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LE TRIOMPHE

Je suis l'amour... Je rêve au cœur des ignorantes dont les sens, endormis, demain vont tressaillir; timide encore, ému d'un inquiet désir, je trouble les regards alanguis par l'attente.

Je suis l'amour... Je brûle et je tremble à la fois dans la chair de l'éphèbe aux lascives pensées ; et je fais défaillir la vierge fiancée dont le corps a mûri pour mes jeux et mes lois.

Je suis l'amour I Je mets aux reins profonds du mâle mes antiques ardeurs et mes vouloirs ardents ; je fais gritfer les mains, mordre et grincer les dents, car j'ai, comme la mort, mes sueurs et mes râles.

Je gonfle les seins lourds de l'amante aux yeux clos, pour la minute urgente, aiguë et frénétique ; je suis tout l'infini du monde et, despotique, j'ai, comme la douleur, mes cris et mes sanglots.

J'arme les volontés pour l'œuvre, pour la lutte. Rien loin de moi n'est sûr, ni pur, ni fort, ni beau ; je fais naître la race et la mène au tombeau ; je suis maître des dieux suprêmes et des brutes.

Car la révolte est vaine et chacun, tour à tour, un jour doit m'adorer, me craindre ou me maudire ; je suis le but secret de tout ce qui respire... Voyez ! Tout se résume en moi... Je suis l'amour I

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