LA RENCONTRE
à Walter de May.
Sur la plage où le flot marin s'élance, glisse, avec de lents soupirs et des cris sanglotants, la nuit règne, du fond des siècles et des temps : C^est l'heure, c'est l'instant mauvais des maléfices.
Le silence lunaire évoque, à l'infini, la crainte, la stupeur et la terreur des âmes, et confond, en un seul appel qui râle et brame, le pleur universel des fous et des bannis.
Maleine aux yeux profonds qui passait sur la grève, ne sachant où courir ni vers quel horizon porter son cœur et dire en paix son oraison, Maleine a rencontré Celle qu'on voit en rêve.
Elle a surgi de l'ombre trouble ; Elle a dressé son geste impérieux qui fauche, qui délivre ; et, désormais, les jours et les nuits vont se suivre sur la plage nocturne où Maleine a passé.
Le flot recouvrira son corps et la tourmente
parmi Técume, vers l'oubli, l'emportera,
tandis qu'au fond des nuits, d'autres, tendant les bras,
réclameront, peut-être en vain, la mort clémente.
Mais sans doute qu'un soir, morne, le front courbé, l'étranger las qu'un dur et long remords accable, invoquera Maleine en cherchant sur le sable, la place où son destin terrestre a succombé.