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valeur (1), mais il lui interdit l’accès dans un domaine qui doit lui rester étranger (2). | ,
Dans le développement récent de la Physique, un rôle des plus importants est joué par l'analyse critique des notions anciennes et par la construction de notions fondamentales nouvelles. I,es idées qui paraïissaient les mieux fondées ont été débarrassées d’une grande partie de l’a prior: qu'elles contenaient.
Les recherches de notre génération l'ont révélé : les concepts d'espace et de temps, d’une part, de substance et de causalité, d'autre part, ne s'appliquent pas, sans restrictions, respectivement aux macro- et micro-univers. Immense est l'étape ainsi franchie par la Physique moderne : elle a détruit le réseau de concepts dans lequel la philosophie kantienne voulait enfermer l’investigation de la Nature. Suivant ce système, de ce que nos instruments sont euclidiens, il serait contradictoire de s’en servir pour trancher la question de l’euclidité de l’espace. Cet apriorisme, qui a joué un grand rôle en Philosophie, est encore soutenu par la majorité des épistémologistes, bien qu’il soit réfuté par la Physique. Certes, nos observations ne portent jamais, en réalité, que sur des objets à notre échelle, que nous sondions les profondeurs du Cosmos (télescope) ou le monde atomique (thermo- et manomètres) ; mais on ne doit pas récuser de tels témoignages. Vu l'échelle de nos instruments d'astronomie, on peut, sans erreur appréciable, les supposer euclidiens ; et cela ne nous interdit pas de les utiliser pour conclure à la non-euclidité de l’espace. De même pour le micro-univers et le principe causal. Les anciennes catégories de Kant sont devenues caduques, définitivement.
C’est la méthode d'extension continue qui a fait attribuer aux macro- et microcosme des structures toutes différentes — correspondant à la Relativité et aux Quanta—, mais structures qui viennent à coïncider avec celle des dimensions moyennes, adoptée jusqu'à présent. Ia construction de la
(1) Eddington (/. c.) se plaît à insister sur cette valeur.
(2) Pour la même raison, la Physique s’est laïcisée complètement. La Physique ionienne correspondait déjà à un stade de laïcisation par rapport à la Physique égyptienne. Newton ne parle plus de «démons » : il parle de «gravitation ».
géométrie non-euclidienne, par Riemann, en postulant l’euclidité dans l’infiniment petit (v. n° 2), et le principe de correspondance de Bohr (n° 16) : voilà deux applications de cette méthode. Par elle, la Physique a acquis une grande puissance de généralisation, qu’elle met à profit dans les nouvelles théories.
C’est un immense service qu'a rendu la Physique moderne en élargissant, par l'étude de la Nature, les cadres traditionnels de la Pensée. Et Reichenbach termine en disant que celui qui l’a compris aura tiré profit de cette étude.
On peut dire que cet auteur a réussi admirablement à mettre en évidence, dans son ouvrage, le mode de penser de la Physique d’à-présent. If a, en même temps, le grand mérite d’être parvenu à donner l'essentiel d’un domaine gigantesque, en un excellent exposé élémentaire, s'adressant à un public très large. La seule partie, peut-être, où certains lecteurs auront pu avoir difficile de saisir la pensée, c’est dans la Relativité ; mais cela tient au sujet et l’on ne saurait en faire grief à l’auteur. Enfin, Reichenbach aura largement contribué à provoquer la réflexion philosophique et à répandre l'amour de la Science, ce qui est un grand bienfait.
Et nous terminerons par une belle pensée de l’illustre Ch. Richet : «La Science donne plus que la joie suprême intellectuelle de connaître. Elle apporte l’imprévu, l’inattendu ; la révélation de quelques-uns de ces phénomènes merveilleux qui frémissent autour de nous, et que nous ne savons pas voir. Notre débile intelligence ne peut pas pénétrer les vérités incluses dans les choses. Elle est incapable d'imaginer même un fragment de ce que la Science va lui dévoiler un jour ».
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