LA CIME
C'est encor un départ nocturne sous la pluie ;
c'est encor un départ...
Et, de nouveau, c'est le regret, la folle envie,
et c'est le désespoir.
De nouveau c'est la crainte ou l'angoisse profonde
au seuil de l'avenir.
Et c'est, parmi le vent lointain qui vagabonde,
le cruel souvenir.
C'est, une fois encor, tout ce qu'on aime croire,
tout ce qu'on a souffert, tout cela qui est plus ancien que la mémoire,
et tout ce qu'on espère.
Il semble, au gré du vent, de l'ombre, de la course,
que la vie et la mort en ce cœur anxieux remontent vers leur source,
pour un suprême effort...
Mais, cette fois, je sais que ni l'âpre aventure,
ni le plaisir léger, ne sauront éblouir mon âme encore obscure
et mon cœur passager.
Je sais qu'il est ailleurs qu'en moi des clartés saintes
et des pays divins ; qu'un jour je franchirai, triste, fragile enceinte,
mon cœur où tout est vain.
Je sais qu'il est des lieux éternels où ma vie
n'a pas encor vécu.
Pourquoi, dès lors, craindrais-je et l'inquiète envie
et le remords aigu ?
Je sais qu'il faut du sang pour devenir sublime,
et des retours navrés...
Mais je sais que mon âme a deviné la cime,
et que j'y parviendrai.