ANESTHÉSIE LOCALE
saire que le patient fût étendu pendant et après l’extraction. Toutefois nous n’ avons jamais observé cette dernière règle lorsqu’il n’était pas utilisé plus de i centigramme de cocaïne et nous n’avons jamais eu d’incidents regrettables. Selon le conseil de Reclus, nous donnons également un cordial (thé, café, grog) immédiatement après l’opération.]
Fig. 161. — Seringue de Pravaz.
La technique est la suivante : s’agit-il d’une extraction dentaire, après avoir bien lavé la gencive avec de l’éther et de l’eau oxygénée et l’avoir séchée, on la badigeonne avec une solution de cocaïne à 20 0/0. On prend ensuite la seringue de Pravaz (fig. 161) stérilisée, cela va sans dire, et remplie d’une solution à 1 0/0 de cocaïne et l’on pique la gencive, désormais insensible, à 5 mm. environ audessus ou au-dessous du collet de la dent. Cette piqûre doit être assez profonde pour que le liquide injecté ne puisse sourdre à l’extérieur par l’orifice d’entrée. On fait unefinjection dechaquecôté, labial et lingual, en poussant chaque fois quelques gouttes de la solution de cocaïne ; [il est utile d’insensibiliser de la même façon les espaces interdentaires en piquant horizontalement l’aiguille dans le bourrelet gingival]. On peut commencer l’extraction au bout de trois minutes; elle se fait généralement sans douleurs. Dans les cas de périostite, l’anesthésie ne peut être obtenue d’une façon complète.
[Cependant alors on obtient de meilleurs résultats en ajoutant dans un centimètre cube de la solu tion à 1 0/0 de cocaïne, 1 à 2 gouttes d’une solution de chlorhydrate d’adrénaline au 1000% et en commençant les piqûres enter-
rain sain, au niveau de la dent voisine de celle qui doit être enlevée.]
Comme je l’ai déjà laissé entendre, ces injections ne sont pas sans provoquer parfois quelques incidents, même en se servant de solutions très faibles ; aussi a-t-on cherché des succédanés à la cocaïne.
Le plus répandu de ces produits est Veucaïne B, chaudementrecommandépar Thiesing dans cesdernierstemps. D’après ses indications, cette substance aurait la même action que la cocaïne sans en posséder la toxicité ; déplus on pourrait stériliser les solutions par l’ébullition sans en altérer l’effet. Suivant la nature de l’opération (incision, extraction de dents branlantes ou fortement implantées), Thiesing emploie une solution de 0,2 à 3 0/0.
Quant à moi, je me sers d'une solution à2 0/0 dont j’injecte une quantité plus ou moins grande suivant le cas. Les résultats sont cependant variables.
Je formule :
Eucaïne B.2 gr.
Chlorure de sodium.0 gr. 60
Eau distillée.Q. S.pour 100 ce.
M. S. A. pour une solution d’eucaïne à 2 0/0.
Suivant la gravité de l’opération, la quantité pourra varier, d’une demi-seringue de Pravaz dans les cas légers à deux seringues dans les cas plus sérieux.
Pour obtenir de bons résultats avec l’eucaïne B, il faut faire deux injections sous-périostées pour une dent uniradiculaire, une labiale, l’autre linguale. Pour les molaires supérieures, on fait une injection au niveau de chaque racine, soit deux injections labiales et une linguale. Les molaires inférieures, à cause de leur situation profonde et de l’épaisseur de l’os, nécessitent la plus grande quantité de liquide. On fait alors quatre piqûres pour insensibiliser le maxillaire, deux le long du bord labial et deux du côté lingual ; dans les maxillaires fortement développés, on peut essayer de piquer l’aiguille entre la racine et l’alvéole, pour anesthésier l’intérieur de l’os. On ne doit pas dans ce but enfoncer immédiatement l’aiguille profondément sous le périoste alvéolaire, ce qui serait douloureux, mais on la pousse par saccades, en laissant s’écouler un peu de liquide à chaque intervalle ; de cette manière, l’injection progresse dans le périoste déjà anesthésié.
DENTINE
[En 1896, je recommandai l’emploi de l’eucai'ne à 1 O/O ; depuis je l’ai abandonné, trouvant ses effets moins constants que ceux de la cocaïne et ayant de plus observé des retards multiples de cicatrisation que je n’ai point avec ce dernier produit.
Sauvez et Reclus recommandent un nouvel anesthésique local, la stovàine découvert par Fourneau (1904). Employé en solutions aqueuses à 1 0/0, ce produit serait bien moins toxique que la cocaïne tout en ayant un égal pouvoir anesthésique ; de plus l’action vaso-dilatatrice qu'il possède à un haut deg-ré le rendrait moins dangereux. D’après mon expérience personnelle, la stovaïne ne donne pas de résultats bien constants et, si la vaso-dilatation qu’il provoque permet de moins redouter la contraction des vaisseaux encéphaliques, elle produit également un écoulement sanguin local fort incommode au cours d’opérations buccales souvent fort.délicates.^
Anesthésie de la dentine
L’anesthésie de la dentine est une question fort importante, aussi n’est-il pas étonnant de voir continuellement proposer de nouvelles méthodes et de nouveaux procédés qui doivent, d’une façon plus ou moins parfaite, supprimer la douleur résultant de la préparation d’une dent cariée.
Par malheur, aucun de ces moyens n’a encore réussi à prendre droit de cité ; en général les anesthésiques locaux sont insuffisants, probablement, parce que les filets nerveux des fibres de Tomes, inclus dans l’ivoire, possèdent les propriétés des terminaisons nerveuses. Nous ne connaissons que très peu, hélas, les fonctions des fibres de Tomes et c’est peut-être la raison pour laquelle nous ne pouvons pas agir sur elles.
La plupart des moyens préconisés sont, ou bien sans' action, ou bien, quand ils arrivent à insensibiliser l’ivoire, deviennent nocifs pour la pulpe.
On peut diminuer la sensibilité en maintenant dans la cavité, pendant quelques jours, un pansement au chlorure de zinc, à la créosote, au phénol, etc. ; leparamonochloropliénol recommandé par Walklioff donne particulièment de bons résultats ; son application est aussi simple que celle des autres produits. On en introduit un cristal du volume d’une tête d’épingle dans la cavité que l’on obture
soigneusement par crainte de l'action caustique du produit sur les tissus voisins. Rœmer obtient déjà une anesthésie très notable en plaçant dans la cavité pendant 2 à 3 minutes un peu de chlorophénol neigeux.
\ p - Robin recommande le pansement suivant qui sera maintenu sous gutta pendant 3 ou 4 jours :
Trioxyméthylèno Oxyde de zinc .
Créosote de houille.
Formol à 40 0/0 .
' • | PE et Q. S. '
pour une pâte molle.
Ce pansement serait douloureux une fois sur dix, sans qu’on pût l’expliquer.
Le chlorure d’éthyle projeté sur la dentine donne d’abord une impression pénible mais qui cesse rapidement et, de cette façon, on obtient une anesthésie local
de peu de durée. C’est cependant le procédé qui nous rend le plus de services dans la pratique journalière.]
La cataphorèse qui consiste à faire passer dans la dentun courant électrique de faible tension permet d’excaver la dentine pour ainsi dire sans douleur. Mais ce procédén’est pas seulement très compliqué et très long, mais encore, ce qui est plus grave, il produit des lésions de la pulpe. J’ai souvent remarqué que les dents traitées par la cataphorèse perdaient leur vitalité, soit immédiatement, soit au bout de quelques mois ou de quelques années.
En ce moment on fait des essais avec l'acide carbonique qui possède la propriété d’épuiser l’appareil nerveux et de suspendre la conductibilité. Cette action est particulièrement sensible à l’état naissant. Nous devons l’application dentaire de ce médicament à Walkhoff. On peut assez facilement faire agir l’acide carbonique sur la dentine au moyen de l’appareil de Raucliwitz. On ne saurait poser de conclusions au sujet de ce procédé que lorsque seront publiées les observations des divers praticiens.
Dans l’état actuel des choses, en suivant certaines règles physiques on peut toutefois épargner beaucoup de douleurs à son patient. De même que les instruments mousses sont plus douloureux dans les opérations surles parties molles, les curettes et fraises mousses sont plus sensibles pour l’ivoire irrité : voilà pourquoi il ne faut employer que des