TU VIENS, MON AME
Tu viens, mon âme, des pays du sortilège et du mirage, et tes yeux, encor éblouis, n'ont pas reconnu mon visage.
Qui donc, mon âme, t'a prêté ces joyaux, ces habits de fête, ces voiles d'azur, ces clartés sur ta poitrine et sur ta tête ?
O mon âme, qui t'en reviens du sortilège, du mensonge, incline-toi vers mon destin qu'un mal sans trêve brûle et ronge.
Renonce à tes couronnes d'or.
Vois ma vie : elle est simple, nue, et persévère avec effort, selon des routes inconnues.
Je te donnerai, si tu veux, la sincérité de ma peine, et mon amour mystérieux de toute la souffrance humaine.
Je te donnerai mon ardeur vers la croyance enfin conquise, et la beauté de ma douleur, que rien ne farde ou ne déguise.
Voudras-tu demeurer, dès lors, aux côtés de ma destinée, toi qui sous tes couronnes d'or, me considères étonnée ;
Voudras-tu m'assister pourtant, dans le deuil et dans la prière, vagabonde aux cheveux flottants, passante aux gestes de lumière?
Sauras-tu partager enfin le pain dur de mon esclavage, ô divine, qui te souviens du sortilège et du mirage ?