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CAPTIF ENCOR

Captif encor du rêve immobile et du livre,

aux confins de moi-même et loin de moi pourtant,

je m'interroge encor en silence et j'attends

de me connaître mieux pour m'essayer à vivre.

Suis-je moi quand je tremble, inquiet de tout craindre, et qu'irrité de la faiblesse où je me vois, je ne sais si je vais me haïr ou me plaindre ? Quand j'appelle à grands cris le néant, suis-je moi?

O révolte d'attendre, et fatigue et colère ! Suis-je moi, quand l'orgueil, d'un geste éblouissant, contre ces mêmes dieux que je priais naguère, me soulève et me jette au risque de mon sang?...

Inférieur à tout, de jour en jour plus sombre, plus asservi, plus bafoué de jour en jour, je m'interroge encor en méprisant dans l'ombre, mon cœur irrésolu que déchire l'amour.

Ah I force à tout jamais trahie avant la cime I Retours exténués, gestes sans lendemain ! De quel passé maudit suis-je donc la victime, et qui dois-je implorer qui me libère enfin ?

Captif hélas du rêve et renonçant à vivre, et soudain redoutant qu'il soit enfin trop tard, je consigne, pleurant de rage sans espoir, l'aveu de ma détresse aux pages de ce livre.

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