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UN ANGE ME DIT

Un ange me dit : « Tu détestes de te savoir borné, contraint, lié par les décrets d'airain de l'espace et du temps funestes ?

Ne te plains pas. Des jours te restent où tu pourrais goûter, sans frein, les fruits de l'orgueil souverain, les jeux du plaisir immodeste.

Il suffît de vouloir, crois-moi.

Quand tu voudras tu seras roi.

Mais, avant de partir, écoute :

Ces cris, là-bas? Ce sont les cris des faibles qu'écrasent en route ceux qui vont où je te conduis I »

Il me dit aussi : « Que ta vie, désormais ne connaisse plus le rêve veule où se complut ta jeunesse oisive et pâlie.

Que ton pas jamais ne dévie, car ceux-là seuls sont mes élus, qui marchent, d'un pas résolu, vers la gloire ou vers l'infamie.

Ne sers qu'un dieu : ta volonté.

Fais taire en toi la charité, la pitié stérile et la crainte.

Que toujours tes bras soient ouverts pour la conquête ou pour l'étreinte...

Et porte en toi tout l'univers ! »

Il me dit encor : « Marguerite file au rouet, file en chantant le doux refrain, couleur du temps, de sa romance favorite.

Sa main tremble, son cœur hésite...

C'est l'heure et c'est toi qu'elle attend. Aime-la 1 C'est tout le printemps qui te conseille et qui l'invite !

Goûte son trouble, son aveu, et joue avec ses clairs cheveux, mais sans rien donner de toi-même.

Et surtout, sache, en l'embrassant, qu'en l'aimant c'est toi que tu aimes... Et fuis, car tu es un passant I... »

Il me dit enfin : « Sois ton maître, et va, sans plus t'inquiéter, vers la force ou vers la beauté dont se rajeunira ton être.

Un désir en toi veut-il naître ?

Qu'il naisse en toute intégrité I Puis qu'il monte vers la clarté, pour tout voir et pour tout connaître!»

Et moi je m'élance en avant, contre l'ombre, malgré le vent, dominateur et fou d'audace ;

jusqu'à l'heure où, broyé d'effroi, soudain je me réveille en face du néant que je porte en moi.

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