L'AMOUR QUE JE CROYAIS
L'amour que je croyais nécessaire à ma vie, semblable à mon désir, pareil à mon destin, l'amour que j'attendis jadis pour vivre enfin dans la sérénité de mon âme embellie,
je l'ai connu ; j'ai vu son front borné ; j'ai vu l'implacable désert de ses yeux chimériques ; j'ai subi, tour à tour, son caprice ironique et le multiple attrait de son charme imprévu.
J'ai connu son étreinte, implorante ou rétive, son dépit, sa rancune et ses retours troublés. Mais son geste éternel ne m'a rien révélé de tout ce qu'espérait ma jeunesse pensive.
Il était beau, pourtant, mais inquiet toujours, et prompt à prodiguer la cendre après la flamme ; et sa voix m'a parlé par la bouche des femmes, et sa force était brève, et son règne fut court.
Et loin d'être à jamais nécessaire à ma vie, pareil à moi, semblable à mon espoir secret, l'amour m'est apparu complice du regret, de la fraude sournoise et de l'ignominie.
Mais pour l'avoir admis à partager mon sort, c'est en vain qu'aujourd'hui j'exècre sa présence . J'ai peur qu'il ne m'escorte et qu'il ne me devance, fidèle, malgré moi, jusqu'au jour de ma mort.