IV. — Déformations
Ces altérations sont importantes, à cause du trouble qu’elles apportent à la vision. Le défaut le plus fréquent est une courbure différente pour le méridien horizontal et le méridien vertical et constitue une des causes de l’astigmatisme. (Voy. Atlas d'ophtalmoscopie, première partie.)
Une dimension exagérée de la cornée peut exister congénitalement parfois dans certaines familles prédisposées, et subsister toute la vie avec une transparence parfaite delà membrane ; le globe de l’œil a son volume normal ; c’est la mégalocornée ou kératoglobe. Cette anomalie ressemble à celle qu’entraîne le glaucome infantile ; mais dans cette dernière il y a cette différence bien tranchée, que la cornée offre dès le début l’aspect terne de la surface à cause du glaucome, et aussi plus tard des opacités irrégulières dans son tissu même, qui altèrent profondément sa transparence. En même temps l’œil du jeune sujet se laisse peu à peu agrandir sous l’influence de l’augmentation de la pression intra-oculaire, si on ne la diminue pas, puis devient aveugle. Aux déformations acquises appartient le kératocone, qui se reconnaît à son aspect conique dû à ce qu’il est plus mince au centre et par suite que ce centre est peu à peu repoussé en avant par la pression inlraoculaire.
Les plus forts degrés de kératocone se distinguent par le reflet anormal de la cornée qui donne à l’œil un aspect étincelant. Ce reflet de la pointe du cône est beaucoup plus petit et plus vif que dans l’œil normal, tandis que les parties latérales du monticule sont plus développées et produisent un reflet beaucoup plus long qu’à l’état normal. On examine pour le mieux les cas plus difficiles à reconnaître ou peu marqués avec le disque de
200 MALADIES DE LA CORNÉE
Placido, dont les cercles concentriques blancs et noirs ; se reflètent sur l’œil et paraissent alors déformés d’une manière spéciale. Le tableau ophtalmoscopique offre aussi des déformations et des mouvements particuliers.
Dans les formes intenses, le sommet du cône se trouble 'g aussi, ce qui accroît encore l’affaiblissement visuel, déjà considérable à la suite de la déformation seule. La lésion survient en général sur les deux yeux et surtout dans le sexe féminin. Le défaut de réfraction est très difficile à corriger par des verres. J’ai observé un arrêt du processus à la suite de sclérotomies, combinées à tous les moyens qui fortifient l’état général des malades.
[La cautérisation ignée, l’iridectomie, la compression, même sous forme de tarsorraphie (A. Terson, Kalt), peuvent être quelquefois préconisées. Les verres de contact (Iierschell, Fick, Sulzer), les corrections diverses, les fentes sténopéiques■ (;’■ doivent être essayés ; la question de l’extraction du cristallin transparent reste à l’étude, soit seule, soit surtout combinée àux moyens précédents. A. T.]
Le développement d’un staphylome à la suite de larges pertes de substances par suppurations cornéennes a, lui k- aussi, les plus sérieux inconvénients pour la vision. Comme cette affection, constituée par une ectasie de la cicatrice cornéenne, est liée presque sans exception à l’augmentation de la pression intraoculaire (glaucome j' secondaire), elle peut entraîner en peu de temps une cécité définitive. Le traitement est essentiellement opératoire.
[11 comprend, non pas l’énucléation en général, mais bien l 'ablation du staphylome (généralement doublé de l’iris) et aussi celle systématique du cristallin, désormais dangereux et en tout cas inutile. Cette opération, qui était la seule pratiquée depuis les temps les plus anciens, contre le staphylome, a eu un moment à lutter contre l’abus de l’énucléation, depuis que la méthode de Bonnet et l’anesthésie générale avaient facilité cette dernière, mais l’ablation du staphylome a repris depuis longtemps le rang qu’elle doit occuper dans la chirurgie ocu- (ÿ. laire conservatrice, de même qu’en chirurgie générale la résection par rapport à l’amputation systématique. A. T. j