A. — TUMEURS BÉNIGNES
1. Fibromes. — Siègent ordinairement sur le pavillon. Us forment des tumeurs arrondies ou lobées, contenant parfois des parties myxomateuses (myxofibrome). [Ils relèvent uniquement du traitement chirurgical.]
2. Kéloïdes. — Leur siège de prédilection est le lobule, où l’irritation déterminée par les boucles d’oreille facilitent leur développement.
NÉOPLASMES DE l’oUEILLE
3. Nodosités tuberculeuses du lobule. — Elles sont rares et se distinguent du fibrome par leur structure histologique.
4. Angiomes. — Ce sont des tumeurs de coloration bleuâtre ou rougeâtre, animées souvent de battements, siégeant principalement à l’entrée du conduit. Ils tirent leur origine de télangiectasies, survenant après congélation ou varices de la grossesse, et justiciables comme traitement du galvano-cautère.
5. Ossification du pavillon. — En général dans la partie supérieure. Très rare.
6. Kystes sébacés. Kystes dermoïdes. — Les premiers siègent habituellement en arrière du pavillon, les seconds soit en arrière soit en avant. [Ces deux variétés de kystes relèvent uniquement du traitement chirurgical , il est tellement simple que s’attarder à toute autre thérapeutique est du temps perdu. On pratique la dissection de la tumeur sous anesthésie. générale, ou mieux cocaïnique.]
7. Ostéomes. — [Très rares, siègent sur l'apophyse et doivent être enlevés quand ils gênent le malade d’un coup de gouge et de maillet.]
8. Polypes. — Ce sont les néoplasmes les plus fréquents de l’oreille moyenne et du conduit (planche 25, 33, 39, 9, 10, 15). On les observe ordinairement dans l’otorrhée chronique.
Leur point de départ est très variable : parois de la caisse, osselets, tympan, bords de fistules et de cellules pneumatiques de la paroi postéro-supérieure du conduit (polypes de la mastoïde), membrane de Shrapnell, trompe d’Eustaehe.
Leur aspect est celui de tumeurs rouge vif, lisses ou framboisées, ou bien pâles et arrondies.
Au point de vue histologique, la plupart des polypes résultent de prolifération inflammatoire des tissus (planche 33). Ils sont composés d’un mélange de leucocytes polynucléaires et mononucléaires, de cellules de protoplasma, de cellules géantes, de fibroblastes contenus dans une substance fondamentale, granuleuse, filante, riche en vaisseaux sanguins. Parfois , ces granulations polypoïdes
tendent à s’atrophier, dans ce cas elles sont plus riches en fibroblastes et en vaisseaux. Leur tissu ne renferme pas de fibres élastiques. Leur surface est soit ulcérée et dépourvue d’épithélium, soit recouverte d’un épithélium plat ou cylindrique, ce dernier forme parfois des dépressions glandulaires dans le tissu du polype, les glandes véritables y sont rares. Parmi les polypes, il en est quelques-uns qui représentent, soit des fibromes de consistance dure et ferme, pauvres en vaisseaux, soit des myxofibromes.
Symptomatologie. — Elle est banale. Il existe habituellement une otorrhée et souvent de la carie; les hémorragies qu’ils déterminent sont ordinairement légères et surviennent après des mouvements brusques. Pour faire le diagnostic du point d’implantation du polype, on explorera le conduit et la caisse avec un fin stylet et on contournera le polype; cette exploration doit être prudente, car des granulations polypoïdes développées aux dépens de la dure-mère, au cours d’une pachyméningite externe, peuvent faire hernie dans le conduit à travers des déhiscences du toit de la caisse (planche 25, 34). L’évolution des polypes de l’oreille aboutit rarement à l’atrophie par dégénérescence et à l’expulsion spontanée; le plus souvent ils tendent à s’accroître, déterminent la rétention du pus et sont la cause d’otorrhée incurable; quelquefois ils déterminent des attaques épileptiformes, par voie réflexe. Comme presque toujours ils sont fonction de carie osseuse, leur pronostic est plus sérieux que celui des tumeurs précédentes.
Traitement. — Il consiste dans l’extirpation qu’on pratique avec une anse à polypes. Après instillation dans le conduit d’une solution de cocaïne au vingtième, on glisse, sous le contrôle du miroir frontal, l’anse à polypes en rasant la paroi supérieure du conduit de manière à saisir la lumeur le plus près possible de son point d’implantation et on tire à soi. Il est préférable de se servir d’anses tranchantes, c’est-à-dire dont le fil rentre complètement dans le guideanse (fig. 88) que d’anses arrachantes dans lesquelles le fil de fer laiton est retenu à la partie supérieure du tube par une petite tige transversale et qui pourraient déchirer la dure-mère dans le cas de déhiscence du toit de la caisse.
NÉOPLASMES DE L’OREILLE
Les débris du polype ou les petits seront détruits avec une pince coupante, une curette, une cautérisation au galvano ou à l’acide chromique. L’intervention sera suivie de l’application d’un petit pansement d’oreille.
Pendant le traitement postopératoire, on devra outre les soins qùe nécessite l’otorrhée chronique, faire des instillations d’alcool absolu dans l’oreille; il arrive même que chez des malades pusillanimes craignant l’emploi d’instruments, ou dans le cas de polypes difficiles à enlever (par exemple dans les rétrécissements du conduit), la guérison de polypes a pu être obtenue uniquement par des instillations d’alcool absolu (Politzer).
Quand les polypes tendent à se reproduire et proviennent d’une ostéite des parois de la caisse, de l’aditus ou de l’antre, il faut pratiquer l’ablation des osselets ou faire l’évidement pétromastoïdien pour obtenir la cure radicale.