le point de fusion de l’or, mais sans le rendre trop cassant.

Dans les travaux d’atelier, l’or pur serait trop mou : on l’emploie à l’état d’alliage avec des métaux qui lui donnent une dureté et une élasticité suffisante sans détruire sa ductilité, tels que le cuivre et l’argent. Parfois il sera nécessaire d’élever én outre le point de fusion, et l’on se

MÉTALLURGIE DENTAIRE

sert du platine. Le zinc, l’argent ou le cadmium s’emploient pour faire la soudure d’or qui doit fondi'e à une température relativement basse.

L’or à 18 carats convient surtout pour les crochets et les plaques. L’or à 20 ou à 22 carats sert pour les couronnes et les bridges, en raison de sa souplesse.

Voici des formules d’alliage répondant au titre exprimé en carats.

lo Or à 18 carats.

aj Or . . . 18 parties Or . . . 18 parties -

Cuivre .4 — Cuivre . 3 —

Argent .2 — " Argent . 3 —

2“ Or à 20 carats.

a) Or . . . 20 parties ôj Or. . . 20 parties

Cuivre . 2 — Cuivre . t V3 —

Argent . 2 — Argent . 2 V3 —

3“ Or à 22 carats (platine).

Or . 22 parties

Cuivre . 1 —

Argent . 3/4 —

Platine . 1/4 —

La soudure d’or employée doit toujours être d’un titre aussi élevé que possible. Pour l’or à 22 carats la soudure sera à 20 carats ; pour l’or à 20 carats la soudure sera à 18 et pour l’or à 18 carats la soudure sera à 16. Voici quelques proportions d’alliage pour la soudure :

lo Soudure à 16 carats (pour souder l’or à 18 carats)

a) Ov . . 6 parties b) Ov . . 17,73 parties

Cuivre. 2 — Cuivre . 2,33 —

Argent. 1 — 'Argent . 4,65 —

Zinc . 0,78 —

2o Soudure à 18 carats pour l'or à20c. (d'après Herbst).

Or . 14,4

Cuivre ... 2,4

Argent ... 0,8

Cadmium . . 1,7

MÉTALLURGIE DENTAIRE 233-

3o Soudure à 20 carats pour de l’or à 22 carats.

{a) d’après Polscher (6) d’après Herbst

Or . 7.75 parties Or . . 10.0 parties-

Cuivre .... 0.39 — Cuivre . 0.5 —

Argent ... . . 0.78 — Cadmium 1.5 —

Soudure de zinc (1) 0.39

Il y a peu de choses à dire, au sujet du travail de l’or, car il nous sera toujours loisible d’employer des feuillesd’or ou des fils de l’épaisseur que nous voudrons : s’il fallait cependant façonner directement des plaques on se servirait des laminoirs qui se trouvent chez tous les fournisseurs. Cette opération fait perdre à l’or sa malléabilité et le rend cassant : aussi faudra-t-il le chauffer au roug’e plus souvent.

La filière permet d’obtenir un fil rond du diamètre que l’on désire ; il existe une filière spéciale pour le fil demijonc: ici encore il devient nécessaire dè recuire souventlc métal.

Lorsqu’on veut fondre soi-même les déchets d’or, la lingotière de Fletcher (en bas .et à droite de la fig'. 223) rend les meilleurs services. Les déchets d’or sont placés dans le creuset carré sur lequel est dirigée une flamme de gaz. Pour augmenter la température de cette flamme, en même temps que pour lui donner sa direction, un courant d’air à une certaine pression vient se mélanger au gaz qui arrive dans l’appareil. La soufflerie est constituée par une cloche à pression (représentée à gauche de la figure) qui fournit un courant plus égal et plus énergique qu’un soufflet ordinaire et permet d’obtenir la haute température nécessaire à la fonte d’une grande quantité de métal. Le flacon est disposé sous un robinet de prise d’eau, au-dessus d’un récipient quelconque destiné à l’écoulement. Lorsque le robinet est ouvert, l’eau coule dans le flacon par un tube en caoutchouc (a) et en sort par une ouverture pratiquée à sa partie inférieure. L’air, comprimé à l’intérieur du flacon par l’arrivée de l’eau qui s’opère plus vite que l’écoulement, est chassé au travers du tube en caoutchouc (h)

(1) La soudure de zinc se compose de cuivre et de zinc, parties égales.

234 MÉTALLURGIE DENTAIRE

dans la tuyauterie du gaz. L’arrivée de ce dernier se fait par le tube c.

Avant de fondre, on mélange aux déchets d’or une grande quantité de borax pour éviter de brûler le métal :

sans cette pi’écaution l’accident peut en effet se produire pour les déchets trop minces et pour les fils.

Dès que l’or est fondu, on le fait couler derrière l’appareil dans un moule en fer où il prend en se refroidissant la forme d’une barre.

Il est préférable de préparer soi-même la soudure, car celle que l’on trouve dans le commerce est toujours de qualité inférieure et d’un prix très élevé. L’or dont on se sert pour construire les pièces est au contraire d’excellente

LA SOUDQRE 235

fabrication, aussi n’avons-nous pas parlé de la fabrication de ces alliag-es.

Pour fondre la soudure en petites quantités, il suffît d’un charbon à souder ; autrement il faut employer un creuset. Dans le premier cas on se sert d’un chalumeau

fiour dirig^er une flamme de g'az ou d’alcool sur le métal ; e chauffage du creuset se fait, soit avec du charbon ou du coke, soit encore avec une soufflerie au gaz ou à l’alcool.

Les métaux seront pesés avec soin : on met d’abord dans lecreusetceux dontle point de fusion est le plus élevé, tels que le cuivre, l’argent et l’or, puis on porte le tout à la température voulue. Dès que la fonte est opérée, on ajoute les métaux plus fusibles comme le zinc ou le cadmium. Ainsi que nous l’avons déjà vu, le cadmium convientsurtout pour préparer des soudures d’un titre élevé, parce que, tout en abaissant la température nécessaire à la fonte, il donne encore à cette dernière plus de régularité. Pour éviter de faire jaillir le métal en fusion, au moment de l’addition du cadmium froid, Herbst recommande de n’en mettre tout d’abord qu’un petit morceau enveloppé dans du papier de soie et d’agiter rapidement la masse avec une tige de fer, tandis que l’on ajoute le reste progressivement. Dès que cette opération est terminée, il faut retirer le creuset du feu, car autrement le cadmium risquerait de brûler.

Il est nécessaire de couler très rapidement la'soudui'e dans un moule si l’on veut éviter qu’elle adhère au creuset. On achèvera la préparation par un laminage suivi du dérochage à l’acide chlorhydrique.

La Soudure.

Pour souder deux métaux, on se sert d’un autre métal plus fusible. Nous distinguerons deux modes de soudure : la soudure faible et la soudure forte. La première se fait avec des métaux assez faciles à fondre, tels que l’étain, le zinc ou le plomb : elle n’ôffre d’ailleurs que peu de solidité au point de vue des travaux de prothèse, et nous nous abstiendrons de la décrire en bornant notre étude à la soudure forte, c’est-à-dire celle dont le point de fusion est relativement très élevé.

Le point de fusion de la soudure doit naturellement

MÉTALLURGIE DENTAIRE

être toujours moins élevé que celui des pièces qu’il s’agit de réunir. Ainsi dans le travail de l’or on emploiera des soudures d’or d’un titre plus faible de deux carats que celui de l’or employé. Si ce dernier contient du cadmium, on peut cependant, avec quelques précautions, employer une soudure au môme titre.

On trouve presque toujours la soudure préparée en feuilles de 0 mm. 2 d’épaisseur que l’on découpe en paillons pour faciliter la fonte. On passe d’abord une lime à la surface de la feuille afin d’aviver la soudure, puis on pratique dans le métal un certain nombre d'incision.s parallèles : un coup de ciseaux dans le sens vertical (fig. 79) donne alors des paillons réguliers de la longueur voulue.

Pour aider à la fusion du métal on se sert de borax, lequel se compose d’acide borique, de soude et d'eau. 11 recouvre les parties métalliques chauffées, à la façon d’un vernis et les protège contre l’oxydation. Le plus souvent on frotte le borax avec de l’eau, sur un plateau de grès, de manière à obtenir une sorte de bouillie que l’on étend au moyen d’un petit morceau de bois ou d’un léger pinceau: il est plus simple encore de plonger les paillons de soudure dans le borax avant de les mettre en place.

Au lieu d’employer la soudure on peut se servir avec avantage du « Sorosis » : celui-ci se compose probablement (Tune solution saturée d’acide borique et de borax à parties égales.

Quelques praticiens préfèrent au borax liquide le borax en poudre qui se prépare avec du borax ordinaire ou du borax hydraté : L’eau de cristallisation s’évapore sous l’action de la chaleur.

De même que la soudure, il faut aviver les parties métalliques qu’il s’agit de joindre: celles-ci devront en outre se trouver en contact immédiat, et, s’il se présente quelques fentes, on les comblera avec des petits morceaux de métal peu fusible (or, platine) et des paillons de soudure, afin de faire couler cette dernière plus aisément.

Il faut prendre certaines précautions pour maintenir le contact pendant la soudure. S’il s’agit d’anneaux, on enjoindra les deux extrémités en les entourant avec du fil d’archal ou en les saisissant avec une petite pince spéciale. L’instrument que représente la fig. 224 est très commode : il consiste en une double pince, mobile en plusieurs points. Sa disposition permet de maintenir solidement en contact

LA SOUDURE

pendant la soudure des pièces métalliques de formes très diverses. Les pièces plus importantes sont mises en revêtement dans du plâtre auquel on mélange, pour l’empêcher d’éclater, de la poudre d’amiante, de la fleur de soufre ou de la terre à mouler.

Il ne faut chauffer que progressivement le bloc de revêtement car si le plâtre venait à se fendre, le borax ferait explosion en dispersant les paillons de soudure. Le temps nécessaire pour porter le bloc à la température voulue varie suivant l’importance de la pièce ; on se sert pour cette opération du brûleur à tamis métallique représenté fîg. 223. Lorsque l’ensemble est suffisamment chaud, on fait la soudure, sans chauffer toutefois trop brusquement. On dirige d’abord avec le chalumeau une large flamme (fig.

226) sur le bloc de revêtement, jusqu’à ce que ce dernier devienne incandescent ; on amène alors la flamme au-dessus delà soudure que l’on achève de fondre avec la pointe de la flamme (fig. 227)..

Fritzsche. a inventé un chalumeau rotatif qui permet de chauffer également sur-tous les points du bloc avant de fondre la soudure,

La chaleur nécessaire pour la soudu.re sera fournie par un bec ou une lampe dont il existe différents modèles ;

Fig. 224. — Pince à soudure.

23& MÉTALLURGIE DENTAIRE

Fig. 225.

— Brûleur àtoile]métallique pour le chauffage préparatoire.

Fig. 226.

— Flamme .en gerbe. Fig. 227.

— Flamme en pointe.

LA SOUDURE

plusieurs appareils très ingénieux permettent de donner à la flamme une grande intensité et de la diriger sur la soudure.

Nous parlerons d’abord des lampes à souder qui sont toutes à présent à l’alcool ou au gaz. La fig. 228 représente un modèle, de lampe à alcool ; elle se compose essentiel-

Fig. 228. — Lampe à alcool pour soudure.

lement d’un réservoir pour contenir l’esprit de vin et d’un assez long tuyau dans lequel passe la mèche, de telle sorte que la flamme ne peut échauffer l’alcool.

Les brûleurs à gaz sont plus commodes:

un bec Bunsen ordinaire suffit pour une soudure de peu d’importance; lorsqu’il faut employer une chaleur plus intense on se sert des chalumeaux établis d’après le principe d’Owen (fig. 229).

Le chalumeau àhou- Fig. 229. — Brûleur à soudure. che. dont on se sert pour diriger convenablement une flamme d’alcool ou de gaz est un simple-

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MÉTALLURGIE DENTAIRE

bée à ana-le droit n’a que 1 mm. d’ouverture et porte aussi ■quelquefois un renflement destiné à recueillir la salive.

Avec un peu de pratique, on arrive à diriger avec ce chalumeau un souffle continu sur la pièce à souder : pour cela on gonfle les joues afin de constituer un réservoir

Fig. 230. — Chalumeau à bouche, avec réservoir pour la salive.

d’air et les lèvres saisissent fortement l’embouchure du tube. Pour soutenir plus longtemps un souffle régulier, il faut savoir épargner ses forces et ne pas envoyer une trop grande quantité d’air au début.

La largeur de la flamme dépend de l’endroit où l’on place l’extrémité du chalumeau: appliquée dans le voisinage de la flamme, celle-ci s’étale pour former une gerbe (fig. 226), tandis qu'elle dessine une pointe lorsque le bout du tuyau y pénètre (fig. 227). Une large flamme répartit la chaleur sur une plus grande étendue, tandis qu’en pointant, on concentre la température au même endroit. Aussi ne faut-il employer cette manœuvre qu’avec la plus grande circonspection.

Le chalumeau à bouche, très pratique pour les petites soudures, devient d’un emploi fatigant lorsqu’il faut chauffer très longtemps et sur une grande étendue : on se sert alors d’appareils reliés à un soufflet. Les souffleries hydrostatiques conviennent moins, surtout pour souder •de l’or, parce qu’elles développent trop de chaleur, ainsi du reste que le chalumeau au gaz et au protoxyde d’azote et le chalumeau oxhydrique.

Le chalumeau actionné par un soufflet vn’est qu’une modificationdu simple tube dont on se sert avec la bouche. Le courant d’air fourni par le jeu du soufflet à pédale (fig. 231) se mélange au gaz dans la pièce à main et augmente considérablement fa chaleur de la flamme. L’appa-

LA SOUDURE

aisément

reil de Fletcher (fi^- 232) permet de régler

Fig. 231. — Soufflet à pied.

l’admission du gaz et par suite l’intensité de la chaleur.

Fig. 232. — Chalumeau à gaz.

Nous ne nous servons pas du soufflet à pied avec etc appareil, car il faudrait trop souvent réparer la pièce en caoutchouc, et nous insufflons directement l’air dans le chalumeau avec la bouche par l’intermédiaire d’un ballon en caoutchouc. L’interposition de ce ballon régularise le souffle et atténue l’elfoi't nécessaire En outre il n’y a aucune déperdition parce que le mélange du gaz et de l’air se, fait à l’intérieur du chalumeau : on arrive ainsi â souder avec lahouche au moyen du chalumeau de Fletcher des pièces assez importantes.

La fig. 228 représente un appareil avec une soufflerie, que l’examen de la figure fait suffisamment comprendre,

. Les travaux de soudure nécessitent l’emploi d’un support Preiswerk. Prothèse dentaire. 16

242 MÉTALLURGIE DENTAIRE

destiné à maintenir la pièce sous la flamme et à concentrer la chaleur en mettant les mains de l’opérateur à l’abri.

Il existe de nombreuses variétés de ces supports, depuis le charbon évidé jusqu’au bloc à souder: nous décrirons seulement le bloc en amiante représenté fig. 233. II est

Fig. 233. — Bloc d’amiante.

fait en amiante comprimé, etprésente d’un côté une surface évidée pour recevoir l’objet : un manche de bois permet de le tenir plus commodément. On peut l’employer également pour chauffer la pièce avant de la souder, grâce à un petit réchaud en tôle muni d’une grille, dont il est séparé par une sorte de trappe en forme d’entonnoir. On dispose d’abord sur la grille des charbons incandescents : la pièce est mise en place, puis le bloc recouvert et l’on ouvre la communication entre le bloc et le réchaud. Lorsque la température est suffisamment élevée, il n’y a qu’à retirer le couvercle du bloc et à diriger sur la pièce la flamme du chalumeau pour opérer la soudure.

Le platine.

Le platine se rencontre sous forme de petits grains arrondis ou anguleux dans le sable des rivières, dans les terrains montagneux et dans les veines de quartz. On le retire surtout des Monts Oural, mais le Brésil, le Pérou, la Californie, Bornéo et les Indes Orientales en fournissent également une certaine quantité.

Le minerai traité par le lavage ne contient pas que du platine, car celui-ci est toujours associé avec de l’iridium,

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