LA POURSUITE
De tout son cœur, fervent comme un soleil d'automne de tout son corps, brûlé d'amour inassouvi, dès l'aube, et dès longtemps, la nymphe a poursuivi l'adolescent qui toujours passe et l'abandonne.
Narcisse, clair chasseur épris de songes vains, comment ne perçois-tu la plainte, la prière ? Et pourquoi ne jamais regarder en arrière, vers l'amour obstiné qui s'offre à ton destin ?
Sais-tu que, sans repos, la nymphe qui t'implore t'escorte d'inquiets, d'innombrables soupirs; qu'elle veut, à la fois, te rejoindre et te fuir, et qu'elle désespère en s'acharnant encore ?
Ah ! détresse du cœur î Et que le jour est lent, dont les heures s'en vont, mornes, ternes et nues î Echo passe, le sein tremblant, les mains tendues ; et c'est la fin de tout bonheur... Ce soir, pourtant,
ce soir, Echo pâlie et bientôt défaillante, vient supplier encor l'éphèbe dédaigneux. Mais lui, pensif, tout à son rêve insidieux, se contemple au miroir d'une source dormante...
Echo pleure à longs cris de rage, de regret ; les dieux lui font la grâce enfin de ne plus être... Mais, dans la paix sylvestre et le calme champêtre, sa voix résonne encore et sanglote à jamais.