LE PASSAGE ODORANT
Le passage odorant des femmes printanières tout le jour m'a blessé d'un si cruel émoi, que ce soir, haletant, je sens revivre en moi le désir douloureux, sauvage et solitaire.
Le passage rythmé des femmes, tout le jour, a tant meurtri ma chair et mon âme exaltées, que je sens naître en moi des ardeurs irritées, et que mon cœur bondit sous un fardeau trop lourd !
Ah I j'ai vu, d'heure en heure, auréolés d'ombrelles, des visages sourire au dieu prestigieux, qui, ce soir, confondra tant d'esprits oublieux, mêlera tant de corps éperdus ou rebelles.
J'ai deviné la forme et le parfum des bras, convoité le mystère et l'odeur des poitrines; et sevré du plaisir qui rend la chair divine, j'ai blasphémé dans l'ombre et sangloté tout bas.
Car Tamour, dédaigneux de ma poursuite ardente, me refuse et sa bouche adorable et ses mains, se rit de mes transports ou m'évite en chemin, tandis que je pâlis de langueur et d'attente...
Vais-je, ce soir, comme jadis et hier encor,
passer, morne et jaloux, près des couples qui s'aiment,
leur jeter le défi, l'outrage, l'anathème,
et croire à mon triomphe en réclamant la mort ?
Non. Ce soir je prendrai la première venue de celles que dévêt la paresse ou la faim. Non ! ce soir je prendrai la première putain qui me semblera belle et prompte à être nue I
Et prostré sur ce corps anonyme et vendu,
les yeux clos, pour mieux voir, dans la jeune lumière,
le cortège rythmé des femmes printanières,
je pleurerai de rage et d'amour éperdu I