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MERE

Mère, je n'ai su voir la beauté de ta vie, qu'au jour où par l'amour à tout jamais proscrit, vers toi réfugié sans bornes, j'ai compris que tu serais ma seule, ma plus tendre amie.

Patience inlassable, inlassable douceur ; calme silence auprès de mes cris, de mes plaintes ; exemple de tes mains par la prière jointes ; renoncement, rythme stoïque de ton cœur î

Mère, tu savais bien que nulle femme au monde, jamais n'exaucerait mon rêve impatient ; tu désarmais parfois ma peine et, lentement, mère, tu m'as guéri de ma peine profonde ;

guéri d'aimer, guéri d'attendre, chaque soir, sauvé de tout cela qui n'était que mirage, mère, mon seul amour désormais, sans partage, et dans l'ombre où je vais, mère, mon seul espoir 1

Mère, nos corps, jadis liés et confondus, s^éloignent désormais l'un de l'autre, et la vie déjà te semble, hélas I un pays défendu, que peuplent la douleur et la mélancolie.

Je songe encor à l'horizon mystérieux : toi tu médites, grave et souvent prosternée ; et ce n'est plus, comme autrefois, le même dieu qui préside aux tourments de nos deux destinées.

Mais un même souci nous rapproche pourtant ; près de toi je reviens, plus sombre d'heure en heure. Je ne puis pas ne pas voir l'ombre qui descend ; je ne puis rien contre elle, et c'est pourquoi mon cœur.

mère, mon cœur blessé pour toi d'un tendre amour, d'un amour inquiet de chaque heure qui sonne, trop près de toi, peut-être, et trop loin, tour à tour, mon cœur n'a pour t'aimer que des larmes... Pardonne I

Mais, soudain, que de force en moi, si je comprends combien ta vie est souvent lasse, et combien morne ce chemin dont plus rien ne déguise les bornes, et dont le terme est proche à tes yeux clairvoyants.

Oui, que de force infatigable, que de zèle à mieux te prodiguer les soins de mon amour, mère, quand je recense, envolés sans retour, tant de jours où mon cœur secret fut infidèle î

Et le temps passe... Ah I que le temps me soit donné,

pour abolir ce mal que je te fis naguère,

de te vouer, sans plus d'effroi ni de colère,

en tous ses battements mon cœur trop spontané I

Car du plus loin, du plus voilé qu'il me souvienne, tu fus mon seul refuge et mon plus tendre appui... Prends courage à ton tour : Je marie aujourd'hui ma force, désormais consciente, à la tienne I

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