JE SONGE
Je songe au néant de ma chair; je songe à la mort de mon être.
Quand sera-ce? Demain, peut-être...
Sera-ce en automne, en hiver ?
Cadavre encor vivant, je rôde au milieu des gens et des choses.
Parfois je m'arrête, un instant, près d'un arbre, près d'une source, près d'une amie aux lèvres douces, près d'un ami qui me comprend.
Puis je vois qu'il me faut poursuivre, loin des conseils et loin des livres.
Car une âme agite mon corps,
âme d'éternité vivante,
qui s'irrite, s'impatiente,
et réclame à grands cris ma mort,
pour habiter une autre vie,
plus proche encor de sa patrie.
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Et donc je vais, de lieu en lieu, selon les jours et les années, chair inutile, condamnée, temple indigne, prison d'un dieu!
Et toujours mon âme en colère me réprimande et s'exaspère,
et me dit que je ne suis rien qu'un instrument, faible, fragile, cendre errante, inféconde argile ; et que le soir approche et vient, où vers le but qu'elle convoite, elle fuira ma tombe étroite !...
Hélas I mon âme, arrête-toi, pour m'enseigncr, dans ta révolte, le nom de ce dieu que je porte, et dont l'ardeur s'abrite en moi !
Je suis ton esclave sans armes; prends enfin pitié de mes larmes!
Et que j'aie, avant ton départ, après tant de soins, tant d'étude, une heure, au moins, de certitude, un instant d'extase ou d'espoir, et l'orgueil d'avoir mérité de servir ta divinité !