LA GAULE MÉROVINGIENNE A QUATRE ÉPOQUES
Sources : Grégoire de Tours, Frédégaire, Aug. Thierry, Fauriel.
Ces quatre cartes représentent les partages et l'étendue politique de chaque État aux quatre époques principales de la période mérovingienne.
§ I. La Gaule franque en 511 fait connaître, d'après Grégoire de Tours et les travaux modernes, surtout d'après ceux de MM. Thierry et Fauriel, la part qui avait été attribuée après la mort de Clovis, à chacun de ses fils : Thienï, roi d'Austrasie ; Clodomir, roi d'Orléans; Childebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons. Le seul dont les États fussent compactes et non divisés est Clcdomir. La possession de l'Auvergne avait été concédée à Thierri qui avait dirigé la guerre dans ce pays du vivant de son père; le roi de Paris avait eu Bordeaux et toute l'Aquitaine maritime avec le cours de la Garonne; le roi de Soissons reçut les terres du Poitou, du Limousin et de la Marche. — Le roy. de Bourgogne n'était pas encore conquis et n'avait été que tributaire sous Clovis, 500. La Septimanie appartenait aux Visigoths d'Espagne, et la Provence, aux Ostrogoths d'Italie. La Bretagne était seulement tributaire depuis 502.
§ II. Royaumes francs en 567. Des quatre fils de Clovis, Clodomir était mort le premier, en 524. Ses États avaient été partagés entre ses trois frères et, de ses deux fils, l'unfut massacré, l'autre tonsuré. Thierri avait achevé la conquête de la Bourgogne en 534 et l'avait ajoutée à ses États ; mais il était mort cette même année. Son fils Theodobert, puis son petit fils Théodebald en héritèrent. La mort de es dernier, arrivée en 555, livra le royaume d 'Au strasie avec ses dépendances à ses deux grands oncles, Childebert roi de Paris, et Clotaire roi de Soissons. Childebert ne lui survécut que 3 ans, et mourut sans enfants. Clotaire se trouva donc, en 558, le seul héritier de tout l'empire franc ; c'était la restauration de la monarchie de Clovis avec la Bourgogne de plus qu'à la mort du fondateur. Mais Clotaire mourut en 561 et la Gaule fut partagée de nouveau entre ses quatre fils ; ce partage ne s'effectua pas tout à fait dans les mêmes conditions qu'en 511. Cariherteut le royaume de Paris et une partie du littoral Aquitain , y compris Bordeaux. Gontran eut le royaume d'Orléans et de Bourgogne, Chilpéric eut le royaume de Soissons tel que l'avait possédé, en 511, Clotaire Ier; mais, en Aquitaine, on ne lui attribua que le comté d'Albi. Sigebert, le dernier, eut l'Austrasie, avec Metz pour capitale, et l'Auvergne; mais ce partage ne subsista que jusqu'en 567, époque de la mort de Caribert qui ne laissa point de postérité et dont les États furent alors partagés entre ses trois frères de la manière qui est indiquée sur notre carte n° 2. On remarquera que les Visigoths sont toujours maîtres de la Septimanie.
§ III. L'empire franc a la mort de Dagobert I. 638. Le partage que nous venons d'indiquer subsista
quelque temps. La mort de Sigebert, 575, n'y changea rien, son fils Childebert II lui succéda et Chilpéric, roi de Neustrie (Paris et Soissons réunis), rentra en possession des domain s dont son frère Sigebert l'avait dépouillé. Il mourut en 584 et son fils mineur, Clotaire II, lui ayant succédé sous la tutelle de sa mère Frédégonde et de Landry, maire du palais., il y eut un soulèvement dans le sud et les domaines d'Albi échappèrent au royaume de Neustrie par suite de la révolte de Didier et de la conspiration de Gondowald, 585. Au traité d'Andelot, 587, Gontran, qui n'avait pas de postérité, reconnut pour son héritier unique, son neveu Childebert II , roi de Metz, au détriment de Clotaire II. Gontran mourut en 593 et Childebert II fut en effet roi de toute l'Austrasie, de la Bourgogne, du royaume d'Orléans et d'une partie de l'Aquitaine, tandis que Clotaire II, n'avait que la Neustrie, réduite aux anciens domaines des royaumes de Paris et de Soissons dans le Nord. Mais Childebert II étant mort 3 ans après son oncle Gontran, 596, ses vastes États furent partagés entre ses deux fils Theodebert II qui eut l'Austrasie et Tbierri II qui eut Orléans et la Bourgogne. Thierri, dans une guerre, d'abord malheureuse 598, puis très-productive pour lui, enleva à Clotaire II, roi de Neustrie, tous ses domaines sauf le petit pays compris entre la Somme, la Seine, l'Oise, et la mer, ainsi que l'a bien circonscrit M. Fauriel. Tel fut le résultat de la bataille de Dormeille, 600. Thierri II, après avoir battu et ruiné son frère Theodebert II, fut un instant maître de presque tout l'empire franc 612, mais ce succès fut suivi de sa mort, 613, de celle de son héritier et de l'occupation de toute la Gaule franque par celui, qui naguère, n'avait qu'un lambeau de la succession de Chilpéric. Clotaire II, en 613, rétablit pour la 2e fois l'unité monarchique de Clovis. Il légua cet empire à Dagobert I son fils, en 628. Ce dernier l'affermit et l'étendit , mais, du côté de l'Orient, les Austrasiens commencèrent à être gouvernés par une aristocratie indépendante qui plaçait à sa tête un maire. C'est l'étendue de l'empire franc sous Dagobert I, avec ses divisions en nationalités diverses, que représente notre carte n° 3.
§ IV. Les états francs a la mort de Pépin d'Héristal, 714. Après la mort de Dagobert, en 628, de nouveaux partages eurent lieu; il laissait 2 fils: Clovis II et Sigebert II (III) : Neustrie et Austrasie , ou mieux Occident et Orient. A la suite des révovolutions qui agitèrent la famille de Clovis et l'empire franc pendant le vne siècle, la noblesse Austrasienne et la maison d'Héristal qui la dirigeait prirent une importance considérable; un instant tenu en respect par la fermeté du maire neustrien Ëbroin, elles triomphèrent, après sa mort, à Testry, 687, et les conséquences de cette journée furent la prédominence des hommes du Rhin sur les franco-
GÉOGRAPHIE MODERNE. — N° 25. Gaule Mérovingienne.
romains de Neustrie. Mais les occidentaux qui résistèrent à ce mouvement qui fut à la fois une conquête et une invasion, se réfugièrent en Aquitaine et vinrent fortifier l'autorité des ducs que ce pays s'était donnés. En 714, la domination Austrasienne de Pépin d'Héristal, qui se contenta d'ailleurs du
titre modeste de maire du palais des pâles descendants de Dagobert, comprenait la Neustrie, l'Austrasie et la Bourgogne. Eudes possédait l'Aquitaine et s'apprêtait à lutter contre les Arabes déjà maîtres de toute l'Espagne. C'est ce partage politique de 714 que représente notre carte n° 4.
L'EUROPE A L'AVENEMENT DE JUSTINIEN ET LIMITES DE L'EMPIRE DE CE PRINCE A SA MORT, 565.
Source: Gibbon, Hist. du Bas-Empire.
Dans cette carte politique, comme le titre l'indique, deux époques sont marquées : 1° celle de l'avénement de Justinien, 527, et 2° celle de sa mort, 565.
§ I. l'Europe a l'avènement de Justinien. 527. — La Bretagne (Angleterre) était partagée entre les Scots et les Picts, au N. .(Ecosse) : les Llogris et Kymris ou Bretons, Celtes et Germains, au centre et au S. 0., et les quatre nouveaux Etats fondés dans le S. E. par les conquérants Saxons : Kent, Essex, Wessex, Sussex; enfin YHibernie (Irlande) était toujours aux premiers occupants.
L'empire franc était ce que nous l'avons vu dans le tableau précédent à la mort de Clo taire II ou à l'avènement de Dagobert I, 528.
La domination des Goths s'étendait sur toute l'Espagne, la Septimanie, la Provence, l'Italie, la Sicile et l'Illyrie. Elle se partageait en deux États distincts : les Visigoths, établis dans l'Empire dès 418 et qui n'avaient cessé de s'étendre dans la péninsule Ibérique et en Gaule jusqu'en 507, époque où Clo vis l'avait refoulée au delà des Pyrénées et des Cévennes; les Suèves qui avaient formé un Etat indépendant en Galice, au N. 0. de l'Espagne. Ils ne cessèrent d'exister politiquement qu'en 585, lorsque Léovigilde, roi des Visigoths, dépouilla le dernier roi, Andica, d'un héritage usurpé. Les Vandales, venus en Espagne avec les Suèves, en 409, avaient séjourné quelque temps dans le sud, en Vandalousie, pays qui a conservé leur nom, mais ils avaient été appelés en Afrique, en 429, par Boniface ; de sorte que les Visigoths régnaient sans partage dans le S., le centre, l'E., PO. et le N. E. de la Péninsule. Les Suèves seuls leur disputaient péniblement le pays situé au N. 0., sur la rive droite du Duero. Les Visigoths possédaient en outre la Septimanie , en Gaule. — Les Ostrogoths, qui occupaient- déjà l'Illyrie, avaient envahi l'Italie avec Théodoric en 489, et la victoire de Vérone sur les Hérules d'Odoacre leur assura la possession de la Péninsule et de la Sicile, 593. Celle d'Arles, par Ibbas., général de Théodoric, sur Clovis, 508, leur mamtint la possession de la Provence . C'est contre Vitigès, le pâle successeur de Théodoric, que les armées grecques de Justinien eurent à lutter.
Les Vandales, appelés en Afrique en 429, firent la conquête des Maurétanies, de la Numidie, de l'Afrique proprement dite, l'ancienne province romaine, et des îles sauf la Sicile. Ils y ajoutèrent même la Tripolitane.
C'est contre Gélimer, dernier roi de cette race si promptement affaiblie par la conquête et le climat, que les armées grecques de Bélisaire auront à combattre.
Les Lombards et les Gépides erraient encore sur les bords du Danube ; les Saxons, les Frisons et les Angles étaient libres, au N. de l'Empire franc, avec lequel ils commençaient déjà à entrer en lutte.
Justin leThrace laissait, en mourant, en 527, à son neveu Justinien, l'Empire grec contenu à peu près dans les mêmes limites qu'au temps d'Arcadius (Voy. i'Empire romain au temps de Théodose, carte et tabl. n° 24).
§ II. l'Empire de Justinien a sa mort, 565. — La guerre de Perse, qui avait été très-active à deux reprises différentes (528-532, et 540-562), avait amené la fixation des limites telles que nous les avons indiquées sur notre carte. — La victoire de Bélisaire à Tricamaron, 534, avait entraîné la destruction de l'empire des Vandales et la soumission des anciennes provinces romaines qui le composaient à un patrice administrant le pays au nom de l'empereur de Constantinople. — La guerre Gothique, dans laquelle Bélisaire et Narsès se signalèrent et qui se prolongea de 534 à 552, amena, après la victoire de ce dernier, à Lentagio, en 552, la soumission de toute l'Italie, de l'Illyrie et des îles, et la fondation de l'Exarchat de Ravenne, en 554. — Enfin, le roi des Visigoths d'Espagne, Atlianagilde, ayant imploré le secours de Justinien contre son compétiteur Agila, le patrice d'Afrique, Libérius, prit possession de Valence, de Cordoue et de la Bétique orientale que l'empire Grec conserva jusqu'en 624.
Ainsi Justinien, si l'on se contente de constater sur la carte les succès matériels qui amenèrent l'étendue inusitée de ses Etats, et que l'on envisage l'ensemble des reprises qu'il exerça, comme héritier des Césars, sur les peuples barbares établis en Occident , peut être considéré comme l'auteur d'une restauration éphémère de l'empire romain.