LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRE ET FILS
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PRÉFACE
L’étude des maladies de la bouche et des dents a franchi un grand pas depuis la seconde partie du xix° siècle et F Atlas-Manuel de Preiswerk, dans sa concision, ne peut donner qu’une esquisse, à peine teintée ici et là, de la vaste science qu’est aujourd’hui la stomatologie.
Sans refaire l’histoire de l’art dentaire à travers les âges, je crois cependant intéressant de signaler à l’heure présente les étapes caractéristiques de notre profession, son évolution naturelle, ses tendance^ et son avenir probable.
De toute antiquité il y eut des arracheurs de dents, barbiers, bateleurs ou charlatans essayant parfois d’obturer quelques caries dentaires, de ligaturer ou môme de réimplanter des dents ; mais leurs procédés furent et restèrent, pendant des siècles, fort primitifs sinon barbares.
Ce n’est qu’au xvm e siècle, avec Fauchard, Bourdet, Mouton, Lécluse, etc., que le mécanicien-dentiste apparut, prit corps et marcha rapidement dans la voie du progrès. Cependant ses connaissances scientifiques sont encore bien faibles et tout son art consiste dans une habilété et une ingéniosité manuelles souvent fort remarquables pour l’époque.
Le dentiste ne date vraiment que du xix e siècle ; les Américains, qui, dès 1784, avaient vu s’établir à Philadelphie un de nos compatriotes, le célèbre Gardette, eurent l’honneur de fonder en 1837 et 1839 les premières sociétés et les premières écoles dentaires. L’ère scientifique de notre profession s’ouvrit ce jour-là et depuis, le dentiste, s’inspirant des nombreuses découvertes qui ont révolutionné le monde, n’a jamais cessé de marcher de l’avant, restreignant chaque jour de moins en moins le champ de ses investigations et rendant ainsi souvent de signalés services même en dehors de sa spécialité.
PRÉFACE
Rappelons simplement, à ce sujet, que l’anesthésie chirurgicale est due à Horace Wells (1844). Il serait trop long de citer les noms de tous les savants qui au xix e siècle à l’exemple de Tomes, Magitot, Andrieu, etc., portèrent, dans l’étude de la dentisterie et de la stomatologie, les méthodes scientifiques modernes ou contribuèrentà relever hautement le niveau moral du dentiste.
Jusqu’à la fin du xix e siècle, le dentiste ne s’occupa en quelque sorte que de soigner, obturer ou remplacer un organe dont il approfondissait chaque jour davantage l’anatomie ou la pathologie spéciale ; il restait une étape à franchir et c’est ce que fit le médecin-dentiste, quand il s’avisa que la dent n’était point un corps étranger implanté dans la bouche mais que sa constitution première et ses transformations physiologiques et pathologiques étaient en rapport intime avec Ÿétat général du sujet.
Galippe, Miller, Sebileau, Ferrier, Frey, etc., viennent d’ouvrir cette nouvelle voie à nos recherches et déjà ils nous montrent que si, bien souvent, les diathèses et les perturbations morbides de notre être tout entier ont une répercussion certaine sur la composition et la vitalité de nos dents, il est indubitable que nombre d’affections, non seulement péribuccales, mais générales, ont pour point de départ le mauvais état de notre dentition.
La conclusion logique de tout cela n’est-elle pas que, dans l’avenir, pour être un parfait dentiste, sachant prévoir, comprendre et soigner les maladies de la bouche et des dents, il faudra être bon médecin en même temps qu’excellent prothésiste, savant en même temps qu’ouvrier habile ? C’est du moins notre avis et nous pensons qu’un tel résultat demandera des études fort longues suivies concurremment à la faculté de médecine, dans les hôpitaux et dans les écoles pratiques.
L’Atlas Manuel des maladies de la bouche et des dents de Preiswerk est une preuve de ce que nous venons d’avancer, car c’est bien là le travail d’un praticien doublé d’un savant, mettant à la disposition des étudiants et des médecins le fruit d’une expérience déjà longue acquise dans la clientèle et dans le laboratoire.
PRÉFACE
Ce livre contient toutes les notions indispensables de stomatologie et d’art dentaire, expliquées, commentées à chaque page par de nombreuses figures en noir et en couleur ; cette partie iconographique, spécialement remarquable, repose entièrement sur des documents photographiques dont l’exactitude ne peut être contestée.
Preiswerk, tout en donnant une vue d’ensemble sur toute la pathologie buccale et l’art dentaire, s’arrête volontiers sur un certain nombre de travaux qui lui sont personnels et que je tiens à signaler : anatomie par corrosion ; recherches histologiques sur l'émail, la pulpe, le ÿériodonte ; éludé anatomo-pathologique de la carie dentaire ; action des ferments et des acides sur les tissus dentaires ; amputation de la pulpe ; emploi de l’or cohésif, etc., etc.
Dans l’adaptation française que j’ai faite de ce manuel, je donne un aperçu de quelques vues personnelles et surtout de travaux de mes compatriotes français, trop peu connus à l’étranger’. Il m’a semblé qu’à côté des noms d’Arkœvy, Miller, Scheff, Walkhoff, Rœse, Ræmer, Koelliker, etc., cités par Preisverk, il était bon de rappeler ceux de Galippe, Malassez, Sebileau, Cruet, Martin, Gaillard, Hugenschmidt, Rodier, Tellier, Frey, Capdepont, Sauvez, Robin, Martinier, etc., qui ont tous contribué dans ces dernières années à faire prospérer la branche médicale qui nous intéresse particulièi’ement.
Nous nous sommes appliqué à donner ici l’essence de la stomatologie, heureux si, en ce faisant, nous avons communiqué à nos confrères le goût des études scientifiques et techniques nécessaires pour devenir un bon médecindentiste.
D r Joseph Chompret.
3 Juillet 1904.