LE CARREFOUR
La chair ! Comme, ce soir, elle souffre, la chair !
Chair des chevaux meurtris, chair des humains qui peinent !
La chair ! Comme elle souffre au carrefour de fer,
confus d'appels, strident de charrois et de chaînes !
La chair ! Comme elle tremble et s'acharne à la fois, pour un sommeil trop court, pour un pain de famine ! La chair I Comme elle implore I O Dieu ! je sens en moi l'effort désespéré des reins et des poitrines !
Hélas î Poète oisif conduit au carrefour par un secret besoin de vertige et d'ivresse, je rougis de goûter, au soir de chaque jour, ce repos nonchalant, cette ardente paresse !
Mes mains qui jamais n'ont saigné quand vient le soir, se joignent vers la nuit qui s'incline, si brève : Puissé-je au moins donner, parfois, sans le savoir, la consolation des rvthmes et des rêves !