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II. — Traumatismes

On observe fréquemment des piqûres et des coupures de la sclérotique : très graves et pas très rares sont les ruptures par un traumatisme contondant : coup de poing, coup de bâton, coup de corne de vache, contusion par un objet à pointe émoussée, etc. La rupture sclérale se présente presque toujours comme une blessure perforante, aussi le contenu du globe court-il un grand danger. Les piqûres et les coupures sont aussi du reste généralement perforantes. Les blessures perforantes peuvent en effet non seulement provoquer une perte de corps vitré destructive pour le globe, mais encore ouvrir la porte à l’infection et la conduire jusqu’à l’intérieur de l’œil et du corps vitré : celui-ci, en effet, lui constitue un bon terrain d’où l’inflammation suppurative envahit facilement la rétine et le tractus uvéal. Dans les ruptures sclérales, il arrive exceptionnellement que la conjonctive 1 reste intacte au-dessus de la blessure et forme une enveloppe extérieure.’ Il peut aussi arriver que le cristallin, sous l’influence du

TRAUMATISMES.

traumatisme, soit complètement expulsé par l’ouverture sclérale et se trouve placé alors sous la conjonctive (PI. XXXIV, b). Le plus souvent ces ruptures se trouvent dans la région qui avoisine la moitié supérieure de la cornée et sont parallèles à la cornée ; cependant elles peuvent être latérales (PL XXXIV, b). Très souvent, lors de la rupture de la sclérotique, une forte hémorragie "envahit l’œil et particulièrement le corps vitré (hémophtalmos), en entraînant la cécité partielle ou totale. La rétine est malade consécutivement (soi-disant rélinite proliférante). Lorsqu’il y a une évacuation assez abondante ou même totale du corps vitré, remplacé par du sang, il survient tôt ou tard un décollement rétinien avec cécité. Les piqûres et les coupures par les couteaux, les ciseaux, les éclats de verre, peuvent guérir tranquillement, si aucune infection ne survient : elles provoquent en effet une perte de corps vitré moindre que lorsqu’il s’agit d’une rupture par compression excessive du globe.

Des corps étrangers s’implantent plus rarement dans la sclérotique que dans la cornée, par contre ils la traversent assez souvent pour demeurer ensuite dans le corps vitré„la rétine, etc. Les fragments de fer se comportent souvent ainsi parce qu’ils ont une force de projection assez grande pour traverser la sclérotique si résistante. Il en est de même des éclats de cuivre et des fragments de capsule projetés par des explosions de dynamite, des fragments de pierre lancés en même temps que la poudre ou la dynamite, des morceaux résultant d’explosions de récipients de verre dans les laboratoires ; tous ces corps peuvent à l’occasion traverser la sclérotique. De gros fragments de ce genre peuvent provoquer une piqûre, c’est-à-dire souvent une blesssure considérable, sans que le fragment reste dans l’œil. Ces piqûres sont plus rares que les plaies qui entraînent le fragment dans l’intérieur du globe, de sorte qu’on fait bien alors d’adopter ce dernier diagnostic comme plus vraisemblable.

La blessure perforant la sclérotique se trahit, tant qu’elle est récente et non oblitérée, et si elle est assez

MALADIES DE LA SCLÉROTIQUE

longue, par la diminution de la pression intra-oculaire. De plus, on voit ordinairement à l’ophtalmoscope une hémorragie plus ou moins abondante ou un trouble inflammatoire consécutif dans le corps vitré. Dans les blessures périphériques, par exemple à l’équateur du globe, l’examen ophtalmoscopique peut déceler la blessure choroïdienne sous forme de stries blanches et brillantes. La présence d’un corps étranger dans le globe nécessite un examen minutieux à l’ophtalmoscope.

En outre, pour constater les éclats de fer, on emploie le sidéroscope, aiguille magnétique très sensible dont les déviations sont lues avec une lunette, ou bien on approche l’œil de notre grand aimant qui attire de suite l’éclat en avant derrière l’iris, ou du moins indique de suite par une réacLion douloureuse la présence du corps étranger dans l’œil.

On rie doit jamais sonder une plaie sclérale pour s’assurer de la présence d’un corps étranger dans ou derrière la blessure, ou pour voir si la blessure est réellement perforante. On fait facilement ainsi pénétrer dans le corps vitré les micro-organismes pathogènes qui se trouvent peut-être déjà sur la surface externe de la blessure, et il se développe une infection intra-oculaire qui conduit l’œil à sa perte.

Le traitement des plaies sclérales demande beaucoup de repos de la part du malade ; en particulier le repos au litpendant quelque temps et un pansementbinoculaire sont indiqués pour les vastes blessures. Il vaut mieux laisser tranquilles les blessures sclérales déjà accolées, et ne pas y faire de suture ; pour celles qui ne sont pas encore réunies, surtout lorsqu’elles sont béantes, on peut soigneusement les suturer de façon à prendre dans la suture la conjonctive et un peu de tissu épiscléral. La sclérotique elle-même se prête généralement mal à la suture.

Ce n’est que pour les gros éclats de fer pénétrés dans l’œil parla sclérotique, qu’il est indiqué de les extraire par la blessure avec le grand aimant. Il vaut mieux attirer les petits dans la chambre antérieure et les extraire finalement par une petite incision. Si un éclat

TRAUMATISMES.

de ce genre, n’eût-il que quelques millimètres, se trouve libre dans le corps vitré, il est attiré bientôt, quand on approche l’œil de l’aimant, autour du cristallin, derrière l’iris qui bombe un peu en avant. Alors on repousse un peu la tête du malade ou on arrête le courant, afin que l’éclat ne pénètre pas dans l’iris. Puis on tourne l’œil dans la direction où l’éclat se trouve derrière l’iris et on l’attire à travers la pupille dans la chambre antérieure, ce qui réussit le plus souvent, surtout quand on a pu encore dilater la pupille avant l’intervention. Des éclats qui se trouvent dans la rétine ou la choroïde suivent l’attraction de l’aimant, quelquefois un peu lentement, en sorte qu’on fait bien de ne pas arrêter trop tôt le courant et de le répéter plusieurs fois. Plus l’éclat est petit, moins l’attraction est marquée, plus l’aimant doit avoir d’action, et inversement. Si l’on n’a pas à sa disposition le grand aimant, il faut essayer de rechercher et de saisir le corps étranger avec une petite sonde aimantée, en pénétrant à travers la blessure sclérale ou en pratiquant une incision convenable.

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