Conjonctivite printanière
(catarrhe printanier)
Le catarrhe printanier présente un intérêt tout particulier en ce que, àl’exception de tout autre processus, sauf
CONJONCTIVITE PRINTANIÈRE.
les taches de rousseur, il dépend absolument de la chaleur, à tel point qu’il peut ne pas se développer du tout dans les étés frais. Quoique quelquefois il se produise sur la conjonctive des néoformations en foyers, on doit le ranger cependant dans les affections conjonctivales diffuses, parce dans sa forme intense il attaque toute la conjonctive.
Cette maladie, qui n’est pas très fréquente en certains endroits, atteint de préférence les jeunes sujets du sexe masculin et souvent pendant plusieurs années. Les malades ont fréquemment un aspect blafard et terreux. Les paupières supérieures sont souvent aussi légèrement abaissées,comme dans le trachome, ce qui donne au regard un aspect endormi. Dans beaucoup de cas, on voit dans l’ouverture palpébrale une injection jaune rougeâtre caractéristique, de chaque côté de la cornée (PI. XV d). Les autres symptômes objectifs sont avant tout constitués par trois sortes de lésions particulières au processus :
1° Les végétations de la région péri-cornéenne, se composant d’épaississements bosselés à surface lisse, comme formés d’une cire blanc rosâtre, c’est-à-dire un peu translucides, et qui occupent de préférence les côtés nasal et temporal de la cornée, mais peuvent aussi la circonscrire en haut et en bas (PI. XV a et d). Ils ne s’ulcèrent jamais.
2" Les végétations en pavés de la conjonctive tarsienne , ainsi nommées à cause de leur ressemblance avec les pavés des rues. Ces végétations sont très aplaties, de consistance dure, de couleur rose pâle et, si on examine déplus près, légèrement pédiculées (PI. XV g).
Leur surface a souvent un léger reflet blanc bleuâtre. Cette coloration superficielle blanchâtre, déjà visible sur les deux variétés de végétations décrites plus haut, se trouve également répandue sur le reste delà conjonctive tarsale.
3° Un trouble laiteux répandu sur le reste de la conjonctive tarsale, et qui, à certains endroits, est très léger et ressemble à une mince escarre de nitrate d’argent, et à d’autres est plus épais, de façon à figurer une couche
MALADIES DE L-A CONJONCTIVE
d’émail poli et d’un blanc bleuâtre (PL XY c).
Ces modifications de la muqueuse n’exislent pas toujourssimultanément. Parfois les végétations du limbe font défaut; parfois les excroissances en pavés sont peu ou pas développées; le trouble laiteux peut manquer de temps à autre. En outre, ces lésions peuvent avoir un développement extrêmement variable. Les végétations du limbe peuvent être assez fortes pour surmonter la cornée sur une certaine étendue et l’entourer complètement ; d’autres fois, peut-être lorsque les végétations du limbe n’existent pas, les végétations tarsales acquièrent un énorme développement et peuvent même, rarement du reste, occasionner par leur frottement sur la cornée de petites ulcérations superficielles. Dans d’autres cas, elles n’existent aussi que par places, en petits groupes, tandis que leur voisinage peut être comme émaillé et atteint du trouble laiteux.
Lorsque les végétations volumineuses du limbe viennent à rétrocéder, il persiste souvent, près du limbe, une opacité cornéenne de petite dimension, parallèle au bord cornéen, simulant une portion d’arc sénile et rappelant encore le processus, même s’il a disparu depuis plusieurs années.
Planche XV. — Conjonctivite printanière, n. Le malade est un paysan de vingt-quatre ans, d’ailleurs bien portant et vigoureux, et souffrant depuis six ans de catarrhe printanier. En hiver et même en été, lorsque le temps est frais, les phénomènes pénibles s'atténuent au point de disparaître presque complètement. Il existe une sécrétion assez abondante. La conjonctive de la paupière inférieure est. atteinte du trouble laiteux ; celle de la paupière supérieure est normale. Végétations entourant circulairement la cornée, et la surmontant sur une étendue de un à deux millimètres de largeur.
b et c. Chez ce malade, âgé de dix-neuf ans, commis de magasin, l'affection a débuté en mai, il y a lroi,s ans, et persiste tous les étés. Ici aussi il n’y a aucun follicule. A la paupière supérieure droite, on remarque les végétations en pavage ; à la paupière inférieure, on a représenté le trouble laiteux.
rf. Chez ce garçon, âgé de quatorze ans, on voit particulièrement bien la coloration rouge jaunâtre typique au côté externe de la cornée, qui est elle-même également, bordée d’une végétation très développée.
CONJONCTIVITE PRINTANIÈRE.
Enfin, comme autre symptôme, il existe une sécrétion d’intensité variable, soit muqueuse, soit quelquefois légèrement purulente; qui forme souvent des filaments occupant les culs-de-sac et les parties voisines. Aussi les malades se plaignent-ils des symptômes subjectifs du catarrhe : piqûres, cuisson, brûlure, gêne pour le travail minutieux et agglutination des cils au réveil.
Ces phénomènes pénibles s’exagèrent dès que le malade s’expose quelque temps à une température plus élevée. C’est même bien plutôt la chaleur que l’exposition au soleil qui les incommode, car ils souffrent moins s’ils vont sur des sommets, élévés, bien que l’exposition au soleil soit encore plus intense.
Le diagnostic ne s’établit pas seulement sur les rapports de la maladie avec la température, mais encore sur un examen absolument attentif des lésions signalées précédemment. L’erreur la plus facile est la confusion avec le trachome (voir sa description) ou avec les pustules eczémateuses du limbe.
Toutefois, dans ce dernier cas, l’ulcération qui s’y produit toujours entraîne la conviction.
Dans quelques cas, où exceptionnellement la maladie se produit chez un sujet déjà âgé, la distinction avec un épilhélioma au début est plus difficile et même l’examen microscopique des fragments excisés ne donne pas au premier coup d’œil la certitude. Non seulement les végétations du catarrhe printanier offrent aussi un développement considérable de l’épithélium, mais encore celui-ci forme des prolongements allongés, comme des bouchons, allant profondément dans le tissu sous-jacent, qui est aussi proliféré et paraît gonflé. De plus, l’examen microscopique ne permet de trouver aucun follicule.
Le pronostic est peu favorable, parce que nous ne sommes pas en état de supprimer l’influence étiologique de la chaleur estivale, et que d’autre part nous ne pouvons appliquer aucun traitement spécifique.
Quoique tous les moyens curatifs anciens et nouveaux aient déjà été employés, nous en sommes restés à une thérapeutique palliative du catarrhe : la pommade plom-
MALADIES DE LA CONJONCTIVE
bique à 1 p. 100, s’il n’y a aucune ulcération cornéenne, est * très recommandable ; parfois on obtient de bons résultats j par l’inlromission dans l’œil, avec massage, de la pomfl made au précipité jaune à 1 ou 2 p. 100, ou par des! instillations d’acide acétique dilué, 1 goutte dans 10 à 20 i gouttes d’eau. La suppression des plus volumineuses | végétations diminue les sensations pénibles.
[ La conjonctivite printanière se développe chez des sujets qui | sont le plus ordinairement sans diathèse appréciable : cependant nous en avons observé des cas typiques coexistant sur un terrain scrofuleux, avec des végétations adénoïdes naso-pharyngiennes. Michel a signalé une polyadénite ganglionnaire J généralisée, pouvant être liée à l’hérédo-syphijis : toutefois* nous avons plusieurs fois cherché celte polyadénite sans la rencontrer, excepté dans un cas.
La maladie peut exceptionnellement se développer chez des | sujets ayant dépassé trente ans.
Au point de vue anatomo-pathologique et clinique, c’est 1 du papillome que se rapprochent le plus les végétations tar- : siennes bien développées, et même on peut voir des papillomes! du bord ciliaire coexister avec elles (Mandonnet). Mais des 1 recherches sont encore nécessaires pour établir la pathogénie de la maladie. Il s’agit en somme, dans quelques cas, d’une 1 tarso-conjonctivite végétante, et les récidives, après ablation, 4 ! sont la règle, parce qu’il faudrait littéralement enlever le tissu A tarsien et sous-conjonctival, pour pouvoir supprimer l’origine . même du mal. Aussi le traitement chirurgical du trachome -! échoue t-il ici, et,dans la majorité des cas, les topiques modi-aj ficateurs, dont aucun, même le protargol, n’est fort efficace,'! la petite chirurgie, surtout parles scarifications, enfin le traitement général (arsenic, séjour dans l’air pur et à une altitude assez grande, traitement interne de la papillomatose généralisée, etc.), restent la conduite la meilleure à tenir, à l’heurefj actuelle, pour aider les végétations à suivre, après plusieurs» années d’état stationnaire, leur marche décroissante naturelle, Quelques cas peuvent cependant être suivis pendant fort longtemps, sans paraître diminuer, surtout quand il s’agit de végétations tarsiennes. Nous avons exposé (1), avec de nouveaux ^
(1) A. Terson, Les végétations conjonctivales à recrudescence prin-A j tanière (Gaz. des Hôp., 1898).
CONJONCTIVITE ECZÉMATEUSE.
cas et des examens histologiques, tout ce qui a trait à la maladie dans uu mémoire récent, auquel nous renvoyons le lecteur. A. T.]