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L'ARTICULATION

Il est très important de bien établir l’articulation pour ajuster une pièce, car celle-ci perd toute stabilité et ne remplit plus qu’imparfaitement ses fonctions si le contact des antagonistes n’est pas observé. Pour les petites pièces on se contente parfois d’établir l’articulation dans la bouche, mais le plus souvent il sera nécessaire de couler également le modèle des antagonistes. Si ces dernières sont PaEiswERK. Prothèse dentaire. 14

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suffisamment nombfeuses, il suffira de prendre des repères dans la bouche; dans le cas contraire, il faut suppléer aux dents qui font défaut au moyen d’une cire ; lé patient mord la cire qui sert ensuite à fixer l’articulation naturelle.

Qu’il s’agisse de la mâchoire inférieure ou de la mâchoire supérieure, on doit toujours façonner une plaque pour supporter la cire d’articulation. Dans le cas d’un appareil en métal, la plaque de celui-ci servira de soutien ; s’il s’agit d’une pièce en caoutchouc, on. fera une plaque avec de la cire, de la guttapercha ou du stents, ou bien suivant le conseil de Koch, on se servira d’un patron d’articulation en métal de Wood. Parreidt recommande même dans Certains cas les plaques en caoutchouc durci.

Personnellement, j’ai essayé dans ma longue pratique tout ce qui a été recommandé à ce sujet et m’en tiens à la simple plaque faite avec de la cire. Cette substance, il est vrai, présente peu de consistance, mais en y introduisant un fil métallique chaud, préalablement ajusté, on atténue ce défaut. La plaque est facile à établir ; on chauffe un peu de cire rose pour l’appliquer sur le modèle, puis on la découpe avec une spatule lég-èrement chauffée. La fig 200 représente un instrument assez Fig. 200. pratique pour modeler la cire ; une de ses Couteau extrémités est formée par une lame émousmodeler pour ne point dégrader le plâtre ; l’autre

la c=-e présente une spatule qui sert à faire fondre la

On applique un boudin de cire sur le rebord alvéolaire du modèle pour tenir la place des dents qui font défaut, en ayant soin de réunir ce boudin à la plaque par la fusion d’un peu de cire. Le boudin doit être assez élevé pour venir au contact des dents antagonistes, ou si celles-ci font également défaut, pour représenter la longueur des dents qu’il s’agit de remplacer. Ainsi préparée, Ta cire d’articulation sera mise dans la bouche.

Avant de faire mordre le patient, on aura chauffé la surface de la cire qui doit recevoir l’empreinte des dents

l’articülation 2it

antagonistes. Celles-ci marquent des dépressions et lorsqu’on reporte la cire sur le modèle, il n’y aura qu’à placer exactement les dents de plâtre correspondantes dans ces cavités pour obtenir la distance qui doit séparer leur bord incisif du rebord alvéolaire et fixer en même temps le contact naturel des deux mâchoires.

La fig. 201 représente une cire d’articulation établie pour la construction d’un appareil partiel à la mâchoire supérieure ; la cire est taillée à peu près de même hauteur que les dents voisines. En faisant mordre le patient, il faut veiller à ce que les dents naturelles qui subsistent articulent toutes à la fois, et cela dans leur position normale. Sur notre figure, la cire d’articulation a été rapportée sur le modèle : celui de la mâchoire inférieure est mis en place et le tout sera placé ainsi dans l’articulateur.

Si nous prenons à présent un cas dans lequel ce n’est plus seulement à la mâchoire supérieure qu’il manque des dents, mais encore à la mâchoire inférieure, il nous faudra disposer pour chacune d’elles une cire d’articulation (fig. 202). La façon de procéder est d’ailleurs la même que tout à l’heure, sous cette réserve toutefois que l’on ne devra pas enlever la cire de la bouche avant le durcissement : sans cette précaution le modèle s’enfonce parfois trop profondément dans la cire et l’articulation se trouve placée trop bas.

Lorsqu’il s’agit de construire un appareil complet pour la mâchoire supérieure et qu’il existe encore des dents antagonistes, on applique une plaque de cire sur le modèle du haut: un bourrelet de cire plus épais que la hauteur des dents artificielles est couché sur le rebord alvéolaire et réuni à la plaque. La face supérieure du bourrelet est légèrement chaufee, puis l’ensemble de la cire appliquée dans la bouche. On fait alors mordre le patient qui gardera la bouche fermée jusqu’à ce que la cire ait repris sa consistance. Avec la pointe d’un instrument on dessine ensuite un trait vertical sur la cire pour repérer la ligne médiane. Cette ligne peut s’établir d’après la position de l’incisive centrale inférieure ou selon le sillon médian de la lèvre supérieure : ces points de repère sont d’ailleurs assez variables et il est préférable de déterminer la ligne médiane qui coupe la face en deux parties. La cire est ensuite reportée sur le modèle pour fixer l’articulation, en plaçant les dents de plâtre antagonistes dans les

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dépressions formées par les dents naturelles. On met alors le tout dans l’articulateur et l’on scelle avec du plâtre (fig'. 203).

Il est plus difficile d’établir l’articulation, lorsque les deux mâchoires sont complètement édentées. La cire s’applique difficilement dans la bouche et le maxillaire inférieur, dégarni, est projeté plus en avant qu’une mâchoire pourvue de dents. L’articulation temporo-maxillaire s’est en effet relâchée considérablement, surtout si les dents manquent depuis longtemps. Nous verrons plus tard le moyen de vaincre ces difficultés, mais il nous faut parler , auparavant des cires d’articulation nécessaires pour un appareil complet.

Les modèles reçoivent d’abord des plaques de cire, présentant sensiblement les mêmes contours que l’appareil définitif; on applique ensuite sur le rebord alvéolaire un boudin de cire courbé en fer à cheval, d’une longueur suffisante pour occuper toute la crête, et on le relie à la p^laqüe en se servant d’une spatule légèrement chauffée. On pourra encore au besoin renforcer les plaques avec des fils métalliques épousant la forme de l’arcade et le tout sera lissé avec soin (fig. 204, a et b, reproduisent les cires d’articulation des deux mâchoires). La surface de contact entre les deux cires d'articulation exige un soin tout particulier. Le plan doit en être parfaitement horizontal et le joint très régulier .Le patient corrigé d’ailleurs naturellement lui-même les défauts de la cire, mais la présence de celle-ci le gêne tout d'abord et il lui faut quelque temps pour retrouver son articulation naturelle.

Leur face d’articulation étant légèrement chauffée, les deux cires sont placées dans la bouche, celle de la mâ-

Fig. 201. — Cire d'articulation pour pièce partielle.

Fig. 202 — Cire d’articulation pour les deux mâchoires lorsqu'il n’y a qu’un petit nombre de dents antagonistes.

Fig. 203. — Cire d’articulation pour pièce supérieure entière.

Fig. 204. — Cire d’articulation pour toute la mâchoire supérieure b, mâchoire inférieure.

Fig. 201.

: Fig. 202.

Fig. 203.

Fig. 204.

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choire inférieure en premier lieu, et l’on fait mordi’e le patient. Lorsque l’articulation est exacte, on réunit les deux cires en passant une spatule un peu chaude à leur surface, puis on détermine la lig'ne médiane comme tout à l’heure, d’après le milieu du visag’e. [Il est hon de tracer avec cette même spatule chauffée deux lignes obliques sur les faces jugales des cires d’articulation. Le rapprochement de cès lignes, antérieure et latérales, permettra de rétablir hors de la bouche les cires d’articulation dans leur position exacte.] Les deux cires désormais soudées l’une à l’autre sont retirées de la bouche en même temps : si elles venaient à se détacher, il serait cependant facile d’en faire le raccord hors de la bouche ainsi que nous venons de le dire. Plusieurs de mes collègues prétendent obtenir un meilleur résultat en disposant dans la cire de la mâchoire inférieure quelques dents qui viendront marquer leur empreinte sur la cire supérieure. D’autres, comme Martin, préparent ainsi toute la pièce inférieure. Schrott recommande même de terminer complètement l’appareil de la mâchoire inférieure et de s’en servir ensuite pour fixer l’articulation.

Grâce aux cires d’articulation, les modèles de plâtre trouvent aisément leur position exacte : on les relie tous deux au moyen d’un fil métallique pour les fixer dans cette situation, puis on les porte dans l’articulateur (fig.

Ainsi que nous l’avons déjà remarqué, l’absence complète des dents rend la prise d’articulation particulièrement difficile. On arrive rarement à fixer exactement la mâchoire inférieure : le déplacement latéral est peu fréquent et n’a presque jamais lieu en arrière par suite de la résistance de l’articulation temporo-maxillaire ; mais souvent, la mâchoire est projetée en avant au moment où elle se ferme. Il est difficile d’empêcher ce mouvement, car si l’on essaie d’exercer une pression sur le menton tandis que le sujet ferme la bouche, la mâchoire se contracte encore avec plus de force et dévie latéralement. Le seul moyen est alors d’agir par surprise. Bien des auteurs ont donné des conseils à ce sujet, mais je n’en retiendrai que les plus pratiques. « L’opérateur, dit Parreidt, place ses deux index dans les angles de la bouche, comme s’il voulait maintenir la cire sur la mâchoire inférieure (et la saisit en effet très légèrement), tandis que le sujet ferme la

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•bouche. La présence des doig-ts contrarie l’occliisiori ; le patient cherche à se débarrasser de cet obstacle et la mâchoire inférieure se porte involontairement en arrière. On retire alors progressivement les doigts en les laissant glisser sur la cire tandis que les mâchoires se rapprochent, et lorsque les deux cires se joignent on ordonne au patient de mordre plus fort. La mâchoire inférieure est ainsi non seulement repoussée en arrière, mais encore dirigée dans le sens voulu. » Il suffit souvent, pour obtenir une occlusion satisfaisante, d’ordonner au sujet de mordre sur ses molaires, alors même que celles-ci font défaut. Lorsqu’on ne peut arriver ainsi à un bon résultat, on conseillera au patient de mordre en portant la pointe de la langue sur le bord postérieur de la région palatine. Les insertions mus-, culaires de la langue au fond delà bouche ramènent la mâchoire en arrière duranteette manœuvre ; on peut d’ailleurs s’en apercevoir à l’extension considérable que subit 'le filet lingual et si l’on fait cet essai sur soi-même, il est facile de se convaincre que les dents ne peuvent plus se projeter en avant lorsque la pointe delà langue presse le fond du palais.

Baume indique le moyen de reconnaître que la mâchoire inférieure est bien à sa place lorsque la bouche est fermée, d’après la position que le condyledu maxillaire occupe dans l’articulation temporale. Ce condyle est en effet nettement perceptible au devant du conduit auditif externe lorsque l’occlusion est mauvaise, tandis qu’il est dissimulé dans sa cavité glénoïde si l’articulation est exacte. J’estime que l’on peut également exercer ce contrôle en introduisant le doigt dans le conduit auditif externe : si l’on sent alors distinctement la saillie de l’articulation temporale, la mâchoire est en place ; si au contraire le conduit auditif paraît élargi, l’arcade dentaire inférieure porte à faux sur son antagoniste et l’occlusion est défectueuse.

Lorsque les modèles de plâtre ont été ainsi placés dans la position qu’ils doivent occuper vis-à-vis l’un de l’autre, on les fixe définitivement dans une sorte de mâchoire artificielle, ou articulateur, qui permettra d’écarter à volonté les arcades dentaires. Ces articulateurs se réalisaient au-

Fig.203. — Cires d’articulation, réunies et placées dans l’articulateur.

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trefois avec du plâtre formant une queue surajoutée au modèle. Aujourd’hui l’on se sert de préférence d’instruments beaucoup plus pratiques et faciles à manier dont nous décrirons quelques types. La fig-, 205 représente deux modèles réunis par leur cire d’articulation- et scellés avec du plâtre sur un articulateur.

ARTICULATEURS

La fig-ure 206 représente un articulateur en fil de fer poli, simple et pratique. 11 permet d’écarter à volonté les. deux modèles, ce qui est souvent nécessaire au cours de l’ajustag'e des différentes pièces. Le seul reproche qu’on puisse lui adresser est celui de ne pas fixer la hauteur de l’articulation, mais il est facile d’y remédier en scellant dans le plâtre, derrière la mâchoire inférieure, une tig-e

dont l’extrémité libre viendra prendre contact avec le bord postérieur de la mâchoire supérieure.

Un perfectionnement de cet appareil consiste à remplacer cette tig-e indépendante par une vis qui, tout en fixant la hauteur des dents antagonistes, permettra de la modifier au besoin : cette vis est munie d’un contre-écrou, pour empêcher la hauteur, une fois établie, de se déranger. Ces articulateurs à vis sontdéjà beaucoup plus massifs. La fig. 207 reproduit un modèle de ce genre : ici, une cheville mobile réunit les charnières et il n'y a qu’à la retirer pour séparer les deux mâchoires.,

La fig. 208 reproduit un articulateur assez simple ; la faible dimension de sa base a cependant pour résultat de

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pig. 207. — Articulateur à vis et Fig. 208. — Articulateur à

contre-écrou. disque excentrique.

ARTICULATEURS

le faire tomber trop aisément en arrière, lorsqu’on met le plâtre. Ici, la vis qui règle la hauteur est remplacée par un excentrique arrondi, fixé entre les deux mâchoirejs. Cette pièce, tournant autour de son point d'appui, vient soulever la mâchoire supérieure. Lorsque la hauteur d’articulation est ainsi obtenue, on fixe l’excentrique dans cette position au moyen d’un contre-écrou.

Dans l’articulateur représenté fig. 209, la vis de réglage fixée dans la branche montante, agit de bas en haut, et d’arrière en avant, de telle sorte qu’elle rencontre la mâchoire supérieure à angle aigu. Cette disposition permet une grande exactitude dans le réglage de l’articulation, l’écartement entre les deux mâchoires ne s’effectuant que très progressivement. On enlève la mâchoire supérieure ' ” areil en la soulevant au delà du sectèur vertical

ians l’angle de réunion, que l’on aperçoit sur la

figure.

La fig. 210 reproduit un articulateur dont la base-est suffisamment large pour tenir aisément en place. La mâchoire supérieure s enlève en retirant la tige horizontale autour de laquelle elle se meut. La vis de réglage estfixée non plus par un contre-écrou, mais par une petite vis secondaire qui vient la rencontrer à angle droit.

Un autre perfectionnement consiste dans la possibilité des déplacements latéraux antérieurs et postérieurs, pour la mâchoire supérieure. On peut alors corriger les défauts de l’articulation, sans qu’il soit besoin de disjoindre les modèles (fig. 211).

Un excellent appareil est « l’articulateur anatomique » de Antes Lewis : un mécanisme très ingénieux permet d’obtenir une articulation identique à celle du maxillaire. L’examen des fig. 212 et 213 fera mieux comprendre ce dispositif qu’une longue description.

La fig. 214 représente l’articulateur de Klose : la mâchoire supérieure est traversée par une vis qui règle sa hauteur. Ce qui distingue cet appareil des autres systèmes consiste surtout dans l’adjonction de deux forts anneaux en caoutchouc pour réunir les deux branches. L’appareil privé de ses anneaux s’emploie comme un articulateur ordinaire, mais si on desserre la vis située à l’arrière, les deux anneaux de caoutchouc permettent de reproduire divers mouvements de la mâchoire inférieure.

Bonwillqui a pris un grand nombre de mesures sur le

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Fig. 213. — Articulateur anatomique de Austen Lewis.

Fig. 214. — Articulateur lieKloses.

crâne est arrivé à établir qu’il existe un rapport constant entre la largeur du maxillaire et la position des incisives.

Si l’on construit avec du fil de fer et que l’on place dans la bouche un trian-

E le équilatéral dont L base égale la distance qui sépare les deux têtes articulaires du maxillaire, le sommet du triangle marque toujours sur le rebord alvéolaire la place que doivent occuper les incisives inférieures soit en avant, soit en arrière de la mâchoire. Bonwill détermine par des recherches analogues la position des autres points de l’articulation ; c’est d’après ces données qu’il établit son appareil qui est pour- .vu de têtes articulaires artificielles.

Après lui, Starcke a perfectionné ce genre d’articulateur en jr ajoutant un dispositif qui permet de le fixer lorsqu’on désire lui faire garder sa position.

Warnekross atta-

ARTICULATEÜRS

che ég’alement beaucoup d’importance aux mouvements naturels de la mâchoire, soit en avant, soit dans le sens latéral. Aussi, après avoir placé de la gutta-percha entre les dents du sujet, il fait exécuter plusieurs mouvements de mastication : la forme de l’empreinte permet de retrouver la direction des divers déplacements de la mâchoire, tandis qu’une échelle mesure le déplacement latéral.

L’articulateur de Christensen reproduit les divers mouvements de la mâchoire. Avec cet appareil, il est nécessaire de faire mordre deux fois le sujet dans la cire, d’abord en fermantla bouche d’une manière quelconque, puis en projetant la mâchoire inférieure en avant. Une ingénieuse combinaison permet ensuite de donner à l’articuiateur sa véritable position. Parreidt s’exprime ainsi à l’égard de cet appareil : « Pour les dentiers complets, de même que poulies pièces partielles de quelque importance, on emploiera très probablement et presque toujours dans l’avenir l’articulateur de Christensen, bien que l’on se soit tiré d’affaire juscju’ici avec des appareils beaucoup plus simples. Avec cet instrument, l’on pourra éviter les insuccès qui sont la conséquence d’une articulation défectueuse. »

[Nous décrivons plus loin, l’articulateur de Gritman en donnant la manière de l’employer pour la construction d’un appareil complet.]

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