‹ Atlas manuel des maladies externes de l'oeilChapitre 74 sur 79 · Glaucome infantile · texte numérisé non relu

Glaucome infantile

Le glaucome infantile atteint l’œil d’une tout autre façon; car il rend plus volumineux l’œil saisi en pleine croissance, tandis que l’œil adulte ne se modifie ni dans sa forme ni dans son' volume par l’augmentation de la pression intra-oculaire (sauf par les ectasies du stade de dégénérescence). L’œil de l’enfant devient alors buphlalme ou kydrophlalme, à moins que le processus ne subisse un arrêt. D’abord on constate seulement' l’aspect terne et caractéristique de la surface de la cornée, qui fait bientôt place à un trouble diffus. Puis il survient un agrandissement de cette membrane, et aussi un nuage tacheté, dans lequel à un examen minutieux on peut voir des stries rubanées spéciales qui se trouvent dans la profondeur de la substance cornéenne et vont de divers côtés, en serpentant dans une direction tortueuse et assez particulière. Le milieu de ces rubans est moins trouble que leurs bords; ils persistent après la suppression de l’hypertonie etformentpour le diagnostic, d’après moi, un point important, même pour le diagnostic rétrospectif.

La pupille a au début,,dans ces cas, assez peu de tendance à la dilatation; la chambre antérieure est moins rétrécie que chez l’adulte, et si la cornée est déjà agrandie, la chambré antérieure paraît.niême au contraire d’une profondeur anormale. L’excavation du nerf optique ne se fait ordinairement pas attendre longtemps. La maladie attaque en général les deux yeux. Les enfants atteints deviennent bientôt photophobes et paraissent aussi pour la plupart avoir des douleurs. L’examen est généralement assez difficile, surtout lorsqu’on veut se rendre compte de la pression intra-oculaire, constatation impos-, sible dès que les petits sujets se débattent et pleurent. On doit alors les endormir par l’anesthésie générale, anesthésie qui a l’avantage de permettre un examen plus approfondi, en particulier l’examen ophtalmoscopique. Ce n’est que très rarement que la maladie se calme spontanément : le plus souvent, elle arrive à une période

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destructive, si on n’institue pas la thérapeutique appropriée. La terminaison générale est que les yeux devenus depuis longtemps aveugles, démesurément agrandis, se heurtent, et que, leurs parois étant très minces, ils se crèvent facilement et s’atrophient.

[Nous avons vu une terminaison de ce genre où le moignon définitif offrit l’occasion d’une excellente prothèse. A. T.J

Le glaucome peut survenir rapidement après la naissance ou dans les premières années de la vie. La buphtalmie est même quelquefois congénitale. Dans la seconde enfance, il ne se développe plus. Pour ce qui est de l’apparition du glaucome en général, on doit noter aussi que l’œil myope n’est presque jamais atteint de la forme inflammatoire, mais plutôt du glaucome simple.

La sclérose vasculaire et l’affaiblissement du cœur favorisent le processus glaucomateux. Les causes véritables . du glaucome ne sont pas encore complètement élucidées. L’augmentation de pression intra-oculaire peut être provoquée par l’hypersécrétion des liquides intra-oculaires (choroïdite séreuse de Græfe), de même que par la restriction dans l’excrétion du liquide intra-oculaire normal, à la suite de modifications dans l’état de l’œil (troubles de l’écoulement dans l’angle de la chambre antérieure par l’adhérence circulaire de la périphérie de l’iris à la cornée : théorie de Knies et Weber). Comme cause occasionnelle provoquant le glauconie sur un œil prédisposé ou déjà atteint, nous connaissons encore la dilatation de la pupille, surtout celle provoquée par l’atropine.

Le diagnostic se hase sur les considérations suivantes. La confusion du glaucome inflammatoire et de l’iritis est possible et d’autant plus désastreuse que le traitement de chaque affection est radicalement différent. On doit s’habituer à ne jamais instiller de l’atropine dans un œil, avant d’avoir soigneusement vérifié sa tension. Dans l’iritis, la pupille est rétrécie; dans le glaucome inflammatoire, elle-est dilatée. Le glaucome simple nécessite un examen approfondi à l'ophtalmoscope. La confusion d’un glaucome infantile avec une kératite parenchyma-

GLAUCOME INFANTILE. ggjj

teuse est particulièrement grave, car dans leur premier stade, ces deux maladies se ressemblent énormément en ' apparence. L’examen de la tension éclaircit le diagnostic

Le pronostic est toujours sérieux, surtout pour le glaucome simple, plus difficile à guérir que la forme inflammatoire. Le glaucome hémorragique a un pronostic aussi désastreux que possible. Dans chaque cas particulier de glaucome, plus les vaisseaux et le cœur sont mauvais, plus le pronostic est douteux.

Le traitement doit consister dans l’emploi d’un myotique (ésérine ou pilocarpine) pour resserrer la pupille, et, dans la plupart des cas, doit être complété par une opération. Le traitement médicamenteux doit êtreinstitué au plus tôt sous forme d’instillations d’ésérine à 1/2 p. 100 ou de pilocarpine à 2 p. 100, 3 à 5 gouttes par jour de la première, 5 à 10 gouttes de la deuxième. La pilocarpine, qui a une action plus douce, se prête à un usage prolongé et aussi une fois l’opération faite. L’effet de ce remède peut être aidé par des injections sous-cutanées de morphine qui d’une part engendrent un sommeil bienfaisant pour l’état du glaucomateux et peuvent agir pour rétrécir la pupille. L’atropine doit être au contraire évitée dans le glaucome.

Le plus tôt est le mieux pour opérer un œil atteint de glaucome : plus la maladie est avancée, plus le résultat d’une opération est incertain. L’iridectomie est particulièrement recommandable dans le glaucome inflammatoire, la sclérotomie dans le glaucome simple, lorsqu’il est déjà avancé. Dans le stade de début de cette dernière forme, l’iridectomie peut être aussi indiquée. Les deux opérations doivent être souvent combinées : ainsi la sclérotomie peut précéder l’iridectomie ou inversement. Certains cas nécessitent plusieurs sclérotomies dans un long ou court espace de temps, pendant lesquels les myotiques doivent continuer à être utilisés. La guérison dans beaucoup de cas n’est que relative pendant longtemps, c’est-à-dire que des récidives surviennent qui peuvent toutefois être guéries par le traitement approprié. Jamais il ne peut être question de faire purement

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et simplement l’iridectomie et d’abandonner ensuite le patienta lui-même sans contrôle ultérieur. Dans le glaucome hémorragique, l'iridectomie est contre-indiquée : on emploiera la sclérotomie en y ajoutant l'usage énergique des myotiques et en fortifiant le cœur.

[Quelquefois l’irido-sclérotomie et les ponctions équatoriales répétées peuvent éviter l’énucléation ou l’ablation de la cornée dans le glaucome hémorragique et dans le glaucome absolu en général. A. T.j

Le glaucome infantile peut céder à des sclérotomies très précoces et répétées.

| L’iridectomie ne sera pas pratiquée à la période tardive de la buphtalmie. A. T. j

Planche XXXVIII a et b. — Gliome double de la rétine.

La petite fille E. M. do U., âgée actuellement de vingt mois, se porla bien jusqu’au sixième mois; elle commença alors à loucher de l’œil gaucho, et, lorsqu’elle eut atteint l’âge d’un an, sa mère remarqua dans la pupille un reflet jaunâtre qui depuis, lors s’est élargi et accusé de plus on plus. Depuis quelques semaines, l’enfant y voit aussi plus mal de l’œil droit. L’œil gaucho est un peu rouge, dur (T + 1) et un peu augmenté de volume, si on le compare à l’œil droit. L’iris gauche est brunâtre, le droit est bleu : la jiupille gauche. est élargie et rigide, lien sort un reflet rbrjflarit qui' paraît provenir de nodosités conglomérées remplissant le chçps vitré dans presque toute son étendue. A la surface de la tumeur se trouvent des stries rougeâtres, les unes vasculaires, les autres hémorragiques. A droite, la tension est normale, mais on observe par la pupille élargie un décollement rétinien circulaire et en entonnoir. Cet œil parait aussi à peu près aveugle. La double énucléation proposée fut refusée, mais l’enfant fut rapporté un an après, pour être Soumis â l’opération. L’œil gauche est- très proéminent, la cornée £èst doublée de volume, trouble et se crève deux jours après l’admission du petit malade ; aussitôt apparaît à ce niveau une volumineuse masse néoplasique (fig. b).

Quatre jours après l’admission, énucléation de l’œil droit, éviscération de l’orbite gauche. Il n’est pas possible, à cause d’une violente hémorragie, de faire la toilette complète de l’orbite au voisinage du trou optique. Le jour de l’opération, la fièvre apparaît et le lendemain, la scarlatine se déclare. Mort le quatorzième jour après l’opération par méningite purulente.

Tab. 38.

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