Inflammations
La sclérotique s’enflamme bien moins souvent que la cornée et [presque] toujours seulement dans sa région antérieure. On divise la sclérite en sclérite superficielle et sclérite profonde. La première estégalement appelée épisclérite. 11 est du reste souvent assez difficile de dire le degré de profondeur qu’occupe l’inflammation dans le tissu scléral et il y a aussi des formes intermédiaires entre les deux variétés. Dans les deux cas, on voit en effet apparaître des nodosités et des foyers d’épaississement; mais dans la forme profonde l’inflammation s’étend d’une manière diffuse sur une vaste surface annulaire, autour de la cornée, et provoque une vaste injection bleu rougeâtre qui fait place plus lard à une couleur violet pâle [chou rouge] et même porcelanique (PL XXIX b).
La sclérite profonde attaque facilement la région cornéenne qui l’avoisine : il s’y produit des infiltrations, qui ne disparaissent pas, mais laissent le plus souvent un trouble persistant (kératite sclérosante). L’iris est de plus fréquemment intéressé, de même que la choroïde, en sorte qu’il survient des opacités du corps vitré, qui gênent considérablement la vision.
[La sclérite profonde coexiste souvent avec de la choroïdite antérieure : il s’agit alors de scléro-cyalite antérieure ou
MALADIES DE LA SCLÉROTIQUE
quelquefois de scléro-choroïdite antérieure. Toutefois l'ectasie et la destruction sclérales, au contraire si exceptionnelles dans les choroïdites banales, même antérieures, nous montrent que dans la maladie appelée scléro-choroïdite antérieure, c’est la sclérotique dont la lésion joue le rôle prépondérant. A. T.]
En plus des complications possibles par l’exsudât iritique, les synéchies annulaires et une occlusion membraniforme de la pupille, la cataracte et des ectasies, résultant de l’amincissement et de l’affaiblissement de la sclérotique par la longueur de la maladie, peuvent fina-
Planche XXIX.
a. Solérite récente, datant de trois semaines.
Le foyer proéminent, visible au côté temporal de la cornée, est fort sensible à la pression. La cure de cette affection très vraisemblablement rhumatismale demanda deux mois et laissa, à la place du bouton dëpisclérite, une teinte ardoisée, comme celle que l’on voit en haut de la cornée dans la figure suivante.
b. Lésions consécutives à une sclérite, kératite sclérosante.
Cette femme, âgée de trente-sept ans,souffre depuis plusieurs années d’une sclérite de cet œil, comme le démonlrent la teinte fortement ardoisée delà sclérotique et l’amincissement de la moitié supérieure de la sclérotique au-dessus de la cornée. On constate que là et aussi vers la partie temporale de la cornée, il y a encore de la sclérite, par l’opacité inflammatoire ^provoquée par celle-ci dans la cornée en haut et en dehors; ce trouble est accompagné de la rougeur ciliaire correspondante.
Le fait que celte kératite a été plusieurs fois occasionnée par la sclériteest prouvé par la délimitation irrégulière de la cornée : cette dernière est dans un état tel que les parties marginales sont devenues sclérosées par l'effet de la kératite, analogues au tissu scléral. Une violente irilis plastique, comme on le reconnaît à la forme irrégulière de la pupille, a entraîné des synéchies adhérentes au cristallin. Sur l'autre œil, il existe une large synéchie inféro-interne, mais rien autre d’anormal. La cause du processus est incertaine, L’inflammation oculaire débuta à l'âge de quatorze ans. Cette femme a huit enfants bien portants, deux de ses frères sont morts de phtisie pulmonaire. Il y a onze ans, elle eut, pendant assez peudetemps,du rhumatisme articulaire, mais sans fièvre.Dans les trois dernières années, elle n’a pas souffert de ses yeux, et la poussée inflammatoire actuelle a commencé six semaines après un accouchement. Traces d’albumine dans l'urine. Iridectomie. Sortie dé la malade, V = 3/50 à l’œil gauche.
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INFLAMMATIONS
lement se produire. Il peut aussi se former des staphylomes scléroticaux. Cette forme de sclérite atteint généralement les deux yeux plutôt de sujets jeunes, et de préférence du sexe féminin. Souvent ces malades sont attaqués par la tuberculose ou souffrent de syphilis acquise ou héréditaire. La maladie dure ordinairement des années et elle est difficilement accessible à la thérapeutique.
La forme superficielle, plus fréquente que la forme profonde, se caractérise par la présence du bouton d’épisclérite (PL XXIX, a) dont une hyperémie profonde de couleur rouge bleuâtre indique le siège, de plus le foyer inflammatoire n’est, pas mobile, mais siège réellement sous la conjonctive. Ces foyers inflammatoires ne disparaissent jamais par suppuration, mais s’éteignent peu à peu après cinq à dix semaines ou plustard ; il reste fréquemment à leur place une tache grisâtre consécutive à l’amincissement de la sclérotique. Cette forme est toutefois assez tenace et se prolonge notamment quand, en cheminant, elle entoure toute la cornée en partie ou en totalité (sclérite migratoire). Les extumescences sclérales formées par des amas de cellules rondes résultant de l’infiltration inflammatoire présentent des grosseurs variant de 3 à 8 millimètres, et peuvent être nombreuses sur le même œil. Généralement elles sont fort sensibles à la pression ; elles donnent ordinairement peu de douleurs spontanées, d’autres fois elles en provoquent de très pénibles.
[On ne confondra pas l’épisclérite avec une gomme épisclêrale, affection aujourd’hui nettement classée, de même qu’on ne confondra pas une gomme du corps ciliaire à tendance perforante, avec une gomme épisclêrale. A. T.]
Le processus récidive facilement et atteint souvent les deux yeux à la longue. Cependant cette forme provoque dansl’œilmoins dedégâts durables que laforme profonde, parce qu’elle entraîne moins de complications.
Cette forme peut aussi être en rapport avec la tuberculose et la syphilis, mais elle relève surtout de l’infection rhumatismale de l’organisme : il s’ensuit que le
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traitement doit consister le plus souvent dans une thérapeutique antirhumatismale énergique, avec cure de sudation et usage prolongé du salicylate de soude.
[Après insuccès des injections sous-conjonctivales en plein bouton épiscléral, on essaiera l’électrolyse négative (A. Terson), ■qui, prudemment exécutée, peut entraîner des guérisons rapides et semble plus logique que les pointes de feu. Une fine pointe galvanique, une aiguille ou une épingle chauffées au rouge, une fois mises en place, pourraient aussi donner une utile cautérisation sous-conjonclivale, les traitements sous-conjonctivaux étant essentiellement indiqués, combinés au traitement général, dans cette lésion sous-conjonctivale.
Les injections sous-conjonctivales peuvent être indiquées dans la forme profonde. Le traitement arsenical intensif par une cure à la Bourboule nous a plusieurs fois donné des guérisons définitives, chez des malades où cette variété de sclôrite profonde avait été absolument rebelle à tout. A. T.]