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LA CALME ET CLAIRE JEUNE FILLE

La calme et claire jeune fille qu'autrefois

je conviais en rêve à partager ma vie,

et dont j'imaginais, plein de trouble ou d'envie,

le geste et le repos, le silence et la voix;

la claire jeune fille aux mains surnaturelles, qui devait m'enseigner l'amour et l'avenir, l'enfant douce que j'attendais pour mieux mourir, et dont je me disais, plaintif: Quand viendra-t-elle ?

La simple et grave jeune fille que j'aimais, loin de toute apparence et loin de tout visage, et dont, sans l'avouer, je craignais le passage, n'existait nulle part et ne viendra jamais.

Car elle n'était rien, pour mon cœur las d'attendre, que la forme de mon désir, que le reflet, mobile, fugitif, de mon désir secret...

Jamais tu ne viendras, jeune fille aux yeux tendres.

Et cependant, malgré les passantes du soir,

les baisers que l'on glane et les baisers qu'on donne,

je n'ai pas renié ton prestige et personne,

jamais n'a pris ta place en mon cœur sans espoir.

Car, d'avoir entrevu, sous mes paupières closes, ton air de gravité, de silence, d'exil, malgré moi je prolonge un songe puéril, et je cède à l'attrait de tes métamorphoses.

Jamais tu ne viendras... Qu'importe à mon amour, plus absolu d'être sans but, et plus fidèle de ne connaître enfin ni déclin ni querelles?... Et je t'aime aujourd'hui, paisible et pour toujours.

ATTENDRE 3ft$

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