PETITE, QUAND TON FILS
Petite, quand ton fils aura l'âge de lire, et que le temps d'aimer pour lui sera venu, si, par un soir trop lourd, il ouvre, en son délire, ce livre où bat mon cœur, si longtemps contenu,
qu'il sache que l'amour ne conduit à nos âmes que trouble et que regrets, déceptions, remords, et loin de nous livrer son prestige ou ses armes, qu'il décourage en nous la candeur et l'effort.
Qu'il sache que l'espoir, ami de nos pensées, ne dure que l'instant d'un geste, d'un soupir ; que nos rêves parfont son œuvre commencée, et qu'il n'est de repos que dans le souvenir.
Mais qu'il devine aussi, dans l'ombre de ces pages, la suprême beauté des anges de douleur, lorsque, respectueux du signe ou du présage, mon amour se détourne auprès de ton bonheur.