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Ces barbares forment un assez grand nombre de tri-
4 Litt. : Tous les (barbares) Man (des régions) au-delà de Song. Il semble tout d'abord qu'une telle dénomination soit bien vague pour désigner une classe particulière de barbares et, d'autre part, quand il s'agit de reconnaître les régions habitées par ces barbares, on est étonné de la grande étendue de territoire qu'ils auraient occupée. Song, autrement Songtcheou, aujourd'hui Song-pan, limite septentrionale que leur assigne leur nom même, est à l'extrémité nord-ouest du Sse-tchouen, par 32 degrés de latitude, tandis que de nombreuses indications
données dans la notice qui va suivre nous conduisent, vers le sud, au centre du Yunñnan et jusqu'aux frontières occidentales du Æouei-tcheou. Si l'on consulte le Tosse-fang-yu, ouvrage qui parle assez longuement de ces peuplades, on y trouve la mention précise qu'ils habitèrent le sud-ouest du E Ei Kien-tchang, c'est-à-dire, d'après une carte géographique du même ouvrage, le sud-ouest du département actuel du Ning-youen, aux confins du Sse-tchouen et du Yunnar, entre le Ta-tou-ho et le Xin-chakiang; mais le To-sse-fang:yu dit aussi,
bus?, dont les plus fortes se composent de cinq à six cents familles et
les plus petites de deux ou trois cents. On compte chez eux plus de
cent noms de famille, parmi lesquels ceux de Tchao, Yang!, Li’
et Tong représentent une noblesse héréditaire. Toutes ces tribus
dans un autre endroit, qu'ils touchaient aux A'iang; ce qui nous conduit beaucoup plus au nord et peut nous ramener au pays au-delà de Song, dans le sens des territoires frontières de la Chine placés au sud de Song-pan, sur les bords du He-choui. Depuis l'antiquité, un grand nombre de peuplades se sont disputées le sol du Sse-tchouen et du Yun-nan, passant alternativement d'une région dans une autre, et les Chinois, au lieu de les distinguer par des noms caractéristiques invariables qui nous permettent de les suivre, les ont désignées, de siècle en siècle, par des dénominations changeantes, tirées de leurs résidences momentanées ou de certains événements particuliers. C'est ainsi que les Tsouan, dont la notice précède celle-ci, sont appelés Tsouan du nom d'un officier chinois qui devint leur chef, sans qu'on nous fasse connaître quel nom ils portaient auparavant; c'est ainsi qu'on revient sans cesse dans les mêmes pro-
vinces pour y étudier des races différentes,
c'est ainsi qu'il faut souder souvent plusieurs notices l’une à l’autre pour avoir l'histoire suivie d'une même race ou d'une même nationalité. Ce travail de reconstruction historique exigerait un cadre tout différent de celui de l'ouvrage que nous publions. Aussi dois-je me borner à faire, en passant, ces quelques remarques sur la nature des documents fournis par les sources chinoises originales.
3 L'édition de 1524 du Ouen-hientong-kao porte EI + Soui tsien, quelques milliers (de tribus), chiffre évidemment fort exagéré; l'édition publiée sous le règne de Zien-long dit: #4 + Soui chi, quelques dizaines. Entre ces deux extrêmes, j'ai cru devoir traduire simplement un assez grand nombre de tribus.
dz;
Ex
vivent indépendantes les unes des autres dans leurs montagnes et dans leurs vallées, sans chercher à réunir leurs forces sous le commandement d'un chef souverain. Elles bâtissent des villes entourées de murailles, où l’on rencontre des lettrés très-versés dans la doctrine du Yn et du Yang” et sachant très-bien dresser un calendrier. |
A partir du Ye-lang® et du lac de Tien°, dans la direction de l'occident, tous les indigènes se disent les descendants de Tchouangkiao!°. Ils élèvent des vers à soie; ils cultivent du blé. du millet, du chanvre, de l’ail et divers légumes. Ils ont des pêchers et des pruniers. Ils commencent l’année avec notre douzième lune‘. Ils fabriquent des étoffes de la largeur de sept tsunf?. Sous leur climat, les vers à soie naissent à la première lune de l’année chinoise et dès la lune suivante ont déjà formé leur cocon. Les hommes portent un vêtement court, fait de feutre ou de cuir cru. Les femmes s'habillent de soie grossière; elles roulent en spirale, sur le sommet de la tête, leurs cheveux qui semblent ainsi former une sorte de bonnet. Ces barbares mettent dans une écuelle de
7 Les deux principes qui, dans le système de la philosophie chinoise, ont produit tout ce qui compose l'univers, étant mis en action par un principe supéricur. (Voir les Mémoires concernant les Chinois, tome II.)
8 Ci-dessus, page 122.
JA 1 Tien-tchi, voir ci-dessus,
page 147:
10 Voir ci-dessus, p. 147 et suivantes.
1 L'année chinoise commence au mois de février. Le douzième mois de l'année chinoise, dont ces barbares faisaient le premier mois de leur année, était précisément notre mois de janvier.
12 Le tsun égale environ trois centi-
mètres.
bambou le riz destiné à leurs repas et le mangent avidement avec les doigts. Pour boire, ils se servent de tasses à figure d'oiseau, comme les vases kr-y !?. Ils marchent nus-pieds, voyagent en bateau et ne font jamais usage de voiture. Quand ils perdent un de leurs parents, ils creusent une petite fosse, à gauche de l'entrée de leurs demeures, et construisent une maisonnette pour abriter cette sépulture provisoire qui doit durer trois ans. Après ce temps écoulé, on enterre les restes du mort avec cérémonie et l'on élève un tumulus orné de coquillages. Le deuil du père et de la mère dure quatre à cinq années, durant lesquelles les enfants du défunt ne portent que des vêtements de toile et s'abstiennent de prendre des bains. L’abstinence de bains est de deux à trois ans pour le deuil d'un frère ou d’un oncle. Si le père où la mère sont morts assassinés, le fils noue ses cheveux avec une corde de chanvre, se noircit le visage et laisse pendre ses vêtements sans les attacher. Le temps du deuil n'empêche pas la célébration des mariages et l'identité du nom de famille n'est pas un obstacle à leur accomplissement!!. Le futur époux ne va pas au devant de sa fiancée !$. L'apport et la dot des nouveaux mariés sont fournis également par chacune des deux familles; les familles opulentes offrent de l'or, de l'argent,
" RE #2 v - XA ase au coq. Les vases ainsi appelés parce qu'ils portent la figure d'un coq gravée sur l'un de leurs côtés sont des vases à large ouverture, qui servent pour les libations dans les cérémonies sacrées. Ils sont mentionnés au livre
xix du Tcheou-li, et représentés dans le
San-tsai-tou-hoeï, Dai FHj k. 2, fol. 10.
14 Les mariages sont interdits à la Chine entre personnes du même nom, et les enfants ne peuvent se marier pendant qu’ils portent le deuil de leurs parents.
15 Ce qui est encore contraire aux
usages chinois.
des bœufs, des moutons et du vin. Les actes de brigandage sont punis de mort. Le coupable est jugé par la tribu entière, réunie autour d’un long pieu fiché en terre et rassemblée au son du tambour. Le condamné se rachète de la mort, quand il est riche; mais sa maison est brûlée et ses biens sont confisqués. Le voleur doit rendre neuf fois la valeur de ce qu'il a volé. L’adultère qui peut donner de l'or ou de l'argent se libère de tout châtiment en faisant la paix avec le mari offensé, qui abandonne sa femme. Les jeunes filles et les veuves sont libres de prendre un amant. Un meurtre est vengé par la famille de celui qui en a été la victime; si le mort ne laisse point de parents capables de remplir ce devoir, les hommes de sa tribu ne manquent pas d’en tenir lieu. Ils immolent des bœufs et des chevaux dans leurs sacrifices et font ensuite un grand festin où les parents et les alliés se réunissent, quelquefois au nombre de plusieurs centaines, pour manger de la viande de bœuf, boire du vin et se divertir.
A l’époque de la dynastie des Tang, dans les années tchingkouan (627-649), le gouverneur général du Soui-tcheou, nommé Lieou-pe-yng, fit un rapport à l'Empereur dans lequel, exposant que tous les barbares Song-ouai!f étaient en pleine révolte, il demandait qu'il lui fut permis de les châtier et de les soumettre, afin que la route du 7ien-tcho! par le pays de Si-eul-ho 8 ne demeuràt pas fermée. Or, ce que demandait Lieou-pe-yng, Leang-kien-fang
16 17 , sk i | La | FA ÿ | =" St) fleuve Si-eul-ho, déjà mentionné plu- ? L'Inde. sieurs fois, coule à l’est de la ville de
!8 C'est-à-dire par le Yun-nan, où le Ta-li.
l'accomplit quelques années plus tard, à la tête d'une armée nombreuse formée par la concenträtion de toutes les troupes du pays de Chou. Il livra bataille au chef nommé Chouang-che'?, le poursuivit après une victoire complète et lui tua ou prit plus de dix mille hommes. Tous les barbares terrifiés rentrèrent précipitamment dans leurs montagnes et dans leurs antres. Leang-kien-fang reçut la soumission de plus soixante-dix tribus, représentant plus de cent neuf mille familles. Il conféra au chef Mong-ho®, en l’investissant du titre et des fonctions de gouverneur chinois, le soin de maintenir les indigènes dans l’obéissance.
Les Si-eul-ho-man, ou Man du Si-eul-ho, également appelés Ho-man (Man du fleuve)?!, sont séparés du Lang-tcheou*? par une distance de trois mille /i. Leang-kien-fang prit la route du Soui-tcheou pour conduire son armée victorieuse dans ces contrées lointaines. Sur la nouvelle qui se répandit de son approche, lorsqu'il eut fait déjà la moitié du chemin, le chef des Man du Si-eul-ho, nommé Yang-ching*, fut saisi de terreur et voulut fuir avec les siens vers des régions inaccessibles. Il fut rassuré par un émissaire chinois, qui lui conseilla de se soumettre sans combat et d'éviter ainsi le désastre qui l’attendait en cas de résistance. Alors, Yang-
" i; È 22 Voir la note 40 de la notice précén KR #1 dente. Ce passage paraît indiquer que " Ì t) Re Ce passage confirme Leang-kien-fang était un tou-to de Langexpressément la synonymie que j'avais ({cheou. soupçonnée, cn traduisant la notice du 5 15 Lena
Nan-tchao. (Ci-dessus, p. 195, note 67.
ching envoya dix de ses principaux officiers au-devant de l’armée impériale pour traiter de sa soumission. Leang-kien-fang en régla les conditions et, jugeant sa campagne terminée, reprit la route du nord.
La vingt-deuxième année fching-kouan (649), le grand chef des Si-eul-ho, nommé Yang-lien® et le chef des Song-ouaï*, nommé Mong-yu?®*, vinrent à la Cour rendre la visite d'hommage et reçurent la confirmation destitres de gouverneurs dont ils étaient investis.
La première année hïen-king (656), le grand chef des Si-eul-ho, nommé Yang-tong®, accompagné du grand chef des Hien-homan’, nommé Ouang-lo-k1*, et aussi d'un autre grand chef nommé Quang-kia-tchong® qui commandait aux populations des quatre tcheou de Lang, Kouen®, Li* et Pan, renouvelèrent leurs serments de fidélité à l’Empire et vinrent offrir en tribut divers produits de leur pays.
Un peu après cette époque, les barbares qui occupaient le
à F3 Gt dì 7 Une partie du territoire actuel di PA ÿ l IS] {n de Yun-nan-fou (Yun-nan).
Ù Ed 7, » LA Territoire actuel de Fou-min 7 F3 FR (Yun-nan).
n N; 7 Fe Ò me Ancienne circonscription dans » + HE Ti le nord-est du Yun-nan et le sud-ouest du " È im #8] Koueï-tcheou, comprenant une portion
si E .. Mo Hp Une partie du territoire actuel des territoires actuels du Y-tso et de Pou-
de Aio-tsing-fou (Yun-nan). ngan.
sud-ouest du Meou-tcheou* fortifièrent la ville de Ngan-jong *, pour se mettre à l'abri des incursions des Tou-fan; mais les Kiang
insoumis servant de guides et d’auxiliaires aux Tou-fan, ceux-ci
assiégèrent Ngan-jong, s’en emparèrent et y mirent une forte garnison. Les Si-eul-ho passèrent, à leur tour, sous la domination des
Tou-fan.
Au milieu des années kaï-youen (713-741),le chef des Si-eul-ho
reparut à la Cour comme vassal de l'Empire et reçut un nouveau
titre chinois, mais bientôt Mong-kouei-y®, roi des Nan-tchao,
ayant pris la ville de Ta-ho£, il fut contraint d'émigrer au nord
et de s'établir dans le Lang-kiong-tchao**. Enfin, ce dernier terri-