C'EST UN RÊVE ANCIEN
C'est un rêve ancien de trouble et d'épouvante. Dans un jardin nocturne, sombre et suranné, depuis longtemps, je rôde, j'erre, environné de spectres inquiets que ma terreur invente.
Sur de larges bassins d'eau noire que des ifs bordent sinistrement de leurs formes rigides, sur de vastes étangs voilés d'ombre perfide, sanglotent des jets d'eau soudains et convulsifs.
La nuit plane, anxieuse, immobile, sans astres, et morne d'un passé tragique dont j'ai peur ; et parfois un éclair présage à ma stupeur d'inéluctables deuils et d'imminents désastres.
Et pourtant, frémissant d'espoir, tendant les bras vers des mirages vains qui tour à tour m'effleurent, sans me lasser, je cherche, attendant, d'heure en heure, quelque chose, quelqu'un qui jamais ne viendra.
Puis l'angoisse alourdit ma poursuite obstinée ; le vent se lève avec de longs chuchotements, tandis qu'un vieux remords m'enlace éperdûment, et crispe sur mon cœur ses mains désordonnées.
Mais soudain, solennel, implacable, infernal, un glas funèbre roule à travers le silence... Et le jardin s'emplit d'une foule en démence qui s'aflfole à grands cris vers l'horizon fatal !