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O DIEU

O Dieu I si tu m'entends, si, par quelque prodige, ma pensée, échappant à mon corps faible et nu, peut rejoindre la tienne au sein de l'inconnu dont j'éprouve, à la fois, la peur et le vertige ;

si, quel que soit ton nom, tu nous entends, ô Dieu ! si, quel que soit ton ciel, ta gloire, tes emblèmes, tu perçois les soupirs, les sanglots, les blasphèmes, que l'univers t'adresse, à toute heure, en tout lieu ;

et si, selon la foi paisible de tes prêtres, selon le témoignage unanime, constant, des prophètes et des martyrs de tous les temps, tu connais l'existence et le destin des êtres ;

enfin si, dans la nuit de tes éternités, tu n'as pas établi de lois qui t'emprisonnent, accueille ma prière et l'exauce, et pardonne à mon orgueil en lutte avec ta majesté î

Donne-moi, dieu lointain, d'achever dans ma vie, une œuvre de beauté généreuse et d'amour. Prête-moi donc l'effort qui jamais ne dévie, et, pour longtemps, l'espoir, et la foi pour toujours I

Livre-moi le talent du rythme et des paroles où l'âme, doucement, tressaille, transparaît, pour que tout inconnu que ma plainte console, me sache fraternel à son tourment secret.

Donne-moi le regard qui devine, qui sonde, ofiPrant à la douleur un baume inattendu ; car c'est par la bonté qu'on sauvera le monde, et nul cri d'ici-bas ne doit être perdu.

Enfin, donne à ceux-là que j'aime, la sagesse, le plaisir chaque jour et le repos du cœur ; et souffre, présageant leur trépas sans faiblesse, que j'accepte le mien sans regret ni stupeur.

Et si, dieu qu'on redoute et qu'implorent nos fautes, ma prière est impie ou stérile ou sans foi, daigne me révéler, pour m'en apprendre une autre, les mots mystérieux qui montent jusqu'à toi !

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