EXAMEN DE LA TENSION INTRA-OCULAIRE
ce que font également les élévateurs, parce que ceux-ci sont étirés et par suite serrés contre le globe. Cette augmentation de pression est à la vérité peu élevée, mais elle pourrait cependant fausser les résultats de l'examen.
Chez les malades qui serrent fortement les paupières pendant cette recherche, et particulièrement chez les enfants qui crient, on n'obtient aucun résultat précis, parce que les muscles palpé braux contractés opposent une résistance extraordinaire. Chez les adultes, on arrive ordinairement au but cherché en prévenant le malade et en examinant avec de grandes précautions le tonus d'yeux parfois assez sensibles à la pression. Chez les enfants, on doit, lorsqu'on a un soupçon assez fondé qu'il y a une augmentation de pression (cornée ternie, etc.), ne pas redouter d'employer la narcose, généralement facile et peu dangereuse à cet âge.
Pour cet examen si important de la tension intraoculaire, on fera bien de se servir le plus possible, comme points de comparaison, d'yeux indiscutablement normaux, et surtout de se familiariser avec les conditions de résistance des globes oculaires normaux par des touchers répétés.
L'examen de la tension intra- oculaire avec l'index est naturellement moins précis en ce que le résultat dépend de l'appréciation de chaque observateur; cette appréciation est une question d'expérience, tandis que lorsque l'œil est très dur ou très mou, il ne peut guère subsister de doute sur le genre d'état anormal de l'œil; il en est autrement lorsqu'il y a de faibles différences avec la normale qui, de plus, a des variations individuelles, en sorle que, par exemple, les yeux des jeunes sujets paraissent généralement plus hypotones que les yeux séniles à sclérotique rigide.
Ici encore l'exercice et l'expérience instruiront assez pour qu'en règle générale l'observateur exercé puisse s'orienter suffisamment ainsi : les instruments construits pour la mesure de la tension intra-oculaire ne s'emploient ordinairement que dans des cas exceptionnels. Car ces instruments, appelés tonomètres, ont aussi leurs causes d'erreur, sont compliqués et pas toujours applicables. D'après mon expérience, les deux instruments de Fick et de Maklakow donnent des résultats d'une précision équivalente, s'ils sont bien maniés. Le tonomètre de Fick nécessite toutefois deux observateurs lorsque la mensuration doit être très précise, et doit être manœuvré avec précaution. Plus simple et plus facile est la méthode de Maklakow.
L'idéal de la mensuration serait naturellement de pouvoir rapidement donner dans chaque cas en millimètres la hauteur de la colonne de mercure qui correspond à la pression intra-oculaire momentanée. Au lieu de cela, on se contente de désigner, après l'examen digital, l'augmentation de pression par T + l, T + 2 et T + 3, la diminution par T — 4, T — 2 et T — 3, où le + 3 signifie à peu près que le doigt ne peut plus provoquer sur l'œil une dépression perceptible, tandis que T — 3 signifie que l'œil que l'on tâte n'a plus aucune résistance, et est absolument mou.
Cet examen sera dans beaucoup de cas continué de la façon suivante, soit qu'on le complète par l'examen à la lumière artificielle ou que l'on commence l'examen fonctionnel. Cela dépendra de la nécessité ou de la possibilité de ce dernier. Là où le blépharospasme, le larmoiement, les douleurs, une lésion grave, rendent momentanément l'examen visuel impossible, il est remis à une époque ultérieure. Ce n'est que pour les accidents entraînant une action judiciaire que je conseille de faire ici l'examen visuel et même de chaque côté, si cela est possible, malgré les difficultés éventuelles. La plupart des assurés ne simulent rien pendant le premier examen, tandis qu'ils le font volontiers plus tard, et dans ces cas, il est fort important de connaître de bonne heure la force visuelle de l'œil non lésé. Lorsque nous commençons l'examen fonctionnel ou subjectif par opposition à l'examen objectif décrit jusqu'ici, il vaut mieux entreprendre d'abord l'examen de l'acuité visuelle.