‹ Atsume gusaChapitre 79 sur 111 · NIU-KOUE · texte numérisé non relu

NIU-KOUE

Les femmes de ce royaume ont des traits fort réguliers et le

visage très-blanc, mais le corps vélu et de longs cheveux qui tom-

bent jusqu à terre. A la seconde ou à la troisième lune, elles entrent

dans l’eau, et alors elles deviennent enceintes. Elles enfantent à la

sixième ou à la septième lune. Ces femmes n'ont point de mamelles

à la poitrine; elles ont seulement, derrière le cou, des poils de cou-

leur blanche qui renferment du lait?. Cent jours après leur nais-

sance, les enfants commencent à marche»; à l’âge de trois ou quatre

ans, ils ont pris toute leur croissance. Les femmes s’enfuient rapi-

dement à la vue d’un étranger. Elles ont beaucoup de respect pour

femme vivait retirée dans les appartements intérieurs sans remplir aucun rôle actif, donnèrent facilement l'appellation

de royaume de femmes à des pays dont

les mœurs contrastaient, sous ce rapport, .

avec celles de l'Empire du Milieu. Celui qui a été mentionné plus haut était situé à l'ouest de la Chine. Le Long-oueï-pichou en compte jusqu’à dix et, dans la notice que nous traduisons ici, le Ouenhien-tong-kao en cite deux qu'on ne saurait confondre. Enfin, sous la dénomination de La A [Es Niu-jin-koue, petite variante insignifiante, l’encyclopédie San-tsai-tou-hoeï, publiée sous les Ming, parle aussi d'une île des mers du Sud, où

les femmes se montraient en force et

firent prisonniers presque tous les marins d'un vaisseau chinois, que le vent et la tempête avaient porté sur ce rivage lointain.

2 Deguignes fait les réflexions suivantes, à l’occasion de ce passage de la notice sur le Royaume des femmes, qu’il mentionne à la suite de son mémoire relatif au Fousang : « Cette relation est remplie de fables semblables à celles que nos premiers voyageurs ont débitées sur les pays nouvellement découverts. Il est aisé d’apercevoir dans ce récit que les femmes de ce pays alaitaient leurs enfants par dessus les épaules, comme en plusieurs endroits des Indes, ce qui a donné naissance à la fable que

l'on rapporte. »

leurs maris. On mange dans ce pays une herbe parfumée, dont les feuilles ressemblent à la plante sie-hao* et dont le goût est salés. Sous le règne de l’empereur Ou-ti, de la dynastie des Leang, la sixième des années fien-kien (507), des marins chinois de Tsinngan* qui naviguaient sur mer furent entraînés au loin par des vents furieux. Ils abordèrent dans une île, dont les femmes ressemblaient à celles de la Chine, mais dont les hommes avaient des têtes de chiens et aboyaient comme des chiensf. Ces insulaires se nourrissaient de petits dolics”, étaient habillés d’une sorte de toile et construisaient des maisons de forme ronde, en terre battue, avec une seule ouverture pour y pénétrer. Il fut impossible d'entendre

leur langage.

3 Sorte d’absinthe.

4Le Dr Bretschneider fait remarquer que si les distances indiquées par Hoeichin et Li-yen sont exactes, le pays dont on parle ici pourrait être sur les bords du Lac salé. (V. l'ouvrage de M. Leland, p. 173 et 182.)

3 Aujourd'hui Fou-tcheou-fou (Fo-kien).

6 Deguignes dit, à ce sujet : « Le chevalier de Tonti, dans sa relation de la Louisiane, rapporte que les Taënças, en parlant à leur Roi, ont coutume de faire de grands hurlements, comme pour lui

rendre plus de respect et témoigner leur

admiration. Une pratique semblable, chez les peuples de l’île dont il s'agit, a pu faire dire aux Chinois qu'ils avaient la voix semblable à celle des chiens. »

1 JP Hd. Cette expression est trèsdifficile à rendre en français par un véritable équivalent, parce que les classifications botaniques des Chinois sont fort

différentes des nétres. Les Chinois don-

nent particulièrement le nom de 7)

teou à tous les légumes en grains enveloppés d’une cosse. Deguignes, tout en traduisant petites fèves, suppose qu'il

s'agissait peut-être de maïs.

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